Divorce à l’anglaise

Publié le 27/02/2020 - mis à jour le 05/03/2020 à 11H37

Gallimard

Comment en est-on arrivé là ? Comment et pourquoi les Anglais sont-ils tombés en désamour de l’Europe ? Eux qui avaient déjà un régime (matrimonial) à part dans l’Union européenne…

Pourquoi pousser le curseur encore plus loin et aller jusqu’au divorce…?

Telles sont les questions qui jalonnent le dernier roman de Jonathan Coe, Le cœur de l’Angleterre, paru aux éditions Gallimard.

Sous forme de chronique, Jonathan Coe raconte les années 2010, en redonnant vie à des personnages qu’il avait déjà créés dans de précédents romans. Ce subterfuge lui permet d’étudier les raisons des uns et des autres face à un changement politique qui n’a pas fini d’avoir des répercussions sur la vie quotidienne des Anglais…

Du premier gouvernement de coalition en Grande-Bretagne aux émeutes de Londres en 2011, de l’euphorie des Jeux Olympiques de 2012 au référendum sur le Brexit, d’avril 2010 à septembre 2018, c’est presque une décennie qui est racontée à travers le prisme de différents personnages.

La famille Trotter, entourée de ses vieux amis (Doug, Philip, Charlie), traverse cette période troublée, chacun ayant un avis bien tranché sur l’avenir de l’Europe.

Le roman s’ouvre sur l’enterrement de la mère de Benjamin et Lois, laissant leur père Colin seul dans leur maison familiale, à ruminer sur ce qui a été fait ou qui n’a pas été fait.

Benjamin, quant à lui, coule des jours tranquilles dans un moulin aménagé sur les rives de la Severn, loin de toute agitation et se rêve désormais écrivain ; quant à Sophie, la fille de Lois et nièce de Benjamin, elle connaîtra l’amour et le désamour, le tout en poursuivant son petit bonhomme de chemin dans le milieu universitaire. Il y a par certains côtés une ambiance à la David Lodge dans ce roman, Sophie nous dresse un portrait peu enviable du milieu universitaire, et des littérateurs.

Le journaliste politique, Doug, ami de Benjamin, n’est pas mal non plus et ses entretiens avec un membre du gouvernement, Nigel Ives, à qui il apprend que l’on dit Brexit et non Brixit, est tellement drôle qu’il nous semble tout à fait réaliste !

Ce roman doux amer, nous charme par ce style so british, entre humour pince-sans-rire et nostalgie, le temps qui file et les espoirs perdus…

C’est une chronique sur notre vieux continent, qui a laissé s’élever les hommes les uns contre les autres et a dit stop au vivre ensemble pour mieux affirmer sa place au cœur de l’Angleterre.

Tous ces « héros » n’en sortent pas grandis, mais Jonathan Coe a su capter cet air du temps et nous parle de son pays et des questions qui l’agitent, entre nationalisme, austérité et politiquement correct. Cela rappelle que tous les pays traversent actuellement une crise sociale et que seule l’expression de cette crise est différente d’un pays à l’autre, Brexit ou Gilet jaune, peu importe le nom, tant que le peuple s’exprime. Et pourtant, il faut croire que Jonathan Coe reste optimiste car le roman s’achève en Provence dans une maison d’hôtes, rêves ultimes de tout Anglais qui se respecte…

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Référence : LPA 27 Fév. 2020, n° 151n7, p.20

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