Dons manuels et dons de sommes d’argent : précisions sur une déclaration et un paiement désormais dématérialisés

Le décret n° 2025-1082 du 17 novembre 2025 érige la dématérialisation en nouvelle matrice de la déclaration des dons manuels et des dons de sommes d’argent, imposant à compter du 1er janvier 2026 la souscription et le paiement par voie numérique. Il en précise le périmètre, en soumettant les déclarations des articles 635 A et 790 G du Code général des impôts à un téléservice dédié. Mais, dans un souci d’équité, il ménage des exceptions pour les situations familiales complexes, les dossiers antérieurs ou les contribuables empêchés, préservant ainsi la souplesse du droit face à la rigueur du numérique.
D. n° 2025-1082, 17 nov. 2025, relatif à l’obligation de souscription et de paiement par voie dématérialisée des déclarations de dons manuels et de sommes d’argent
Lex digitalis. La matière des dons manuels1 et des dons de sommes d’argent connaît une évolution remarquable avec la publication du décret n° 2025-1082 du 17 novembre 2025, pris du XVI de l’article 1649 quater B quater du Code général des impôts (CGI) et le 9 de l’article 1681 septies du même code2. Alors que la pratique déclarative de ces libéralités3 reposait, on le sait, traditionnellement sur une coexistence entre procédures papier et démarches en ligne, le législateur fiscal franchit désormais une étape décisive vers la dématérialisation intégrale.
Le décret précise, en effet, une obligation nouvelle : celle de souscrire les déclarations de dons manuels et de dons de sommes d’argent, ainsi que d’acquitter les droits correspondants, par voie électronique, au moyen d’un téléservice dédié mis à disposition par l’administration fiscale. Cette mutation numérique s’inscrit dans une politique plus large de modernisation des obligations déclaratives, visant à accroître l’efficacité administrative, sécuriser les flux d’information et faciliter le traitement automatisé des données fiscales4. De plus, cette réforme marque la volonté d’harmoniser les obligations imposées aux contribuables dans un domaine où la spontanéité et la sincérité des déclarations constituent un enjeu majeur pour l’assiette des droits de mutation. Pour autant, il convient d’observer que cette généralisation du numérique ne se fait pas sans nuances : ainsi le décret prévoit une série d’exceptions destinées à préserver certaines situations particulières, qu’il s’agisse de la nature du don, du statut du donataire ou de la situation matérielle du déclarant. Ces tempéraments traduisent la nécessaire conciliation entre les objectifs de rationalisation administrative et les exigences d’accessibilité du service public fiscal. Ainsi, pour saisir pleinement la portée de cette réforme, il convient d’examiner, d’une part, l’affirmation du principe d’une obligation dématérialisée de déclaration et de paiement (I) et, d’autre part, les limites et exceptions maintenues par le décret afin d’adapter ce principe aux réalités pratiques (II).
I – L’affirmation d’un principe généralisé de dématérialisation déclarative
Le cadre juridique et matériel de la dématérialisation. Afin de mesurer la portée de cette réforme, il convient d’examiner tout d’abord le fondement légal qui érige la dématérialisation en principe impératif (A), avant d’en préciser le champ d’application tant du point de vue des formalités concernées que des personnes assujetties (B).
A – Le fondement légal d’une obligation désormais systématisée
Modernisation fiscale. La dématérialisation des obligations déclaratives constitue depuis plusieurs années un axe structurant de la politique fiscale française. Le décret n° 2025-1082 du 17 novembre 2025 s’inscrit pleinement dans ce mouvement en précisant les conditions d’application des articles 1649 quater B quater et 1681 septies du CGI. Ces textes, introduits dans un objectif de modernisation, habilitent le pouvoir réglementaire à imposer la souscription par voie électronique de certaines déclarations fiscales ainsi que le paiement dématérialisé des droits correspondants5.
Le décret vient ainsi dresser la liste précise des déclarations auxquelles s’applique l’obligation de télédéclaration. Or, parmi celles-ci, les déclarations de dons manuels (visées à l’article 635 A du CGI) et les déclarations de dons de sommes d’argent en exonération (article 790 G du CGI) occupent désormais une place centrale. L’intention du législateur fiscal apparaît limpide : renforcer la traçabilité de ces libéralités, souvent déclarées spontanément, et faciliter leur prise en compte dans l’assiette des droits de mutation à titre gratuit6.
La télédéclaration devient donc la règle, et non plus une simple option7. Le contribuable est tenu de recourir à un téléservice spécifiquement dédié, mis à disposition par l’administration, ce qui assure une uniformisation des pratiques et une standardisation des informations recueillies.
B – Le champ d’application matériel et personnel de la dématérialisation
Champ d’application personnel. Cette obligation ne se limite pas à la seule formalité déclarative. Le décret étend également la dématérialisation au paiement des droits exigibles au titre des dons manuels et des dons de sommes d’argent lorsqu’ils ne bénéficient pas d’un régime d’exonération totale. Le contribuable doit donc, par voie électronique, tant déclarer l’existence du don que s’acquitter des droits correspondants8.
Champ d’application matériel. Le champ matériel de la réforme couvre toutes les déclarations relevant des articles 635 A et 790 G du CGI, qu’il s’agisse d’un don manuel isolé ou d’un avantage pécuniaire consenti dans les conditions spécifiques prévues pour l’exonération Sarkozy9. L’administration poursuit un objectif d’efficacité : centraliser les informations, sécuriser les données et réduire les délais de traitement.
Le niveau d’aisance numérique. La portée personnelle de l’obligation est également étendue. Tout donataire majeur capable est concerné, indépendamment de son niveau d’aisance avec l’outil numérique, sous réserve toutefois des tempéraments prévus par le décret. Ainsi s’affirme une réforme d’ampleur, qui rend la voie dématérialisée non plus alternative mais obligatoire.
II – Les exceptions et tempéraments préservant l’équilibre du dispositif dématérialisé
Les limites nécessaires au principe de dématérialisation. Si le principe de dématérialisation se déploie avec rigueur, il n’en demeure pas moins assorti de tempéraments destinés à préserver l’équité et la cohérence du dispositif. Ces limites tiennent tantôt à la nature ou au régime juridique des dons concernés (A), tantôt aux capacités matérielles des déclarants et aux exigences d’accessibilité du service public fiscal (B).
A – Des exclusions liées à la nature du don ou à la situation juridique du donataire
Si le principe est celui d’une dématérialisation généralisée, le décret ménage toutefois de nombreuses exceptions destinées à tenir compte de situations particulières. Certaines tiennent à la nature même du don ou au régime juridique auquel il est soumis. Sont notamment exclues de l’obligation de télédéclaration les libéralités relevant des articles 784 A, 787 B, 787 C, 790 A bis, 791 ter, 1043 A ou encore 1131 du CGI. Ces dons bénéficient déjà de procédures spécifiques10.
D’autres exceptions visent la situation personnelle ou familiale du bénéficiaire du don. Ainsi, les transmissions réalisées au profit d’un descendant en représentation ou encore les dons consentis à un petit-neveu dans les mêmes conditions ne sont pas concernées.
De même, le dispositif ne s’applique pas lorsqu’il s’agit d’un don à une personne morale, situation dans laquelle la télédéclaration ne correspondrait pas toujours à l’organisation interne du bénéficiaire. Enfin, la réforme ne remet pas en cause les déclarations comportant un rappel de dons antérieurs effectués au format papier : pour des raisons de cohérence administrative, ces dossiers suivent nécessairement la voie traditionnelle.
B – Des exceptions liées aux capacités matérielles du déclarant et aux impératifs d’accessibilité
Le nécessaire équilibre entre modernisation numérique et équité fiscale. Le décret prend soin de préserver l’accès au service public fiscal en tenant compte des contraintes techniques ou personnelles qui pourraient faire obstacle à l’usage du téléservice11. Ainsi, le contribuable peut être dispensé de la télédéclaration et du télépaiement lorsqu’il n’est pas équipé d’un accès internet ou lorsqu’il déclare son impossibilité matérielle d’y recourir. Cette clause de sauvegarde, déjà présente dans d’autres dispositifs fiscaux, traduit une exigence constitutionnelle d’égalité devant l’impôt et d’accessibilité des démarches administratives. Une autre exception notable concerne les dons consentis à un mineur ou à un majeur protégé lorsque son représentant légal n’est pas le donateur. L’administration reconnaît que ces situations impliquent des démarches plus sensibles, parfois nécessitant des pièces justificatives ou un accompagnement individualisé, qui se prêtent imparfaitement à un traitement entièrement dématérialisé. Enfin, le décret prévoit une entrée en vigueur différée au 1er janvier 2026, laissant un délai d’adaptation tant aux contribuables qu’aux professionnels (notaires, avocats, conseillers fiscaux). Ce temps de transition est essentiel pour assurer une appropriation sereine du nouveau téléservice et éviter toute rupture dans la chaîne déclarative.
Conclusion. Par le décret du 17 novembre 2025, le législateur fiscal opère un tournant décisif en imposant la dématérialisation obligatoire des déclarations de dons manuels et de dons de sommes d’argent12. L’objectif est sans conteste de moderniser, sécuriser et rationaliser un pan essentiel de la fiscalité patrimoniale. Cependant, loin de sacrifier la diversité des situations particulières à une logique de simplification technique, le décret maintient un large éventail d’exceptions ayant pour but de garantir la prise en compte des réalités pratiques, familiales et matérielles des contribuables.
Notes de bas de pages
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1.
P.-L. Niel, « Rapport successoral d’un don manuel ayant servi à acquérir un bien immobilier amélioré et revendu », Actu-Juridique.fr 3 juin 2022, n° AJU003v8.
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2.
M. Mayeux, « Déclarations de dons manuels et de sommes d’argent : obligation de souscription et de paiement par voie dématérialisée », Les nouvelles fiscales, n° 1388, 15 déc. 2025 ; M. Mayeux, « Obligation de souscription et de paiement par voie dématérialisée des déclarations de dons manuels et de sommes d’argent », JCP N 2025, n° 48, act. 1375.
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3.
P.-L. Niel, « L’extension de la subrogation réelle au don manuel ayant servi à acquérir la nue-propriété d’un bien immobilier », LPA 12 mars 2020, n° LPA150k7.
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4.
V. par ex. A. 17 juin 2021, relatif au traitement automatisé de données fiscales sur les logements et leurs occupants dénommé « FILOCOM » au ministère de la transition écologique : JO, 19 août 2021.
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5.
https://lext.so/4Qdt5e.
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6.
https://lext.so/4Qdt5e.
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7.
https://lext.so/4Qdt5e.
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8.
https://lext.so/4Qdt5e.
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9.
S. Bergougnoux, A. Taquet et C. Russell, « Exonération temporaire des dons familiaux de sommes d’argent pour l’achat ou la rénovation de la résidence principale », Dr. fisc. 2025, 12, comm. 125.
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10.
https://lext.so/4Qdt5e.
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11.
https://lext.so/4Qdt5e.
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12.
M. Mayeux, « Déclarations de dons manuels et de sommes d’argent : obligation de souscription et de paiement par voie dématérialisée », Les nouvelles fiscales, n° 1388, 15 déc. 2025 ; M. Mayeux, « Obligation de souscription et de paiement par voie dématérialisée des déclarations de dons manuels et de sommes d’argent », JCP N 2025, n° 48, act. 1375.
Référence : AJU018e1