Des images et des hommes

Publié le 04/05/2021 - mis à jour le 05/05/2021 à 9H31

Archive photographique du MNAAG.

MNAAG

Il y a 20 ans, les Talibans sidéraient le monde avec la destruction de deux bouddhas du VIe et VIIe siècle abrités dans les roches des falaises de Bâmiyân en Afghanistan ; une perte irréparable pour la mémoire de la culture de ce pays.

Cet acte odieux qui a saccagé une partie du patrimoine afghan est actuellement évoqué au musée national des arts asiatiques Guimet, où sont présentés sculptures, peintures, documents, souvenirs des trésors de cette vallée située sur la route de la soie. Une commémoration qui permet de « retrouver », outre les bouddhas, des trésors archéologiques de premier plan, témoignages de l’importance de l’école d’art gréco-bouddhique. À partir des années 1920, la France s’est intéressée à la culture afghane, créant en 1922 la délégation archéologique devenue direction archéologique de l’Afghanistan, institution qui demeure encore aujourd’hui. Et c’est à cette époque qu’un couple a entamé les premières fouilles : André Godard architecte, archéologue et historien de l’art et son épouse Edda ont effectué les premiers relevés de peintures notamment, conservés au musée Guimet. Certains sont présentés à l’exposition. C’est l’occasion d’admirer la palette d’une grande vivacité dans ces œuvres de la culture bouddhique. Quelques années plus tard, Joseph Hackin continuera les fouilles ; diplômé de l’école pratique des hautes études, où il apprend le sanskrit et le tibétain, il deviendra conservateur du musée Guimet en 1923. Ria Hackin travaille avec son mari. Grâce à ces couples, la France possède une bonne connaissance de l’art de l’Afghanistan.

Un superbe panorama de la falaise de Bâmiyân, mesurant 16,50 mètres de long, au pied des montagnes avec la grotte sanctuaire dans laquelle figuraient les bouddhas, une photographie du plasticien Pascal Couvert, offre une vue saisissante. On en découvre les détails telles les nombreuses grottes, dont certaines étaient décorées de peintures murales polychromes et de sculptures en terre, modelées. Les deux bouddhas détruits, immenses, majestueux, l’un mesurant 55 mètres, l’autre 38 mètres, figuraient à l’intérieur de niches géantes. Au-dessus de cette image, est accroché un tableau où apparaît une influence iranienne. Des vestiges de fouilles sont présentés dans des vitrines : bas-reliefs, objets, ainsi que les mains de deux bouddhas modelées en terre avec de la paille qui portent encore quelques traces de feuilles d’or. Ce sont également des vestiges de peintures originales.

Le site de Bâmiyân a connu un extrême dynamisme entre le VIIe et XIIIe siècle, les documents d’archives concernant les diverses fouilles permettent donc de mieux appréhender cette culture.

Figures tutélaires étaient ces bouddhas. La population du pays en perpétue le témoignage : elle s’intéresse à la culture de son passé, consciente de son importance. La destruction par les Talibans d’une partie de ce patrimoine n’est pas la première, même si le but n’est pas le même. Au cours des siècles, les pillages ont été nombreux, en témoignent des visages de bouddhas mutilés, creusés dans la masse rocheuse pour être enlevés ; quelques-uns sont visibles à l’exposition.

La France participe particulièrement à la préservation de cette culture.

LPA 04 Mai. 2021, n° 200f7, p.24

Référence : LPA 04 Mai. 2021, n° 200f7, p.24

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