De Fragonard à David, dessins de la collection des Beaux-Arts de Paris

Publié le 20/12/2016

« De l’alcôve aux barricades », c’est le titre de cette exposition qui retrace l’évolution de l’art entre la fin du XVIIIe et le XIXe siècle. 145 dessins font revivre les décennies durant lesquelles l’art rococo, maniéré fait place au néo-classicisme.

Historiquement, cette période est fort importante, la France passe de la royauté à la République, occasionnant troubles et bouleversements. Miroir de la société, l’art témoigne de ces changements. Aux salons royaux et aristocratiques sur les murs desquels figuraient scènes galantes et paysages succèdent des thèmes du quotidien, parfois moralisants ; cependant les portraits subsistent.

Jean-Baptiste Greuze, Les Amants surpris, plume et encre noire, lavis gris, 240 x 280 mm.

Collection des Beaux-Arts de Paris / prise de vue Thierry Ollivier

Ces dessins français issus de l’importante collection des Beaux-Arts présentés à la Fondation Custodia, dont on connaît la réputation dans le domaine du dessin et de la gravure, célèbrent le bicentenaire de l’École qui, l’an prochain, va devenir musée. Ils mettent en lumière les travaux des étudiants qui, pour certains, deviendront célèbres. Apparue vers la fin du XVIIIe siècle, la rupture n’est pas brutale. Diversité d’écritures, qualités du travail offrent un parcours dense et passionnant.

À cette époque, les étudiants suivent une formation académique, dessinent à la pierre noire et rehauts de craie blanche des nus aux muscles souvent saillants, assis ou debout. Et parmi ces feuilles on retient en particulier Homme au Christ déposé, émouvant et d’une grande vérité, de Jean-Baptiste Regnault, réalisé fin 1770 lors d’un séjour à Rome. Jean-Baptiste Isabey ou Anthelme François Lagrenée distribuent avec talent ombre et lumière. Dès le XVIIIe siècle, le voyage à Rome s’impose pour la formation. Impressionnés par les paysages ou les ruines nombreuses, les artistes les évoquent dans leurs compositions. Hubert Robert est sans doute le plus célèbre avec ses importantes architectures réalisées à la plume et encre brune. Comme lui, d’autres étudiants évoquent temples, ponts ou le Colisée ; ils confèrent une forte présence à ces souvenirs d’une période lointaine, insèrent colonnes, pans de murs dans la nature.

Au fil des cimaises, des dessins de Fragonard d’après le Dominiquin, notamment dans une belle finesse du tracé élégant à la plume, encre noire et lavis gris. Vers le milieu du XVIIIe siècle, Jean-Baptiste Greuze figure parmi les artistes les plus appréciés ; on admire une étude au pastel du torse de l’empereur Sévère vieillissant dans la lumière avec vérité et sensibilité. Autre sujet historique avec Joseph-Marie Vien ; autour de lui, des artistes qui renouvellent aussi ce « grand genre », comme A. J. Lebrun. À la fin du XVIIIe siècle commence à apparaître le courant romantique dans une perfection du trait associée à une recherche du renouveau.

Une salle est réservée à Jacques-Louis David, figure importante de la transition qu’il amorce notamment en introduisant une théâtralité dans ses thèmes. Son écriture varie de la plus ténue à la plus affirmée. Peu à peu les artistes font preuve de modernité dans le paysage parfois poétique et moins lyrique.

Les arts décoratifs vont également trouver un compromis entre rocaille et néo-classicisme : décors de plafonds, projets de bijoux, une variété de créations entre sobriété et invention ou encore décorations d’intérieurs où se mêlent fleurs et oiseaux d’une grande délicatesse. Quelques feuilles témoignent du travail de recherche. Présents également, les dessins d’architecture qui, pour certains, sont de véritables œuvres d’art : rigueur des constructions proportionnées, toute une géométrie rigoureuse, jamais austère. Les artistes rivalisent d’invention, de fantaisie pour certains, des bâtiments souvent imposants sont parfois exécutés sur fond de paysage.

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Référence : LPA 20 Déc. 2016, n° 123d4, p.22

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