Grand Paris

Covid-19 et Franciliens : « La structure des déplacements a évolué »

Publié le 03/06/2020 - mis à jour le 08/06/2020 à 10H43

L’application mobile WeWard, qui récompense ses utilisateurs pour leurs déplacements effectués à pied, s’est associée au spécialiste de l’analyse des données Emerton Data, pour étudier les déplacements des Français et franciliens durant le confinement. Leur rapport, portant sur 30 milliards de pas géolocalisés, révèle notamment une activité de marche à pied revenue presque à la normale à l’approche de la fin du confinement. Tanguy de La Villegeorges, co-fondateur de WeWard évoque ces données dans un entretien accordé à la rédaction des Petites Affiches.

Les Petites Affiches : Quels sont les principaux enseignements de cette étude ?

Tanguy de La Villegeorges : On peut en relever trois. D’abord, nous avons remarqué, et confirmé ainsi, l’importance des déplacements interdépartementaux. 20 % des Français, d’après nos données, ont changé de lieu de résidence au début de confinement.

Deuxième enseignement soulevé par notre étude : la baisse drastique du nombre de pas effectué par jour au début du confinement. Fin mars, en moyenne, nos utilisateurs effectuaient 2 100 pas quotidiennement contre 5 500 avant le confinement.

Enfin, comme on pouvait également s’y attendre, la façon de se déplacer a beaucoup changé. Dès les premiers jours du confinement (fin mars), la proportion de déplacements longs (plus de 10 kilomètres) a été divisée par 8 alors même que la proportion des déplacements de courte distance (moins de 100 mètres) a été multipliée par 2,2, passant de 30 % avant le confinement à 67 % fin mars.

LPA : Selon vos données, à la fin du mois d’avril les Français et les Franciliens ont retrouvé un rythme de marche presque égal aux données ante-confinement. Pour autant, la distance de déplacement est restée sensiblement la même à celle observée au début du confinement, comment l’expliquez-vous ?

T. L. V. : Tout à fait. Avant le confinement plus de 50 % des déplacements de nos utilisateurs se réalisaient à plus d’un kilomètre de leur domicile avec une moyenne de 5 500 pas par jour. Si à la fin du confinement ce nombre de pas était presque le même (5 400), ils sont restés beaucoup plus proche de chez eux. Ils ont transformé, par exemple, leur activité physique habituelle de marche jusqu’au métro puis jusqu’au lieu de travail, par un jogging d’une heure dans le périmètre autour du domicile autorisé. La structure des déplacements a évolué pendant le confinement.

LPA : Avez-vous été surpris de constater que le nombre de pas était revenu, assez rapidement, à sa moyenne habituelle ?

T. L. V. : C’est surprenant en effet dans le sens où l’on peut en déduire que les Français se sont déconfinés eux-mêmes. En revanche ces données nous montrent bien, comme je vous le disais, qu’ils sont restés très proches de chez eux conformément à ce que les autorités leur demandaient. Les déplacements de plus d’un kilomètre sont passés de 51 % en temps normal à 11 % seulement fin mars et 22 % en avril.

Probablement que nos utilisateurs ont ressenti aussi à un moment le besoin de marcher et qu’ils ont plus profité dès lors de le leur liberté de sortie d’une heure quotidienne.

Guy / AdobeStock

LPA : Sur Paris vous avez constaté une baisse plus importante du nombre de pas au début du confinement et une reprise plus modérée aussi courant avril. Comment expliquez-vous cette différence parisienne ?

T. L. V. : D’ordinaire, les Parisiens se déplacent plus via la marche à pied pour aller travailler. Ils prennent les transports, marchent jusqu’à leur lieu de travail, contrairement à d’autres départements où le véhicule est privilégié. Or en temps de confinement les Parisiens ne pouvaient plus se déplacer pour se rendre à leur travail. Ils ont donc vu leur nombre de pas baisser de manière plus significative que celui d’autres Français.

Concernant la reprise d’activité constatée en avril, je pense qu’il était plus difficile de se déplacer à Paris en temps de confinement. C’est plus « risqué » qu’à la campagne par exemple. Les parcs aussi étaient fermés. Il y avait donc moins de possibilités de se balader ou de faire un jogging autour du domicile.

LPA : Paris est aussi la ville qui a connu le plus grand nombre de départs en début de confinement. Où ses habitants sont-ils allés ?

T. L. V. : Paris totalise 12 % des départs nationaux chez les 18-45 ans. Une proportion de 31 % des résidents parisiens ont quitté leur domicile au début du confinement.

Nous avons remarqué que ces départs se sont faits principalement dans les départements limitrophes. 52 % des déplacements effectués en Île-de-France ont eu pour destination un département voisin. Ce sont principalement des étudiants ou des jeunes adultes qui sont retournés chez leurs parents en banlieue par exemple. Enfin, nous avons noté aussi de nombreuses arrivées de Parisiens dans la région lyonnaise et bordelaise.

LPA : Quelles conclusions tirez-vous de ce rapport dans la perspective d’un éventuel nouveau confinement ?

T. L. V. : Il est difficile de pouvoir prédire s’il y aura un nouveau confinement et les mesures qui pourraient y être associées. On peut en revanche constater que les Français ont respecté très largement les mesures gouvernementales. Ils sont restés à 1 kilomètre autour de chez eux pour faire du sport ou se balader.

Une réflexion peut être également menée concernant les 20 % de départs à l’annonce du confinement. En cas de nouveau confinement on pourrait imaginer un dispositif pour faciliter, prévoir ou anticiper ces très nombreux déplacements.

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Référence : LPA 03 Juin. 2020, n° 154g9, p.7

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