Stand Up, un programme pour intervenir contre le harcèlement de rue inauguré en Ile-de-France

Publié le 07/04/2020 - mis à jour le 09/04/2020 à 9H02

L’Oréal Paris et la Fondation des femmes, viennent de lancer un programme d’action contre le harcèlement de rue, avec le soutien de la région Ile-de-France, de la SNCF et de la RATP. Mis en place dans toutes les gares de la région Ile-de-France, il sera bientôt étendu à d’autres lieux et à toutes les régions de France. Ces différentes entreprises, toutes dirigées par des femmes, ont profité de la conférence de presse pour détailler leurs engagements en faveur du droit des femmes à circuler librement et en toute sécurité.

Le 6 mars dernier était inauguré le programme Stand Up à la Gare de Lyon, à Paris. Devant les quais, de grands panneaux interpellaient les voyageurs. Caméras et micro étaient de sorties, suscitant questions et regards interrogateurs des badauds. À l’étage, dans le très chic restaurant du Train bleu, les grandes entreprises de transports parisiens, toutes représentées par des femmes, en dévoilaient les grandes lignes.

« Quand on demande aux femmes quel est le premier problème dans leur vie de tous les jours, le harcèlement dans les transports en commun arrive en premier, devant l’inégalité salariale. Nous avons été stupéfaits par ce constat », commença Delphine Viguier-Hovasse, directrice générale de L’Oréal Paris. Rappelant que 80 % des femmes révèlent avoir été harcelées dans un lieu public, elle a présenté un chiffre tout aussi stupéfiant : seules 20 % d’entre elles sont aidées. « Ce n’est pas de la lâcheté collective, les gens ne savent pas quoi faire ». Forte de ce constat, la marque L’Oréal Paris a voulu donner une méthode d’intervention pour les témoins. Elle s’est associée à la Fondation des femmes pour mettre en place un programme d’intervention, reposant sur cinq verbes commençant par la lettre D.

Un témoin d’une scène d’agression devrait ainsi dans un premier temps tenter de Distraire — en faisant semblant de connaître la victime ou en s’adressant à elle l’air de rien —, avant de Déléguer en demandant de l’aide, de Documenter la scène en prenant des photos, de Diriger, en intervenant et de Dialoguer pour réconforter la victime. « C’est très simple, relativement spontané », assura la dirigeante de L’Oréal, conseillant à chacun de s’approprier le « D » qui lui correspond le mieux. « On a tous été portés par cette cause chez L’Oréal. Il nous fallait un expert de la cause de la femme pour penser cette méthode », a-t-elle expliqué avant de passer la parole à Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes.

Personnage médiatique, défendant inlassablement la cause des femmes sur les plateaux de télévision, Anne-Cécile Mailfert préside la Fondation des femmes, première institution de collecte des dons destinés à soutenir les femmes. Elle explique d’abord le fonctionnement de la Fondation des femmes, qui travaille en s’appuyant d’une part sur des partenaires financiers — comme, dans ce cas, L’Oréal Paris — et d’autre part sur un important réseau associatif. « Ces partenaires nous permettent un vrai déploiement », a-t-elle souligné, estimant que c’est l’alliance de ces deux mondes qui « permet de faire évoluer l’égalité et de transformer la vie des femmes ». Détaillant les coulisses de l’opération Stand Up, Anne-Cécile Mailfert explique que L’Oréal était venu trouver la Fondation, en mentionnant le travail de l’ONG américaine Hollaback, connue pour avoir mis en place cette formation dite « des 5D » pour intervenir en cas d’agression dans l’espace public. La Fondation des femmes a ensuite eu à charge de mettre cette formation en musique, et de la déployer sur le territoire. « Cela a été une occasion unique de déployer nos compétences. L’idée était d’être visible dans les lieux où se déplacent les femmes : dans les gares, dans les transiliens », a expliqué Anne-Cécile Mailfert. Le projet Stand Up devrait, par la suite, être déployé dans les universités, les festivals de l’été, et dans un « train de l’égalité » qui va parcourir la France. « Nous avons l’ambition de former 30 000 personnes », a précisé la présidente de la Fondation.

Olivier Le Moal / AdobeStock

L’Oréal Paris et la Fondation des femmes peuvent compter pour le lancement de ce programme, sur les partenaires assurant les services de transports en Ile-de-France : la SNCF, la RATP, et, bien sûr, le conseil régional, représenté ce jour-là par sa présidente, Valérie Pécresse. Leurs interventions ont été l’occasion dedresser un état des lieux des différentes mesures prises pour sécuriser les déplacements des femmes dans les transports.

Catherine Guioullard, présidente de la RATP depuis 2017, a rappelé ainsi que la RATP organise, deux fois par an, des campagnes de lutte contre le harcèlement. Elle a précisé en outre qu’un millier d’agents de sécurité patrouillent dans les rames et trains du métro pour dissuader les auteurs de harcèlement. Ces effectifs, qui vont augmenter d’une centaine d’agents, sont pour certains armés de 9 millimètres, tandis que d’autres patrouillent en civil pour mieux se fondre dans la foule. Elle a rappelé, surtout, que la RATP a mis en place un numéro, le 3117, pour signaler toute situation à risque dans les transports en commun. « Chaque femme doit le noter sur son portable. Vous pouvez faire des SMS, si vous avez peur de téléphoner », a-t-elle recommandé, rappelant que les équipes ne pourraient rien faire si les faits n’étaient pas signalés au moment même où ils se produisent. Elle a également rappelé enfin que le réseau de la RATP est surveillé par 50 000 caméras de vidéosurveillance installées dans les gares, qui fournissent des images utiles lorsqu’il s’agit de documenter les faits. « Ce nombre de caméras devrait atteindre 80 000 d’ici 2025. La lutte contre le harcèlement est une cause très importante en interne dans l’entreprise ».

Sylvie Charles, nouvelle directrice du réseau Transilien de la SNCF, qui compte plus de 3 000 gares, a mit en avant la nécessité du « contrôle social », défini comme : « l’attention que tout un chacun doit porter à l’autre ». « Rien ne peut le remplacer », estime-t-elle. Elle a loué les qualités du programme Stand Up, qui, en donnant des méthodes d’intervention, « vise à ce que chacun d’entre nous, dans son rôle naturel, intervienne et participe ». « J’ai beaucoup aimé cette formation très pragmatique. Le « distraire » a été un élément-clé que j’ai envie de transmettre partout et surtout dans nos gares. Cette action est très importante pour la RSE de l’entreprise, qui compte aujourd’hui un réseau féminin très mobilisé sur ces questions. »

La clôture de cette présentation revint à la présidente de la région Ile-de-France. Contemplant ses collègues à la tribune, Valérie Pécresse a d’abord salué « un moment assez unique ». Présidente du conseil régional d’Ile-de-France depuis 2015, elle a rappelé que « ce type de table aurait été impensable au moment de son élection », estimant que la RATP et la SNCF, présidées par des hommes, avaient alors du mal à trouver des femmes à mettre en avant pour la journée du 8 mars. Le sujet du harcèlement aurait selon elle progressé avec l’arrivée de ces femmes à des postes de direction. « Quand j’ai  été élue, le harcèlement des femmes faisait l’objet d’une omerta, d’une sous-estimation ou d’une banalisation. Il est d’ailleurs intéressant de noter que 46 % des femmes victimes n’ont rien fait. Soit parce qu’elles pensent qu’il n’y aura pas de réactions à leur situation, soit parce qu’elles-mêmes la banalisent ». Revenant sur les méthodes américaines de l’ONG Hollaback, reprises dans ce programme Stand Up, elle a concédé qu’il n’est pas très intuitif de faire semblant de connaître une victime. « Après coup, une fois formé, on s’étonne pourtant de ne pas y avoir pensé avant », assura-t-elle.

Au-delà de la mise en place de ce programme, elle est revenue sur d’autres mesures prises par la région pour sécuriser les déplacements des femmes. « IDF mobilités a permis le recrutement de 250 personnes supplémentaires, médiateurs et personnels de sécurité, à laquelle s’ajouteront des personnels de sécurité privée pour accroître la présence humaine sur le réseau », a-t-elle détaillé. Elle s’engage à développer la vidéo-protection, assurant que de nouvelles caméras allaient être déployées dans les gares routières et dans les rames afin que tout le réseau soit protégé avant la fin de l’année 2021. « L’objectif est qu’il n’y ait plus de trous dans la raquette ». Elle a mentionné également l’arrêt des bus à la demande, dispositif permettant de se faire déposer, la nuit, au plus près de son domicile. « Il y a eu certaines réticences des syndicats au début, mais après expérimentation en Seine-Saint-Denis et en Seine-et-Marne, à la fois dans des lieux urbains et dans des localités rurales, cela fonctionne. Ce dispositif va donc être généralisé à toutes les lignes de bus. Cela renforce le sentiment de sécurité des hommes et des femmes qui prennent les transports en commun ».

Enfin, Valérie Pécresse a révélé avoir créé un poste de chargé de mission en charge du harcèlement au sein du conseil régional. « Cela a libéré la parole. Des femmes harcelées au travail sont venues nous raconter des choses qu’on ne soupçonnait pas, uniquement parce qu’on a nommé une femme pour recueillir leurs témoignages. Nous sommes à la croisée des chemins », a conclu la présidente de la région.

À lire également

Référence : LPA 07 Avr. 2020, n° 152n0, p.3

Plan