Le beau gosse

Publié le 20/12/2018

Allary Éditions

Quels sont les souvenirs de votre enfance, quelles sont les couleurs et les odeurs qui ont marqué à jamais votre être en devenir ?

Pour Riad Sattouf, il s’agit d’un drôle de mélanges : c’est le parfum des embruns du Cap Fréhel, c’est celui des crêpes que lui cuisinaient sa mère… mais ce sont aussi les odeurs fétides de l’école en Syrie, ou celle de sa maîtresse, qui « sentait un parfum savonneux et tout derrière, une odeur de sueur enivrante et rassurante »…

Une jeunesse française, oui, mais partagée entre la Bretagne où il réside avec sa mère et ses grands-parents maternels, et un ailleurs, à l’étranger, en Syrie ou en Lybie, au gré des lubies de son père, un poste à l’université d’Arabie saoudite ou des vacances chez la famille près de Homs.

Des noms qui, aujourd’hui, nous évoquent les atrocités de la guerre mais qui, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, sentent bon l’Orient et le quotidien pour notre héros.

Dans des tons monochromes – le bleu quand il évoque la douceur bretonne ou le rouge quand il évoque la colère et la fureur de son père – Riad Sattouf nous dresse le portrait de lui, enfant, trimballé entre deux cultures, sans vraiment savoir qu’il en est riche.

Un grand-père (ou plus exactement le mari de sa grand-mère) qui le pousse déjà à user de son talent de dessinateur pour s’exprimer, des petits-frères gentils mais encombrants, une mère aimante mais dépassée par un mari jamais content, furieusement radin, de plus en plus jaloux et qui se tourne vers la religion, tout un univers ponctué de références des nineties où l’insouciance rejaillit à chaque page.

Ces pages couvrent la période de 1987 à 1992, une époque où le jeune Riad s’essaye au foot, à l’humour, aux relations sociales aussi. Alors qu’il fut un enfant charmant, les affres de l’adolescence vont lui laisser un goût amer : de blond il deviendra brun, de mignon il deviendra quelconque, voire pire, « moche » !

Avec un humour confondant, Riad Sattouf fait glisser sa plume sur les absences de son père, la maladie de sa mère, les heures difficiles, pour ne retenir que les traits de crayon d’un jeune qui ne cesse de dessiner sans savoir déjà que son avenir est tout tracé…

Mais pour connaître la suite des merveilleuses histoires de ce beau gosse de Bretagne et d’ailleurs, il faudra attendre le tome 5 !

LPA 20 Déc. 2018, n° 141m0, p.23

Référence : LPA 20 Déc. 2018, n° 141m0, p.23

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