Yvelines (78)

« Le couvre-feu décrété à Rosny-sur-Seine vise une prise de conscience des familles »

Publié le 05/11/2020 - mis à jour le 06/11/2020 à 10H40

Prenant de l’avance sur l’actualité nationale, la petite ville de Rosny-sur-Seine, dans les Yvelines (78), annonçait en septembre dernier, la mise en place d’un couvre-feu. Son maire, Pierre-Yves Dumoulin, nous explique pourquoi.

Les Petites Affiches : Pourquoi avoir imposé dans votre ville un couvre-feu pour les mineurs de moins de 15 ans ?

Pierre-Yves Dumoulin : Je suis maire de Rosny-sur-Seine, ville où j’exerce depuis 25 ans la profession de vétérinaire. C’était, jusqu’à il y a 15 ans, une petite commune sans histoire. C’est aujourd’hui une petite ville périurbaine de la grande couronne et un territoire protéiforme. On fait à peine quelques kilomètres dans un sens et c’est la pleine campagne ; quelques kilomètres dans l’autre sens, et on arrive à Mantes-la-Jolie, une commune qui compte plusieurs quartiers sensibles.

Rosny-sur-Seine traverse une période charnière, de basculement entre un esprit de village et celui d’une ville de banlieue. J’essaie, en tant que maire, de maintenir une qualité de vie. Or nous avons constaté depuis l’été dernier, un certain nombre de nuisances et d’incivilités qui perturbent la vie de la commune : des dégradations de mobilier urbain, des tags pas très réussis. Nous avons estimé que ces comportements, dont se plaignaient des habitants, étaient imputables à des jeunes, voire à des enfants, qui restaient seuls dans les rues jusqu’à des heures tardives.

LPA : Quelles sont les modalités du couvre-feu que vous avez imposé ?

P.-Y.D. : Il concerne les mineurs de moins de 15 ans, dont j’estime, en tant que père de famille, qu’ils n’ont rien à faire seuls dehors la nuit. Il prend effet à 22 h 30. Nous avons décidé de cet horaire en prenant en compte l’heure à laquelle terminent les activités sportives et culturelles proposées par la commune. Nous avons fait en sorte de permettre aux enfants qui y participent de rentrer chez eux tranquillement. Nous avons délimité ce couvre-feu dans le temps et dans l’espace. Il prendra fin après les vacances de la Toussaint, et ne concerne que les rues de l’hypercentre de la ville. Nous avons limité ce couvre-feu pour éviter des écueils juridiques. Un certain nombre d’arrêtés municipaux pris par des collègues pour des raisons similaires ont été retoqués par des préfectures car ils étaient trop longs ou mal définis. On a peu de leviers, en tant que maire, pour endiguer les comportements problématiques de certains jeunes. Le couvre-feu est l’un des rares dispositifs que l’on puisse déployer.

LPA : Comment le faites-vous appliquer ?

P.-Y.D. : Les modalités d’application sont complexes. La police municipale fait une ronde nocturne tous les 15 jours. Les soirs en question, elle fait appliquer le couvre-feu aux enfants qu’elle rencontre et les raccompagne chez eux. Le reste du temps, seule la police nationale peut le faire respecter, et ce n’est pas dans ses priorités aujourd’hui que de faire respecter ce genre d’arrêtés municipaux.

LPA : Pensez-vous que ce couvre-feu est efficace ?

P.-Y.D. : Nous avons peu de recul car peu de temps après la mise en place de ce couvre-feu, celui décidé par le président de la République, prenant effet à 21 heures, a été prononcé. Nous n’avons eu l’occasion que de ramener un seul enfant à la maison !

LPA : Quel est l’objectif de cette mesure ?

P.-Y.D. : Elle vise surtout une prise de conscience des familles et de l’enfant. Les sorties après 22 h 30 sont sanctionnées par une amende de 35 €. C’est surtout symbolique de voir son enfant ramené par la police. Cela permet de débattre avec les familles. J’interviens ensuite pour discuter, après qu’un enfant ait été ramené chez lui.

LPA : Comment ce dispositif a-t-il été accueilli par la population ?

P.-Y.D. : J’ai eu beaucoup de soutien des familles. On sent un raidissement de la population. Les gens aujourd’hui veulent de l’autorité. Le chef de la police municipale m’a d’ailleurs dit que la famille concernée avait été heureuse qu’on lui ramène son enfant. Les comportements qui nous ont amenés à prononcer ce couvre-feu s’éteignent d’eux-mêmes avec l’arrivée de l’hiver et de la pluie. Mais j’envisage, d’ores et déjà, de reconduire ce dispositif au printemps.

LPA : Que pensez-vous de l’évolution de la ville ?

P.-Y.D. : Elle a beaucoup changé. Un certain nombre d’événements – à commencer par la loi SRU imposant de construire des logements sociaux à un rythme important – a transformé sa composition sociale. La ville, qui n’avait aucun logement social, répond aujourd’hui aux obligations des 25 %.

Je déplore également que notre ville ait pâti de politiques publiques peu judicieuses, notamment en matière d’urbanisme. Rosny-sur-Seine a en effet souffert d’une urbanisation sauvage. Beaucoup d’immeubles ont été construits en zones pavillonnaires. On se situe en grande couronne et on a tous les défauts qu’on peut rencontrer en région parisienne : des constructions à marche forcée, une explosion de la population, etc. La ville, qui comptait 4 000 habitants il y a 15 ans, en accueille presque 7 000 aujourd’hui.

LPA : Quel est votre souhait pour la commune ?

P.-Y.D. : Je ne suis pas passéiste. Le Rosny-sur-Seine d’il y a 30 ans n’existera plus. Je veux donc accompagner au mieux la commune dans la mutation naturelle et nécessaire de l’extension de la région parisienne. J’aimerais néanmoins conserver une certaine qualité de vie, que la commune reste une ville plutôt pavillonnaire, avec des services. Sur le plan immobilier, on a arrêté de construire des barres d’immeubles et conservé uniquement les projets modestes, pavillonnaires, à taille humaine. J’ai, cela dit, des projets de développement de la commune qui s’inscrivent dans une dynamique de territoire. Nous avons à Rosny-sur-Seine, une zone industrielle de presque 800 emplois. Je suis par ailleurs le vice-président du Grand Paris Seine et Oise, la plus grosse communauté urbaine de France, au sein de laquelle je suis en charge des mobilités et des transports. J’œuvre pour faire arriver le RER jusqu’à chez nous. Je ne suis pas le maire borné d’un village d’irréductibles Gaulois !

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Référence : LPA 05 Nov. 2020, n° 157m8, p.3

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