La folie douce

Publié le 02/04/2020 - mis à jour le 06/04/2020 à 14H18

Albin Michel

« Mais elle est folle ! ».

Qui n’a jamais traité l’une de ses congénères de folle, qui n’a pas entendu insulter une femme en la traitant de folle…

Mais qu’est-ce que la folie, qu’implique-t-elle ? N’est-ce pas plutôt un moyen facile d’accuser les femmes pour s’en débarrasser ? Notre histoire est pleine de ces femmes sorcières, folles, malades, accusées d’être différentes ou mal pensantes afin tout simplement de se débarrasser à peu de frais d’elles.

De quand datent les premiers travaux scientifiques sur la folie ? Quels furent les pères fondateurs de la psychiatrie ou de la neurologie ?

Qui, avant Freud, s’intéressa à la psychologie…

En France, il y eut Charcot. Neurologue, professeur d’anatomie pathologique, il découvrit la sclérose latérale amyotrophique (SLA), une maladie neurodégénérative à laquelle son nom a été donné. Il œuvrait à Paris. C’est là que ses travaux sur l’hypnose et l’hystérie, à l’origine de l’École de la Salpêtrière, ont pris leur essor. Pourtant, bien des choses furent dites sur lui et sa pratique.

On pouvait régulièrement entendre : « Depuis l’arrivée de Charcot à la Salpêtrière, on dit que seules les véritables hystériques y sont internées. Mais le doute subsiste… ».

Et c’est ce doute qui a dû intéresser Victoria Mas qui, dans son premier roman, Le bal des folles, paru aux éditions Albin Michel, nous plonge dans l’univers froid et glacial de la Salpêtrière à l’ère de Charcot.

Un roman fort et puissant qui retrace le parcours de femmes enfermées entre ces quatre murs avec peu d’espoirs d’en sortir un jour vivantes.

On suit ainsi le destin de Geneviève, infirmière en chef du service du neurologue.

Louise, une adolescente sans famille internée pour avoir été abusée par son oncle, Thérèse, une prostituée qui s’est débarrassée de son proxénète dans la Seine, et enfin Eugénie Cléry, bourgeoise, fille de notaire, qui s’est retrouvée internée du jour au lendemain après avoir confié à sa grand-mère qu’elle voyait les morts…

Ce gynécée attend entre ces murs que quelque chose se passe, qu’elles soient choisies par l’illustre neurologue pour ses séances du jeudi en public, ou encore pour ce fameux bal des folles, acmé de la vie de l’institution, où une fois par an les malades, le temps d’une soirée, se déguisent et font l’attraction du Tout-Paris.

Ce roman percutant retrace le destin poignant de femmes dites folles et internées par des hommes, soignées par des hommes qui revendiquent leur pouvoir sur elles.

Mais ce que l’on ressent à la lecture de ce livre, c’est que la folie n‘est pas forcément l’apanage des femmes et que les hommes décrits sont tout autant fous, de pouvoir ou de supériorité morale, que celles qu’ils enferment ou tentent de soigner. Un monde où, sous couvert de la science, on pouvait maltraiter, humilier, réduire au silence des femmes qui étaient juste différentes…

Un très beau roman qui nous rappelle que la folie n’est pas une maladie comme les autres…

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Référence : LPA 02 Avr. 2020, n° 152v4, p.16

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