Un major de police jugé et condamné pour des agressions sexuelles sur quatre jeunes gardiennes de la paix à Paris

Publié le 16/09/2026 à 17h45

Un ancien major de police, qui officiait au dépôt du tribunal de Paris, comparaissait le 15 septembre devant la 10e chambre correctionnelle de Paris pour de multiples agressions sexuelles commises sur quatre jeunes gardiennes de la paix, en 2020, 2021, 2023 et 2024. Tard dans la soirée, il a été condamné à 16 mois de prison, dont 10 mois avec sursis.

Un major de police jugé et condamné pour des agressions sexuelles sur quatre jeunes gardiennes de la paix à Paris
Tribunal de Paris (Photo : ©P. Cluzeau)

Avant de s’asseoir côte à côte sur des strapontins, face à celui qui ne regarde que le sol ou ses pieds, et d’attendre pendant des heures qu’il soit jugé pour des agressions sexuelles sur elles, avec la circonstance aggravante d’avoir été leur supérieur hiérarchique ; avant même d’oser dénoncer les faits à leur supérieur, les trois jeunes gardiennes de la paix, dont l’une était tout juste sortie d’école, ont échangé des messages entre elles.

« Il est venu me faire la bise, il a mis les mains sur mon dos, mais meuf, c’était le haut de mon cul. Il est ingérable ce mec » ;

« Il fait chier à rôder comme un prédateur et attendre qu’il n’y ait personne pour faire de la merde » ;

« Il me dit que je suis belle et il tchipe » ;

« Le major m’a embrassé le cou tout à l’heure beurk » ;

« il me met mal à l’aise quand il met la main comme ça » ;

« Un pervers, y’a pas d’autres mots, c’est un malpropre » ; disent-elle de leur major. Ces échanges les ont galvanisées, et elles ont décidé d’en parler. Elles décident de rédiger un rapport en mars 2024, quand elles comprennent que les agissements du major touchent une multitude de jeunes femmes et ne cessent pas, ne cesseront pas tant qu’ils ne seront pas dénoncés. Elles reçoivent l’appui d’un collègue masculin, témoin de l’une des agressions.

Le rapport est transmis à la préfecture de police, qui fait un signalement au parquet. L’enquête pénale pour harcèlement sexuel est enclenchée.

Le 15 septembre 2026, le major Fred A., 60 ans, à la retraite depuis 2024, était jugé pour avoir sexuellement agressé ces trois jeunes gardiennes de la paix au dépôt du tribunal de Paris, quelques étages sous la salle 4.01 où la 10e chambre siège. Une quatrième plaignante est assise à leurs côtés, victimes de faits similaires, qui ont fait l’objet d’une autre procédure, jointe à celle-ci, qui sera discutée ensuite.

« N’oublie pas que c’est moi qui te note »

Le 14 février 2024, le major est entré dans l’armurerie et a plaqué Alexandrine contre le mur, l’a bloquée avec son bras pendant qu’il l’embrassait sur le front. Elle est restée pétrifiée.

Le 19 janvier 2024, toujours dans l’armurerie du dépôt, il s’approche de Carla, fait mine de lui faire la bise et lui touche les fesses.

Sara est dans l’ascenseur, dans lequel le major s’engouffre au dernier moment. Il dit qu’elle sent bon, et l’embrasse dans le cou, avant de s’en aller. Elle est restée sidérée.

Toutes les trois racontent le dégoût, la culpabilité et les troubles du sommeil, encore persistant, causés par ces faits.

Ils s’inscrivent dans un contexte de propos graveleux, de bises appuyées, de menaces voilées (« n’oublie pas que c’est moi qui te note ») et d’une évidente dynamique de domination, sociale, masculine, hiérarchique. Les faits sont nombreux, similaires et répétés : il s’apparente à une survivance du droit de cuissage, au cœur du pimpant tribunal de Paris, le plus grand de France et d’Europe, édifice dont la sécurité est assurée par des effectifs de police souvent tout juste sortis d’école, sous la coupe manifeste de gradés en position de domination totale.

« Vous savez la honte c’est pire que tout »

Le major est interrogé par l’IGPN. Il dit qu’il a des relations « affectives », convient être tactile mais conteste toute attitude de harcèlement. « Il peut m’arriver de prendre dans les bras, sans arrière-pensée » – paternaliste mais pas de connotation sexuelle.

À l’audience, son avocate – Marie Dosé – annonce d’emblée : il reconnaît les faits. Il confirme. « J’en ai même honte. Vous savez la honte c’est pire que tout, j’ai fait 41 ans de carrière, j’ai toujours fait l’effort d’avoir une bonne attitude, c’est dur de finir sa carrière comme ça, mais je le conçois, c’est de ma faute », ajoute-t-il. Comment perçoit-il les faits reconnus ? « J’ai eu des gestes trop familiers avec mes collègues, je sais très bien qu’avoir embrassé ou touché quelqu’un sans qu’il le souhaite constitue une infraction sexuelle, même si moi je ne le voyais pas comme ça, mais c’est la loi » Il ajoute : « je ne pensais pas faire tant de mal. »

Présidente : « Vous avez conscience que vous imposiez ces gestes sans consentement, alors pourquoi vous le faisiez ?

— Je cherche encore.

— Vous allez voir un psychologue ?

— Non, j’essaie de chercher sur moi-même.

— Ça ne sera peut-être pas suffisant.

— C’est sûr que je vais me faire aider.

— Vous savez que vous êtes major, si elles ne veulent pas dénoncer les faits c’est parce que vous êtes leur supérieur. Ne peut-on pas considérer que c’est un abus d’autorité ?

— Je ne pensais pas que mes gestes faisaient autant de mal. »

« On n’en peut plus des gradés, alors maintenant peu importe, je dénonce »

Voici que s’avance une 4e plaignante. Venue déposer plainte à l’IGPN le 20 mai 2026 pour certains faits récents, elle annonce au policier qui prend sa plainte qu’elle a « subi pire par le passé ». Son interlocuteur lui demande de développer, elle raconte :

Des remarques blessantes, puis à connotation sexuelle : « quand on te regarde, on voit que tu es une tigresse au lit ». Une première agression, les mains sur ses seins au prétexte de refermer son gilet tactique. Une seconde agression. Enceinte et en arrêt maladie, en mai 2021, elle doit remettre son arme de service. Le major vient seul devant chez elle – ce qui n’est pas réglementaire. Il s’annonce. Elle est seule avec ses deux enfants. « Je suis allée chercher une tenue sale pour être la plus répugnante possible. J’ai préparé l’arme dans la mallette pour qu’il parte vite. Quand il est arrivé, il a voulu rentrer chez moi », mais elle l’a « maintenu » sur le palier. Il l’embrasse soudainement sur la bouche, puis quitte les lieux. Elle fond en larmes. Elle appelle son mari (qui lui reproche de s’être laissée faire) et une amie, pour lui raconter. Elle demande de l’aide à son syndicat, qui lui conseille de rester en congé maladie jusqu’à la fin de sa grossesse – pas de vague. À sa demande, elle est mutée à la police aux frontières en septembre 2022.

Elle dit que depuis, ça continue. « On n’en peut plus des gradés, alors maintenant peu importe, je dénonce. » Mais ce baiser sur la bouche l’a marquée plus que tout. « Je suis tellement marquée, j’en parle encore. »

Pour toute réponse, le major dit qu’il ne s’en souvient plus, mais que si elle le dit, c’est que c’est vrai. « Ce n’est pas une menteuse. » C’est tout.

« On représente des institutions, Monsieur »

Après les plaidoiries des parties civiles, la procureure constate qu’aucun lieu de travail n’est épargné par de tels agissements, et analyse : un dossier avec des victimes nombreuses, probablement d’autres qui ne parleront jamais. Toutes de jeunes recrues craignant les représailles. Elle dit aussi que la reconnaissance des faits par le prévenu est « un peu vacillante », et constate qu’il a bénéficié d’un environnement qui n’a pas su protéger les victimes. Elle requiert 16 mois de prison, dont 8 mois avec sursis. Aménagement ab initio en détention à domicile sous surveillance électronique (DDSE) pour la partie ferme.

En défense, Me Marie Dosé ironise sur la « reconnaissance des faits, qui ne convient jamais », et ce n’est pas faux, il est difficile pour un prévenu de faire admettre la sincérité pleine et entière de son repentir. Elle dit qu’il a 60 ans, que c’est un homme de sa génération (« tous les hommes de sa génération ne sont pas comme ça »), qu’il n’avait pas conscience de faire du mal. Qu’il est aujourd’hui à la retraite, malade (il suit une chimiothérapie et paraissait affaibli à la barre), et qu’on se souviendra de lui pour ces faits et non pour son action héroïque au Bataclan le 13 novembre 2015, dit-elle, mystérieuse. Et elle demande un sursis intégral, mais après un court délibéré, la juge annonce que Fred A. est condamné à 16 mois de prison, dont 10 mois avec sursis – 6 mois sous bracelet électronique. Elle motive : « Il y a un interdit social, la multiplicité des faits, votre position hiérarchique, et puis votre profession. » Elle regarde ses collègues : « On représente des institutions, Monsieur ».

 

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