Menaces de mort contre Emmanuel Macron : Ritchy Thibault chamboule l’audience

Publié le 26/03/2026 à 11h58

Le procès de Ritchy Thibault, ex-collaborateur de la députée Ersilia Soudais, pour menaces de mort contre le chef de l’État est renvoyé au 8 septembre. Devant la 24e chambre du tribunal de Paris, ce jeudi, le prévenu a utilisé l’audience comme une tribune politique.

Menaces de mort contre Emmanuel Macron : Ritchy Thibault chamboule l’audience
Tribunal judiciaire de Paris. (Photo : ©P. Cluzeau)

La salle bruisse, la présidente entre, le prévenu se lève. Il a les cheveux longs, un sourire narquois et il attend. La magistrate annonce que le dossier, déjà renvoyé une fois le 9 août 2024, par une juge unique de la 28e chambre, devant cette formation collégiale de la 24e chambre, sera une nouvelle fois renvoyé. « Nous sommes contraints par l’audience de l’après-midi et il semble que ce dossier aura besoin de plus de temps pour être correctement jugé », explique-t-elle. De nombreux témoins sont en effet cités : des professeurs d’histoire, des camarades, Christophe Dettinger, le gilet jaune boxeur.
Murmures dans l’assistance. Le prévenu est déçu : ne pourrait-on pas trouver une salle pour cet après-midi ? Question naïve. La juge répond par un silence gêné.

Ritchy Thibault, ancien collaborateur de la députée LFI Ersilia Soudais, est prévenu d’avoir menacé de mort le président Emmanuel Macron au Salon de l’agriculture 2024 ; dans ce qu’il qualifie d’« adresse politique », il avait lancé : « Éborgneur*, n’oublie jamais que nous sommes le pays de la Révolution française, le pays qui fait tomber la tête des monarques ! »

Le préfet de police cité comme témoin

C’est par la voie de son directeur de cabinet que le chef de l’État avait porté plainte. Patrice Faure, désormais préfet de police de Paris, avait signé la plainte du président, ce qui pose un problème juridique, estiment les avocats de Ritchy Thibault. Il a refusé de déférer à la convocation comme témoin que lui a adressée la défense. L’un des avocats de Ritchy Thibault demande à ce qu’il soit amené par la force, s’il le faut, à l’audience au fond, qui se tiendra le 8 septembre 2026 devant la 10e chambre.

Ce préfet, Ritchy Thibault l’appelle « le sous-fifre » du président, lui-même qualifié « d’ordure » et de « pourriture » devant une assemblée acquise et qui pouffe à chaque bon mot du jeune homme, à la fois mariole et éloquent, provocateur et piquant dans sa critique d’une poursuite qu’il estime « politique ». Il déroule un discours militant et brandit le dessin qui vaut à un artiste guadeloupéen surnommé « Boss Blow » des poursuites similaires aux siennes, ce même jour, devant le tribunal de Pointe-à-Pitre. L’œuvre est présentée à la salle : elle montre la tête décapitée du président tenue par les cheveux, façon Louis XVI.

Ritchy Thibault possède une collection de poursuites judiciaires qu’il doit intégralement à sa faconde insurrectionnelle et à son sens de la formule un peu appuyé. De nombreux soutiens dénoncent un acharnement judiciaire contre le jeune homme.

Cela ne semble pas lui déplaire, transformant la barre du prétoire en une tribune opportune, il déclame un discours anti-Macron, contre les puissants et les dominants. Faisant fi des usages des tribunaux, il interpelle lui-même le procureur, lequel reste mutique et indifférent aux provocations du prévenu qui qualifie le parquet de « sous-fifre » (comme le préfet). La présidente, calme en apparence, souffle, interrompt et recadre le militant, lui rappelant que tout ce qu’il dit n’a pas de rapport avec la demande de renvoi. Il répond et l’interrompt à son tour. Ulcérée, la magistrate se lève d’un bond et suspend l’audience, « le temps que tout le monde se calme ». Ritchy Thibault jette un œil à ses camarades, l’air ravi : « On va en rajouter encore un peu ».

« J’aimerais que le parquet nous annonce qu’il abandonne les poursuites »

Reprise de l’audience. Le procureur, en une seule phrase, annonce adhérer à cette demande de renvoi, tout comme les avocats, qui, de toute façon, n’ont pas le choix. Me Henri Braun, dénonce la campagne de harcèlement de la part de l’extrême-droite dont son client est victime. « La plume est serve mais la parole est libre, et j’aimerais que le parquet nous annonce qu’il abandonne les poursuites », lance-t-il au parquetier, qui ne le regarde pas. Il ajoute qu’il aimerait que le président de la République soit destinataire d’un avis à victime**.

 Sur les bancs, deux femmes ont un échange vif. L’une d’elles se lève en soufflant : « heureusement qu’ils ne sont pas au pouvoir ! », l’autre lui lance : « un peu de respect ! » L’une est gilet jaune, l’autre est royaliste et vient de qualifier les soutiens du prévenu de « populace ».

La présidente annonce le renvoi de l’audience et ajoute : « La victime sera avisée. » Ritchy Thibault se retourne, agite ses doigts à la façon d’un chef d’orchestre ; le public sort en chantant, avant de se retrouver devant la salle pour un discours improvisé où il harangue la foule acquise, et donne rendez-vous au prochain procès, le 8 septembre 2026.

 

 

*Allusion à Jérôme Rodriguez, figure du mouvement des gilets jaunes, qui a perdu un œil lors d’une manifestation en janvier 2019 à cause d’une grenade de désencerclement utilisée par les forces de l’ordre.

** Document envoyé à la victime, l’invitant à se constituer partie civile.

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