Vingt-sept ans de réclusion criminelle requis contre Lakhdar Matoug, la défense plaide les « coups mortels »

Publié le 10/07/2026 à 14h18

La cour d’assises de Paris est partie délibérer en fin de matinée, vendredi 10 juillet, sur le sort de l’accusé Lakhdar Matoug, accusé du meurtre de sa conjointe. Alors que l’accusation a requis 27 ans de prison, la défense a tenté de démontrer que son client n’avait aucune intention homicide.

Vingt-sept ans de réclusion criminelle requis contre Lakhdar Matoug, la défense plaide les « coups mortels »
Photo : ©Florence Piot/AdobeStock

Il a pu sembler au jury de la cour d’assises de Paris qu’Assia B., telle qu’elle avait été décrite dans les témoignages recueillis par l’enquêtrice de personnalité, mais aussi, dans une ambiguïté savamment dosée, par l’accusé lui-même, avait laissé peser tout le poids de la gestion du foyer et des grandes difficultés financières que la famille traversait sur les épaules du misérable Lakhdar Matoug. Cela aurait expliqué – sans aucunement justifier – le « coup de folie » d’un mari à bout ; voyant que sa femme lui cache une importante somme en espèce alors que lui s’échine à renflouer le navire, il n’aurait pu maîtriser sa rage. C’est l’image que l’accusé aurait bien aimé fixer dans l’esprit des six citoyens français qui vont le juger pour le meurtre de sa femme.

Mais de l’autre côté de la salle, des avocates de partie civile et une avocate générale, par leurs questions tout au long de l’audience et leurs plaidoiries et réquisitoire prononcés jeudi 9 juillet, ont rétabli la victime dans sa dignité de femme, de mère et de victime. Elles ont finalement démontré sans effort que dans ce meurtre sur conjointe comme dans la plupart des féminicides, les dynamiques à l’œuvre sont toujours les mêmes, et que ce passage à l’acte meurtrier n’est rien d’autre qu’un crime de possession.

La stratégie de l’agneau

« C’est difficile de ne pas avoir pitié de Monsieur Matoug, de ne pas le voir comme un agneau, parce qu’il le fait très bien », estime Me Pauline Rongier, avocate de la fédération nationale des victimes de féminicide, partie civile. « Il inverse tout : c’est lui qui est épuisé, au point qu’on lui dit qu’il aurait dû extérioriser sa souffrance, qu’il se fait passer pour une victime. Monsieur dit qu’elle ne faisait plus rien, qu’il s’occupait de tout. Mais on est dans la stratégie d’un auteur de féminicide. » La plus virulente des avocates de partie civile semble indignée par le traitement réservé à la victime : « Il y a quand même un décalage entre l’horreur de ce qu’il s’est produit, et la façon dont, aujourd’hui, on semble appréhender sa vie avec Assia, cette façon de lui trouver plein d’excuses. Comme si on n’arrivait pas à accepter l’idée qu’un être humain puisse commettre de tels actes, et qu’il fallait forcément trouver une théorie ! Alors, on va se dire qu’il habille son cadavre, car c’est une façon de se dire qu’elle est encore vivante », comme l’accusé l’a soutenu. En réalité, plaide l’avocate, « Il a essayé de s’en tirer en infligeant encore plus de souffrance à son entourage, à sa femme et à ses enfants, et c’est ça que je vais vous demander de regarder en face. »

L’avocate générale, elle, pense qu’Assia était habillée lorsqu’il l’a tuée, que sa femme « avait décidé de fuir le domicile, avec une somme en espèce sur elle ». « Il se fait passer pour l’homme qui est passé à l’acte dans une forme de pétage de plombs face à une femme qui s’était désolidarisée des problèmes du foyer », dit-elle en accord avec les parties civiles. Pour elle, Lakhdar Matoug était « parfaitement ancré dans la réalité » et non « dissocié » ou « déréalisé », ou encore « dans un effet tunnel », comme l’avait énoncé le directeur d’enquête. Il avance méthodiquement : courses à Castorama, découpe du cadavre, puis deux allers-retours au parc des Buttes Chaumont. L’accusé prétend qu’il voulait que le cadavre soit découvert, l’avocate générale en disconvient : « Si cette affaire a été mise au jour le 13 février, c’est parce que les jardiniers se sont rendus dans cette déchetterie végétale ce jour-là, dans laquelle ils ne s’étaient pas rendus depuis le mois de décembre », rappelle-t-elle. Le corps avait bien été dissimulé, et non exposé.

« Une opération de destruction psychologique massive de ses enfants »

Et puis il y a les enfants. Les mensonges aux enfants, qui vont voir leur mère morte sur le canapé en pensant qu’elle dort, la croient partie sur une braderie alors que son corps est entreposé dans la pièce d’à côté. « Ce qu’il met en place à ce moment-là, c’est une opération de destruction psychologique massive de ses enfants », affirme Me Manuela Lalot, leur avocate. « Lorsque ce 30 janvier 2023, il ôte l’air à la mère de ses enfants, il ne protège pas ses enfants : il fait entrer le chaos dans la vie de ses enfants. » Elle évoque la garde à vue de l’aîné (un temps soupçonné) dont il ne s’est jamais remis, un aîné meurtri qui n’a pas pu revenir à l’audience, après avoir été là le premier jour : c’est physique, dit son avocate. Il ne peut pas marcher.

Ces enfants n’auront pour dernière image de leur mère que celle d’un corps découpé, ensanglanté, et ce préjudice, dit-elle, est incommensurable. La découpe du corps et sa dispersion, qui ne sont pas poursuivies en tant que telles, et ne sont pas des circonstances aggravantes au sens légal du terme, ont clairement vocation à alourdir la peine. Pour le meurtre de sa conjointe Assia B., l’avocate générale demande 27 ans de réclusion criminelle et 8 ans de suivi sociojudiciaire, sanctionné de 3 ans de prison en cas de non-respect.

« Des hommes ordinaires peuvent commettre des actes terribles : c’est ça, Lakhdar » 

Vendredi matin, d’abord Me Dominque Beyreuther, puis Gérard Tcholakian, ont essayé de démonter deux choses : que leur client n’avait pas l’intention de donner la mort à sa femme ; qu’il ne recherchait pas l’impunité, ne tentait pas d’échapper à ses responsabilités en se débarrassant du corps de sa victime.

« Assia va physiquement se jeter sur lui. Il veut qu’elle s’arrête de crier, mais il n’a pas l’intention de la tuer », plaide la première. Il serre un temps très court selon elle, un temps qui n’a pas pu être déterminé. Et ce geste va le traumatiser, c’est le mot de l’avocate. « Il y a aussi le traumatisme des auteurs, est-ce que c’est inélégant de le dire ? Il ne dort plus. Il parle à Assia, ça peut ressembler à la veille d’un mort. On l’habille pour le grand départ », plaide l’avocate.

Me Tcholakian revient sur la démarche post mortem : pourquoi les Buttes-Chaumont, un parc très fréquenté, et non pas le local poubelle ou le fond du canal de l’Ourcq, désert en hiver ? Cela démontre son intention que le corps soit découvert.

Pour l’avocat, Lakhdar est un homme ordinaire qui a commis l’horreur. Il convoque à l’appui les experts du dossier, qui le décrivent en « monsieur tout le monde », la figure d’Hannah Arendt et la « banalité du mal » : « des hommes ordinaires peuvent commettre des actes terribles : c’est ça, Lakhdar ».

Il revient à son tour sur la scène, et la durée de l’étranglement, qu’il compare à la capacité usuelle de retenir sa respiration en apnée avant de défaillir : 30 à 90 secondes, donc beaucoup moins, selon lui, dans le stress de la bagarre. Les experts ont quant à eux mesuré la durée nécessaire à l’asphyxie, et non à la simple défaillance, entre 3 et 5 minutes.

S’insurgeant contre la peine de 27 années de réclusion requise, l’avocate rappelle non sans sagacité qu’un étranger condamné pour un tel crime fait « systématiquement l’objet d’une procédure d’expulsion », sous-entendant que plus vite il est sorti, plus vite, il sera éloigné vers l’Algérie.

En dernier mot, l’accusé – qui a remis son polo rouge du premier jour – a simplement tenu à présenter ses excuses, a légèrement sangloté, puis s’est rassis avant de rejoindre les geôles où il attendra sa peine.

 

Mise à jour du 13 juillet à 11h20 : L’accusé a été condamné à 27 ans de réclusion criminelle vendredi 10 juillet par la cour d’assises de Paris. 

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