Picasso illustrateur

Publié le 24/12/2019

Très nombreuses ont été, cette année, les expositions consacrées à l’œuvre multiple de Picasso. L’exposition présentée au musée de Tourcoing est originale et diverse, évoquant l’illustrateur qu’il fut aussi. On connaît l’attrait du maître pour la littérature et la poésie ; l’exposition met en lumière les différentes facettes de son travail : peinture, sculpture, dessin, céramique, avec une mise en images de textes, d’une rare liberté d’interprétation et d’écriture. Le parcours de l’exposition révèle l’évolution de l’écriture.

Le dessin a toujours attiré Picasso ; très jeune, il conçoit de petits journaux qu’il agrémente d’images à la plume et à la mine de plomb. Dès son arrivée à Paris en 1901, il rencontre peintres et poètes : Apollinaire, dont on remarque un intéressant portrait cubiste, ou celui de Max Jacob, réalisé au crayon en un fin tracé qui semble effleurer le papier ; à peine esquissé, il apparaît très présent. Ces poètes deviendront rapidement ses amis. Ce seront encore André Salmon, Pierre Reverdy et bien d’autres. Peut-être Picasso se sentait-il parfois une âme de poète… Dans les illustrations, il s’éloigne souvent du naturalisme et il fait vivre le texte par ses dessins.

Illustration pour « Sable mouvant » de Pierre Reverdy
Deux femmes au miroir, Picasso.
Succession Picasso 2019

C’est en 1930 que Picasso décide d’illustrer les Métamorphoses d’Ovide. Des pages du livre sont présentées dans des vitrines ; au mur, une quinzaine d’eaux-fortes sur ce thème, un ensemble rare. Vivantes, expressives, ces estampes aux multiples personnages sont réalisées en un tracé léger, continu. Les illustrations d’Aristophane, finement travaillées, dévoilent toute l’invention du peintre ; invention retrouvée dans la décoration de céramiques aux formes originales.

Fasciné par la tauromachie qui réunit homme, cheval, taureau, souvenir d’Espagne, Picasso expérimente divers médiums pour aborder ce thème qu’il traitera toute sa vie. On admire en particulier La Grande Corrida avec femme torero, une eau-forte au trait fouillé, nerveux. L’artiste illustre la violence de la mise à mort, saisit l’instantané en des gris et noirs souvent traités en de puissants contrastes.

Plus paisible : la colombe fait partie de ses sujets de prédilection. L’on ne peut demeurer insensible devant le lavis blanc évoquant l’oiseau en une figuration lumineuse, vivante, elle se détache d’un fond noir. La guerre a marqué Picasso, il en a réalisé plusieurs encres, estampes ainsi que des peintures sur le thème de la paix. Remarquable d’invention plastique « le Visage de la Paix », un visage inséré entre les ailes d’une colombe, est le fruit d’une collaboration avec Paul Éluard.

Chaque œuvre suscite l’intérêt, rappelle l’artiste au talent unique, varié que fut Picasso, qui s’est sans cesse réinventé.

LPA 24 Déc. 2019, n° 149v8, p.27

Référence : LPA 24 Déc. 2019, n° 149v8, p.27

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