Violences sexuelles : « Elle déchirait ses vêtements en rentrant de l’école »

Publié le 28/08/2025 à 9h00

Un père est jugé pour des faits de viols incestueux, requalifiés en agression sexuelle, sur sa petite fille âgée de cinq ans au moment de la plainte. La mère accuse, le père nie, le dossier est très maigre, et tout le monde semble bien embêté.

Tribunal de Nanterre
Photo : ©P. Anquetin

L’avocate du prévenu agite un mince tas de papiers : « Voici la procédure : 40 pages ! »

C’est une procédure pour viol incestueux, requalifié en agression sexuelle, qui se présente devant la 20ᵉ chambre du tribunal correctionnel de Nanterre, lundi 7 juillet. » Le père, prévenu, comparaît libre. La mère, très affectée, est sur le banc des parties civiles. La présidente a passé plus de deux heures à renvoyer des dossiers de violences sexuelles et conjugales, faute de temps, et s’attaque en fin d’après-midi aux dossiers à juger. Celui de Mérouane, 38 ans, est le premier à être examiné au fond.

La présidente lit : la mère porte plainte le 1ᵉʳ novembre 2023 contre le père. Leur fille de cinq ans lui a révélé ce jour que son père lui aurait mis des mains sous les vêtements et lui aurait imposé des pénétrations digitales et anales. Ces actes auraient eu lieu quand elle avait trois ans, mais elle n’en avait jamais parlé auparavant.

Ce n’est que plus tard, lors d’une autre audition, qu’elle informe les policiers que, par le passé, elle avait vu sa fille prendre des photos de son sexe, « à la demande de papa », l’avait informée la petite. C’est pourquoi elle avait refusé de présenter l’enfant au père, qui a un droit de visite un week-end sur deux.

Mérouane confirme : « Je n’ai pas vu ma fille depuis le 30 septembre 2023 », dit-il aux policiers qui l’entendent en audition libre, après la plainte déposée à Paris. Résidant à Clermont-Ferrand, il est interrogé au commissariat le plus proche de chez lui.

« L’état de souffrance de l’enfant est réel »

Un médecin ne constate aucune trace de viol sur le corps de l’enfant. Un expert psychiatre mandaté ne décèle aucun des troubles habituellement constatés chez les enfants victimes de violences sexuelles. La petite fille fait l’objet d’une mesure d’assistance éducative en milieu ouvert (AEMO). Les services sociaux estiment que si elle ne va pas bien, c’est en raison du comportement de sa mère, dont la bonne santé psychique est mise en doute. « L’état de souffrance de l’enfant est réel », souligne le rapport. À l’audience, la mère aussi semble souffrir. Interrogé, le père dit n’avoir jamais rien fait à sa fille, tout simplement. Il ajoute qu’elle « veut le renvoyer en Tunisie ». Elle l’accuse, en effet, de l’avoir épousée et de lui avoir fait un enfant pour les papiers, tandis qu’il lui reproche de s’être servie de lui simplement pour engendrer. Le couple s’est séparé avant la naissance de l’enfant.

La procédure judiciaire est famélique et il va falloir l’épaissir afin que le tribunal ait de quoi nourrir une réflexion. La présidente veut tester le récit du père. « Comment ça se déroulait les week-ends qui se passaient ici, avec votre fille ? Vous preniez une chambre d’hôtel à Gennevilliers ?

— Oui, longtemps à l’avance. Puis je passais la chercher chez sa maman. On allait voir les magasins, manger au McDo. Elle allait jouer au parc. J’ai jamais fait de mal à ma fille. C’est mon propre sang ! »

La présidente demande à la mère d’approcher. « Comment l’enfant a abordé avec vous les faits ?

— Elle avait des comportements assez bizarres, que je n’arrivais pas à expliquer.

— Qu’est-ce que vous avez observé ?

— Elle déchirait ses vêtements en rentrant de l’école. Elle jetait ses poupées. Elle se filmait nue. Elle avait des douleurs au niveau du sexe.

— Donc, vous décidez de porter plainte ?

— Au début, je pensais que c’était une infection urinaire. Puis, sa maitresse m’a dit qu’elle avait un comportement bizarre. Un jour, je l’ai trouvée tout à coup très triste, je lui demande ce qu’elle a. C’est là qu’elle m’a dit que son père l’avait touchée. Elle m’a montré son entrejambe, et elle m’a dit que son père l’avait touché là. »

« On dirait que c’est mon procès »

La mère est interrogée sur les mains courantes du père contre elle qui faisait, dit-il, entrave à son droit de visite. « Mais on est là pour ma fille, pas pour ça ! On dirait que c’est mon procès.

— Pas du tout,  Madame, on est là pour comprendre comment une petite fille de cinq ans a des comportements extrêmement sexualisés, dont vous n’avez pas parlé quand vous avez porté plainte pour viol.

— Moi j’estime avoir tout fait pour la protéger elle, et non pas pour empêcher le père de voir sa fille. »

L’administratrice ad hoc témoigne d’une enfant « perdue entre les conflits parentaux. C’est quelque chose de très compliqué à vivre pour elle. » La présidente connait cette femme, spécialisée dans la protection des enfants victimes de violences sexuelles.

« Vous avez vu de nombreux enfants victimes de violences sexuelles, est-ce que vous avez pu détecter des comportements qui laisseraient penser ça ?

— Non, j’ai plus eu l’impression d’avoir une petite fille perdue dans un conflit parental. »

 De fait, la parole de l’enfant n’a pas été proprement recueillie, dit l’avocat de l’administratrice ad hoc. Cela donne l’impression, dit l’avocate de la mère, « que c’était le procès de Madame et non celui de Monsieur. C’était assez désagréable ! » Elle demande 1 500 euros de dommages et intérêts pour le préjudice moral.

« Il y a la vérité, et la vérité judiciaire. »

« Moi je veux bien croire à la parole d’une petite fille, d’une maman, des enquêteurs, dit la procureure. Mais il y a la vérité, et la vérité judiciaire. Ce que la maman de cette jeune fille a décrit, ce n’est pas juste des agressions sexuelles, ce sont des doigts dans des fesses. Ça reste du viol. » Elle propose de renvoyer le dossier à l’instruction. Mais, en l’état, « je ne peux pas soutenir l’accusation. Ça ne veut pas dire que c’est une petite fille qui ment, mais qu’on n’a pas les éléments » pour fonder une condamnation. Elle requiert la relaxe.

L’avocate de Mérouane agite un mince tas de papier : la procédure, indigente. C’est elle, la véritable fautive. « Moi aussi, quand j’ai reçu la convocation, j’ai cru que j’avais raté une réforme législative », ironise-t-elle, faisant référence à la correctionnalisation des faits de viols. Elle plaide la relaxe.

Sans surprise, le tribunal relaxe Mérouane.

 

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