Violences sexuelles : « Il me disait que personne ne voudrait de moi »

Publié le 04/09/2025 à 16h31

Enzo, 22 ans, comparaît pour avoir diffusé des photos à caractère pornographique d’une jeune fille de 16 ans, alors qu’il en avait 19. L’audience a mis au jour un jeune homme égotique, prenant plaisir à humilier des jeunes filles fragiles.

Salle des pas perdus de Nanterre - Photo Pierre Anquetin
Salle des pas perdus du Palais de justice de Nanterre (Photo : ©P. Anquetin)

Lorsqu’il avait des relations sexuelles avec sa petite amie de 16 ans, Enzo, 19 ans, adoptait une « position dominante ». Il se faisait appeler « maître » ; pour lui, Lise* était sa « chienne », soumise à ses désirs. Le 10 janvier 2022, il a envoyé des photos de Lise à Julie*, avec qui il entretenait aussi des relations intimes et qu’il appelait aussi sa « chienne ». Ces photos étaient à caractère pornographique. Julie a contacté Lise pour l’en informer. Lise a d’abord été horrifiée, puis elle s’est mise en colère et en a parlé à sa mère. Elle est allée porter plainte le 17 janvier 2022 au commissariat de Saint-Cloud, qui a transmis l’affaire à celui d’Asnières-sur-Seine, où la jeune fille a été auditionnée le 9 mars.

Lise a expliqué aux policiers avoir eu une relation de couple avec Enzo d’avril 2020 à fin décembre 2021, relation devenue « tumultueuse » à partir d’avril 2021. Au lit, Enzo était violent, psychologiquement et physiquement, la forçant à des rapports qu’elle ne voulait pas, l’attachant contre son gré. Lorsqu’elle lui disait qu’il lui faisait mal, cela l’excitait, alors il lui faisait encore plus mal.

Le même jour, Julie a expliqué aux mêmes policiers avoir rencontré Enzo à l’âge de 15 ans, en février 2021, par le biais d’une application de rencontre. Elle a décrit un misogyne, avec un « complexe de supériorité ». Quand Lise a lu les messages que Julie avait reçus de lui, elle a été choquée de constater qu’il lui parlait encore plus mal qu’à elle.

À l’issue d’une enquête qui a mené le jeune homme en comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, laquelle a fait l’objet d’un refus d’homologation par le juge, puis devant la 18ᵉ chambre du tribunal correctionnel de Nanterre, incompétente, Enzo a atterri devant la 20ᵉ chambre. Mais l’audience a été renvoyée pour absence d’expertise psychiatrique (obligatoire en matière de violences sexuelles), ce qui explique qu’il a fallu attendre trois ans et demi pour qu’un jeune homme de désormais 22 ans, propret et contrit, s’explique devant la justice. Malgré les violences décrites, il est seulement poursuivi pour diffusion d’images à caractère pornographiques d’une mineure.

« J’avais besoin de me sentir important »

« J’étais dans une phase de ma vie… je n’étais pas dans mon état normal, j’ai regretté immédiatement », reconnait-il désormais. Il avait commencé par nier les faits lors de ses premières auditions, au cours desquelles il avait même soutenu que c’était lui qui avait dû se soumettre aux pratiques sexuelles sadomasochistes de Lise, pratiques qu’il réprouvait, mais qu’il avait acceptées par amour. À l’écoute du récit de ses auditions par la présidente, Lise, sur le banc des parties civiles, ne peut réprimer un sourire consterné.  Il expliquait encore qu’il était étranger aux agissements que ces deux jeunes filles, lesquelles assurément menaient une cabale contre lui. Jusqu’au moment où les policiers lui ont montré les nombreuses vidéos retrouvées dans son ordinateur. Enzo filmait, parfois à leur insu, ses relations sexuelles avec des filles plus jeunes et plus fragiles que lui. Lise en a découvert où elle était nue, les yeux bandés, en train de lui faire une fellation. Alors, Enzo a tout avoué, tout en maintenant cependant que Lise était adepte des relations sadomasochistes. D’ailleurs, elle lui avait confié qu’à 14 ans, elle avait fait l’escort-girl, précise-t-il, espérant que cela « colore » le dossier en sa faveur. Mais tout s’est effondré quand la présidente a lu les messages orduriers et autoritaires envoyés à Julie, et qui ont non seulement choqué Lise, mais aussi retenu l’attention de la présidente.

Au prévenu, la juge demande « dans quel contexte a-t-il décidé de transmettre les photos pornographiques » de Lise à Julie. C’était pour la rendre jalouse, répond Enzo. Il ajoute qu’à l’époque, cela lui procurait une satisfaction : « j’avais besoin de me sentir important auprès de mes compagnes. » Julie avait expliqué à Lise qu’en réalité, Enzo cherchait à obtenir des photos nues d’elle-même, tentant d’ériger une concurrence malsaine entre les deux filles, ce en quoi il avait échoué, puisque cet évènement avait donné naissance à des liens d’amitié qui durent encore aujourd’hui.

Les faits étant – piteusement – reconnus, Lise explique à la barre : « il me faisait du chantage. Il faut savoir que j’ai été victime d’inceste, alors il me disait que personne ne voudrait de moi. J’étais sous son charme, car je pouvais avoir un copain alors que j’avais été salie. Il me faisait comprendre que le seul moyen pour qu’il reste avec moi, c’était de satisfaire ses désirs.

— Donc vous lui avez envoyé des photos de vous ?

— En sous-vêtements, oui. Je me souviens devoir acheter de la lingerie sexy, alors que ce n’était pas trop mon truc. »

« Deux ans de psy pour que je puisse m’accepter dans un miroir »

Suite à ces faits, la jeune femme, en troisième année de licence audiovisuelle, s’est vue diagnostiquer un trouble anxieux généralisé. « Ça m’a pris deux ans de psy pour que je puisse à peu près m’accepter dans un miroir, avoir des relations amoureuses sans penser que je serais dénigrée. »

Quant au prévenu, son casier est vierge et il vit en couple avec une jeune femme qui était déjà sa compagne à l’époque des faits. Présente pour le soutenir, elle n’a néanmoins pas assisté aux débats

L’avocat de Lise réclame 4000 euros de dommages-intérêts. Un an de prison avec sursis est la peine requise par la procureure, décrivant une relation qui ressemble « à tout sauf à de l’amour ». Elle demande aussi une interdiction d’exercer toute activité avec les mineurs, une interdiction de contact et de paraître au domicile de la victime.

« Aujourd’hui, les jeunes s’échangent des photos sur les réseaux sociaux, ils commettent des infractions et ne s’en rendent même pas compte. Si le tribunal peut le leur rappeler, c’est une très bonne chose », plaide l’avocat de la défense. Il demande une sanction et un euro symbolique, ainsi qu’une dispense de peine pour Enzo, mais le tribunal choisit de suivre les réquisitions du parquet. Enzo est par ailleurs inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles, et devra payer au total 3 000 euros de dommages et intérêts.

 

*Les prénoms ont été changés

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