Paris (75)

Le miracle de l’armure retrouvée

Publié le 29/08/2022 - mis à jour le 30/08/2022 à 8H58
Le miracle de l’armure retrouvée
DedMityay/AdobeStock

« Je ne suis pas expert et je ne veux point l’être. J’aime les vieilles choses pour le plaisir qu’elles me procurent, sans chercher à m’ériger en pontife de la curiosité », assurait Paul Eudel (1837-1912) dans son ouvrage intitulé : Trucs et truqueurs, au sous-titre évocateur : « Altérations, fraudes et contrefaçons dévoilées », dont nous avons retrouvé la dernière édition, celle de 1907. Nous en reprenons la publication en « feuilleton de l’été » consacré au « faux » en tout genre. BGF

« Il n’y a pas, à proprement parler, de vieilles armures. Heureusement, les successeurs des Tard venus du Moyen Âge ont mis bon ordre à cette disette. Armures de joûtes en acier repoussé et ciselé, couvertes d’arabesques dorées, armures allemandes maximiliennes, gravées à l’eau-forte, armures milanaises pour le combat à pied, harnais blancs passés au clair de la gendarmerie de François Ier, que de réparations, de substitutions, de mystères vous recélez dans vos vastes flancs, profonds et muets comme des tombeaux !

Un collectionneur de primo cartello, dont l’Armeria fait aujourd’hui l’ornement d’un musée transatlantique, vit un jour chez un marchand parisien un plastron d’armure, repoussé et doré, de toute beauté.

– Monsieur le comte, lui dit l’antiquaire, cet objet vient d’un château d’Allemagne, où l’armure complète était signalée au XVIIIe siècle par tous les archéologues, mais des héritiers imbéciles se sont partagé la panoplie, et on ignore maintenant le sort des autres pièces.

Le collectionneur sans marchander paya la forte somme pour le plastron et engagea son vendeur à faire quelques recherches pour retrouver le reste de l’armure. Par un hasard miraculeux, on dénicha à Prague la dossière, les coudières, les grègues. Le comte enchanté envoya le chèque. De Londres, un marchand de la City écrivit qu’il avait l’armet, les épaulières et les brassards. Nouvelle surprise et nouveau chèque. À Turin, on retrouva les gantelets, les solerets et le garde-reins. L’achat se fit par télégramme. Enfin, pièce à pièce, la superbe armure se retrouva toute montée dans la galerie de l’heureux collectionneur. Il l’avait payée, par fractions, 300 000 francs, à peu près le double de ce qu’on aurait pu demander d’un seul coup pour l’armure entière. Mais plaie d’argent n’est pas mortelle, et la vue de son trophée, à la place d’honneur de son musée, lui fit oublier la douloureuse saignée.

Quelques jours plus tard, l’amateur convia ses amis à admirer la merveille. Ils s’extasièrent. Les compliments tombèrent dru comme grêle.

– Vraiment, dit l’un d’eux, faisant chorus avec le cénacle, voilà un ensemble digne de figurer au Louvre, à côté du bouclier et du casque émaillés de Charles IX ». (À suivre)

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