Violences sexuelles : « Jamais je n’aurais touché ma petite-fille » jure sa grand-mère à la barre

Publié le 02/10/2026 à 7h49

Mercredi 30 septembre, la 20e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre juge une grand-mère pour agression sexuelle incestueuse sur sa petite fille de quatre ans. La prévenue conteste les faits.

Salle des pas perdus de Nanterre - Photo Pierre Anquetin
Salle des pas perdus du Palais de justice de Nanterre (Photo : ©P. Anquetin)

La prévenue est un dos bleu assis qui parle, des cheveux blonds secoués au rythme des saccades de cette tête, celle d’une grand-mère prévenue d’agression sexuelle incestueuse sur sa petite fille de 3-4 ans au moment des faits – l’année civile 2024. Cette grand-mère a 55 ans, elle ne peut pas rester debout, elle est donc forcée de lever la tête pour affronter le tribunal qui la surplombe. La présidente lui lit la prévention. Elle rapporte les accusations portées par sa petite fille : des attouchements sur son sexe qui se seraient déroulés sur un lit, et une autre fois dans le bain. La grand-mère répond : « Je n’ai jamais violé personne, je n’ai jamais eu de geste incestueux, c’est un cauchemar. Jamais je n’aurais touché ma petite fille, mais si elle vous montre ce geste, il faut chercher. »

Elle estime que sa petite fille dit vrai, que quelqu’un l’a agressée sexuellement et elle pense au père de sa petite. Son fils aîné. K., 33 ans, a violé son petit frère P. lorsqu’ils étaient enfants. K. avait lui-même subi des viols à l’école à six ans, et avait reproduit ces agressions sur P. quelques années plus tard. La prévenue l’avait appris bien après, et même d’autres détails sur ces viols, quand P. avait 18 ans et qu’il avait découvert que sa mère se prostituait pour gagner sa vie. Une discussion « à cœur ouvert » s’en était suivie, et P. s’était confié sur tout ce que son grand frère lui avait fait subir.

Violée par son grand-père

Les policiers n’ont pas enquêté sur K., mais ils se sont beaucoup intéressés au passé de la grand-mère. Elle aussi a subi un inceste. Elle avait entre 11 et 13 ans lorsque son grand-père l’a violée. Tout d’abord, elle a simplement dit « attouché ». Elle avait peur que les policiers se disent : voici une personne qui reproduit la violence dont elle a été elle-même victime, elle craignait que cet « élément de personnalité », dans le logiciel suspicieux des enquêteurs, ne fasse d’elle la coupable évidente.

D’abord, il y a eu ces accusations, fin 2024, et l’audition de la petite fille selon le protocole NICHD, anciennement « Mélanie », qui font dire à la présidente que les propos de la petite fille sont « constants dans la description des gestes et des faits », puis rien, 18 mois sans contrôle judiciaire ni audition. Une « reprise de garde à vue » tombe sur la grand-mère en juin 2026, à la faveur, simple hypothèse, des nouvelles instructions de la Chancellerie malmenée par le scandale de l’affaire Lyhanna, qui a décrété que les affaires de violences sexuelles sur mineures étaient désormais une urgence absolue (lire nos articles ici et là). Le dossier de la grand-mère dormait dans un tiroir : il s’est retrouvé sur la pile « urgent ».

Les policiers ont perquisitionné les ordinateurs et le téléphone de la grand-mère. Ils ont trouvé des recherches pornographiques, « jeune femme avec grand-père », et la grand-mère admet : elle revit son viol en visionnant ces images, ça l’excite. Elle a eu son premier orgasme avec son grand-père, et ces vidéos sont une catharsis. Elle assume. Elle travaille dessus avec son psy. Question suivante ?

Les procureures sont deux. La deuxième demande à la grand-mère : « Et quand vous cherchez : ‘bébé 13 mois vagin dilaté ?’, la grand-mère répond que c’est pour se renseigner, qu’elle suit l’actualité. « Et quand vous cherchez ‘photo collégienne’ ?

— Je m’étais inscrit au site coco, je voulais piéger des pédophiles.

— Et pourquoi vous avez essayé de vous connecter sur le darknet ?

— Je voulais voir ce qu’il se faisait en matière de drogue de synthèse. »

Pourquoi cette petite fille a dit que la grand-mère lui avait frotté la vulve ?

La grand-mère a un profil qui détonne, ce n’est pas celui d’une mamie gâteau, mais une femme abîmée, hantée par les violences subies, un profil qui inquiète le parquet, qui se demande si la grand-mère n’est pas pédophile. La grand-mère dit qu’elle n’est pas excitée par les enfants, qu’elle aime sa petite fille plus que tout, comme une grand-mère. Alors, pourquoi cette petite fille a dit que la grand-mère lui avait frotté la vulve ? La présidente ajoute :

« L’enfant a aussi dit que vous lui avez dit de ne pas divulguer ce que vous lui avez fait.

— Quelqu’un lui a dit de dire ça.

— Nous essayons de savoir d’où viennent ces paroles.

— Moi aussi, j’aimerais bien savoir d’où elles viennent. »

Elle ne le dit pas, mais la grand-mère pense à la belle-fille. La femme de K. ne l’aime pas. Depuis la naissance de la petite fille, elle fait tout pour éviter qu’elle se trouve seule avec sa grand-mère, qui est peinée par cette situation, mais s’y résout. Pour elle, c’est une façon de l’écarter pour de bon, mais face aux juges tout là-haut perchés sur leur estrade et malgré une gouaille certaine, la grand-mère assise n’ose pas porter l’accusation. Elle se contente de nier ce dont on l’accuse. Elle ajoute cependant que les enfants qu’elle garde à domicile, c’est sa principale activité professionnelle, ne lui ont jamais fait le moindre reproche, que leurs parents l’ont assurée de son soutien et lui confient toujours les enfants. C’est un élément de défense comme un autre.

Les procureurs entament souvent leur réquisitoire par une « belle » phrase, qui pourrait orner le fronton d’un bâtiment officiel. La belle phrase de cette procureure est : « La famille est un cadre qui protège, et qui détruit aussi. Et qui peut protéger davantage la parole des auteurs, contre les victimes ». La preuve entière tient, selon elle, dans l’audition irréfutablement accablante de la petite-fille. « Le fait qu’elle a été agressée par son grand-père nous renseigne sur le fait que c’est une famille où l’inceste est présent, l’inceste est quelque chose qui se reproduit dans les familles », dit-elle encore, avec raison. Elle requiert 3 ans de prison, dont deux ans avec sursis probatoire. L’année ferme aménagée en bracelet électronique. Une interdiction définitive d’exercer une activité en contact avec des mineurs.

« Une victime d’abus sexuel ne devient pas nécessairement auteur d’abus sexuel »

La phrase « choc » de l’avocate est : « Ce n’est pas parce qu’on est victime qu’on va reproduire ; une victime d’abus sexuel ne devient pas nécessairement auteur d’abus sexuel », et c’est une réponse directe à la belle phrase de la procureure. Elle s’applique à torpiller la procédure : l’audition n’est pas cette vérité jaillissante décrite par le parquet, mais une petite fille hésitante, une petite fille qui répond « pas vrai » en chuchotant, à sa mère présente, lorsque le policier lui demande d’évoquer le geste coupable de la grand-mère. « Pas vrai », la petite-fille le répète et l’avocate le martèle. Elle dit aussi qu’au détour d’une phrase, elle accuse son autre grand-mère.

L’hypothèse de sa cliente, l’introduction d’un thermomètre anal pour prise de température par la grand-mère sur la petite fille, est « plausible », et a pu provoquer un « malaise ». Elle dit aussi que c’est sa cliente qui a insisté pour que la petite-fille voie un pédopsychiatre, est-ce le comportement d’une coupable ? Un psychiatre est une personne à qui l’on se confie, ce qui est risqué pour une coupable.

L’avocate a plaidé beaucoup plus longuement que la procureure a requis, ce qui est fréquent, et cette fois-ci, l’avocate a gagné – ce qui est moins fréquent. Après un autre procès et une suspension, le tribunal a relaxé la grand-mère, qui s’est écroulée en larmes aux pieds de ses juges.

 

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