Violences sexuelles : « J’ai senti son sexe et son souffle chaud dans mon cou »
Mardi 7 octobre, Un vieil homme déficient et psychotique était jugé à la 10e chambre correctionnelle du Tribunal de Paris, pour des faits d’agression sexuelle dans les transports en commun. Ce « frotteur », qui ne semble pas comprendre ce qui lui arrive, avait déjà été condamné en 2025 pour des faits similaires.

Le vieil homme un peu voûté est assis sur un strapontin, la lèvre du bas pendante, la bouche entrouverte, une calvitie à la Valéry Giscard d’Estaing. Tête d’ampoule sur corps malingre, les yeux rivés dans le vague, indifférent aux paroles du président qui le présente : 64 ans (en paraît 10 de plus), fonctionnement intellectuel limité, registre du langage pauvre, parfois à tonalité enfantine. Suivi pour troubles psychotiques chroniques au centre médico-psychologique de Noisy-le-Sec. Son discernement au moment des faits était altéré selon un psychiatre, lit le juge. Le vieil homme ne réagit pas.
Au rythme saccadé des mouvements du train, il frotte son sexe contre les fesses de la femme
Il est prévenu d’agression sexuelle dans un moyen de transport collectif. Le 9 avril 2026, il rôdait sur le quai du RER B de la station Saint-Michel-Notre-Dame, filant au train des jeunes femmes, sous l’œil attentif d’une brigade antifrotteurs – des policiers en civil – qui repère son manège. L’homme est en queue de train, bouscule presque les fonctionnaires en civil pour se rapprocher d’une jeune femme de 24 ans, contre laquelle il se colle dans la rame bondée.
Au rythme saccadé des mouvements du train, il frotte son sexe contre les fesses de la femme, qui semble remarquer sa présence (notent les policiers), mais ne le « confronte pas ». Elle subit. Au bout de plusieurs minutes, elle place son sac à main entre eux deux. Il passa sa main gauche sous le sac pour toucher les fesses, et sa main droite dans son pantalon pour se stimuler le sexe. Les portes s’ouvrent, les deux sortent, les policiers avisent la jeune femme qui confirme ce qu’ils ont vu. L’homme se dirige vers l’autre bout du quai, les policiers le suivent, mettent leur brassard et l’interpellent.
Le président affiche un petit sourire policé sur un visage aimable. Il remarque la présence de nombreux élèves de terminale, et décide de lire un « PV de contexte » afin de rendre l’audience plus pédagogique : « La promiscuité et l’anonymat des transports publics forment un contexte qui favorise les agressions sexuelles, en hausse constante. Elles se font essentiellement au préjudice des femmes. 70% des usagères des transports en commun déclarent avoir été victimes au moins une fois de violences sexuelles et sexistes : Harcèlement, agression, exhibitionnisme, voyeurisme. Les conséquences sur les victimes sont dévastatrices et durables. » Il prend son rôle au sérieux.
Aux policiers, la jeune femme a déclaré : « J’ai senti son sexe et son souffle chaud dans mon cou. » Le vieil homme est toujours assis sur son strapontin, quand le président dit : « Je crois que ses sœurs sont dans la salle ? »
Deux femmes du public se lèvent, se positionnent à la barre. Elles disent qu’il reçoit l’allocation adulte handicapé depuis 1981, il avait 19 ans, mais qu’il n’est pas sous curatelle. « Vous le voyez souvent ?
— Presque tous les jours.
— Qu’est-ce qu’il fait ?
— Des fois, il sort ; dès fois, il dort.
— Mesdames, vous pouvez vous rasseoir dans la salle. Non Monsieur, vous, vous restez. Est-ce que vous avez compris les faits qu’on vous reproche ?
— Mmgrblm…
— On vous reproche d’être un frotteur. De vous frotter contre une jeune femme, de commettre une agression sexuelle. Est-ce que ça vous dit quelque chose ?
— Ça me dit rien », répond-il dans un grommellement guttural.
« N’hésitez pas, déposez plainte ! »
L’interrogatoire serré qui suit doit permettre au président de comprendre s’il est un frotteur endurci jouant sur son handicap pour atténuer sa responsabilité ou, conformément à sa fiche médicale, un vieil homme intellectuellement déficient, souffrant de troubles psychotiques depuis 45 ans, qui ne se rend pas compte de ce qu’il fait.
« Est-ce que vous avez une attirance pour les jeunes femmes ?
— Non.
— Est-ce que vous avez une sexualité ?
— Non.
— Vous vous masturbez ?
— Non.
— Quand est-ce que vous avez eu votre première relation sexuelle ?
— En février 2025.
— Ça, c’est votre première garde à vue (pour des faits similaires, N.D.L.R.). La première fois que vous avez eu une relation sexuelle avec une femme ?
— Jamais.
— Vous avez été marié en Algérie. C’était un mariage arrangé ? Est-ce que vous avez eu une relation sexuelle avec elle ?
— Jamais.»
Le président lui a aussi demandé pourquoi il prenait aussi souvent le métro, s’il regardait les femmes et s’il se frottait contre les jeunes femmes quand il en voyait une, et aucune des réponses murmurées par le prévenu n’a permis d’éclairer le tribunal, et le flot de questions s’est tari.
Le vieil homme s’est rassi, aussi inerte qu’à l’ouverture de son procès, et la procureure s’est levée. Elle demande que soit relevé l’état de récidive légale, car le prévenu a été condamné en 2025 pour des faits similaires. Conséquemment, elle note un état de dangerosité criminologique certain, tout en demandant de retenir l’altération de son discernement relevée. Elle pivote sur sa droite pour faire face au public et, s’adressant aux terminales – qui ne sont pas venus pour rien – elle dit : « Dans les transports, sur la voie publique, il y a des prédateurs, vous le savez. Les procureurs, les juges, on est là, on fait les choses, donc n’hésitez pas, déposez plainte », puis, soulignant que les faits ont été commis en période de sursis probatoire, elle requiert 8 mois de prison ferme, aménagés ab initio sous forme de bracelet électronique, une interdiction de paraître dans les transports en commun d’Île-de-France
L’avocate du vieil homme raconte qu’elle l’a rencontré à son cabinet, juste après sa première condamnation, en comparution immédiate, pour des faits similaires. Il était accompagné de ses sœurs, et n’avait rien compris à ce qui lui était arrivé. Il ne sait pas ce qu’est le consentement, et même pas vraiment ce qu’est une relation sexuelle. « On ne peut pas dire que Monsieur comprend ce qui lui arrive aujourd’hui », conclut-elle, estimant que sa dangerosité est contrôlée par son traitement antipsychotique.
Et finalement, le tribunal rend une décision « équilibrée » : l’état de récidive légale n’est pas retenu, il est condamné à huit mois de prison avec sursis probatoire, comprenant notamment une obligation de soins, et désormais, le vieil homme a l’interdiction d’utiliser les transports collectifs d’Île-de-France.
Référence : AJU506774