Blocus des lycées : sortir du piège de la violence par la médiation ?

Publié le 12/10/2026 à 11h18

Alors que le blocus des lycées se poursuit, le magistrat Fabrice Vert, membre du Conseil national de la médiation, rappelle que même les conflits les plus violents, comme celui autour du sort de la Nouvelle-Calédonie à la fin des années quatre-vingt, peuvent être résolus par le dialogue. 

Blocus des lycées : sortir du piège de la violence par la médiation ?
Андрей Яланский / AdobeStock

Laisser s’envenimer, pourrir un conflit, ou à l’inverse le réprimer au risque de troubles à l’ordre public et d’atteintes graves à l’intégrité physique des personnes, ne sont pas les seules réponses possibles. Il existe une troisième voie qui mérite d’être tentée : la médiation.

La médiation ne se résume pas à la vision caricaturale que l’on en a parfois, celle d’un gadget utilisé par un juriste ayant choisi l’option « psycho en fac de droit », c’est un outil de pacification sociale, encore trop méconnu, mais qui s’est révélé particulièrement efficace pour résoudre certains conflits collectifs sociaux ou politiques connaissant une escalade de la violence.

Ouvrir un espace de dialogue sécurisé 

En tant que juge des référés, j’ai pu à plusieurs reprises constater l’utilité de la désignation de médiateurs, notamment dans des conflits collectifs du travail tendus qui présentaient de nombreuses similitudes avec le conflit des lycéens : blocage de bâtiments, dégradations, perte de confiance entre les parties prenantes, sentiment d’être méprisé et de ne pas être reconnu dans ses revendications, incapacité de se retrouver autour d’une table pour négocier, escalade du conflit.

L’intérêt de recourir dans ce contexte à un médiateur indépendant, impartial, neutre, formé, est d’ouvrir un espace de dialogue sécurisé, de permettre aux parties de se retrouver ensemble autour d’une table de négociation, de renouer un dialogue rompu, de tenter de rétablir un climat de confiance, de permettre aux parties prenantes de véritablement s’écouter en tentant de comprendre et de reconnaître les ressentis de l’autre partie, de recevoir les émotions (colère, peur, déception, sentiment d’injustice, déception), pour ensuite tenter de revenir à la raison et d’objectiver le conflit. Ce processus de communication éthique permet aux parties de dégager leurs intérêts et leurs besoins et de tenter de trouver une solution constructive tournée vers l’avenir.

Mais la confiance ne se décrète pas. Le médiateur, qui peut être composé de plusieurs personnes physiques aux parcours différents afin de se rendre dans les lieux du conflit, doit être indépendant, sans aucun lien de subordination ou d’intérêt avec les parties prenantes et être reconnu par ses dernières. Au cas présent, il pourrait s’agir d’une figure reconnue pour ses travaux en lien avec la jeunesse.

La médiation peut faire œuvre pacificatrice en apportant des solutions durables

Il appartiendra aussi au médiateur de réunir autour de la table toutes les parties prenantes au conflit, ce qui sera délicat, mais non impossible, dans un mouvement de contestation disparate, hétéroclite, afin que chacun se sente représenté dans cette médiation. Il s’agit d’identifier les parties légitimes et les représentants capables d’engager leurs camps.

L’histoire nous apprend que dans un conflit, aussi violent soit-il, la médiation peut faire œuvre pacificatrice en apportant des solutions durables.

Rappelons-nous le conflit politique très tendu en Nouvelle-Calédonie en 1988, entre indépendantistes kanaks et les loyalistes, partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la république. La conclusion des Accords de Matignon en 1988 est un exemple majeur de médiation politique.

La méthode employée a permis non seulement de rapprocher les points de vue, mais de créer les conditions permettant aux adversaires de trouver une issue commune.

Les enseignements à en tirer pour résoudre un conflit majeur sont les suivants :

  • l’écoute préalable : comprendre les peurs, les attentes et les intérêts de chaque partie avant de rechercher une solution et rétablir un climat de confiance ;
  • la reconnaissance mutuelle : permettre à chacun d’être entendu sans exiger qu’il renonce immédiatement à ses revendications ou ses positions ;
  • la neutralité de la démarche : les médiateurs doivent être crédibles ne doivent pas apparaître comme les porte-parole d’un camp. L’État conserve toutefois un rôle politique et une responsabilité de garant ;
  • la confidentialité : préserver les discussions des pressions publiques susceptibles de compromettre les négociations ;
  • la négociation d’engagements concrets, vérifiables et progressifs ;
  • L’organisation d’un suivi des engagements et des garanties de leur mise en œuvre ;
  • la recherche d’un accord global : dépasser les désaccords immédiats en construisant un cadre commun et des garanties dans le temps.[i]

Osons la médiation dans le conflit de lycéens ! L’avenir de notre jeunesse (et de notre pays) le mérite.

[i] Cette approche est décrite dans les travaux parlementaires consacrés aux accords de Matignon et dans les récits de la mission du dialogue. Séance du 30 juin 1998.

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