Le mix électrique français mieux pris en compte dans le DPE

Publié le 23/12/2025
Le mix électrique français mieux pris en compte dans le DPE
mattiagenini/AdobeStock

Le diagnostic de performance énergétique (DPE) évolue pour mieux prendre en compte les logements chauffés à l’électricité, en adaptant le coefficient de conversion de l’électricité pris en compte dans le calcul du diagnostic : une bonne nouvelle pour les propriétaires de passoires thermiques.

Le DPE est le document de référence sur la performance énergétique des bâtiments. 4 millions de DPE sont réalisés chaque année, principalement pour connaître l’état énergétique et l’impact carbone du logement que l’on souhaite vendre ou louer. Au 1er janvier 2026, il évolue encore pour mieux prendre en compte les logements chauffés à l’électricité.

Un diagnostic obligatoire

Rendu obligatoire pour les ventes depuis novembre 2006 et les locations de logements depuis juillet 2007, le DPE permet d’obtenir une information sur la consommation d’énergie d’un bien immobilier et sur les émissions de gaz à effet de serre qui y sont liées grâce à un classement énergétique allant de A (meilleure performance énergétique) à G (plus mauvaise performance énergétique). Le DPE constitue un maillon central de la politique de rénovation énergétique des logements impulsée par l’Union européenne pour atteindre la neutralité carbone dans le secteur des bâtiments d’ici 2050. Cet objectif est soutenu par plusieurs dispositifs d’aides publics, tels que MaPrimeRénov, et d’accompagnement, pour lesquels le DPE joue le rôle de document de référence dans l’évaluation de la performance énergétique d’un logement. « Dans ce contexte, on compte aujourd’hui plus de 350 000 diagnostics réalisés par mois contre 120 000 en 2018 », souligne la Cour des comptes (Cour des comptes, La mise en œuvre du diagnostic de performance énergétique, 3 juin 2025). En réponse à cette hausse des demandes, le nombre de diagnostiqueurs immobiliers certifiés pour réaliser des DPE a lui-même augmenté de 46 % entre 2019 et 2023.

Un affichage en énergie primaire

La réglementation européenne sur les DPE impose un affichage en énergie primaire. Lors de la révision de cette réglementation, la France a veillé pour que l’affichage en émissions de gaz à effet de serre soit également possible, en complément. Cette donnée permet aux acquéreurs et locataires de mieux percevoir le poids des consommations d’énergies fossiles de leur logement, et donc les travaux de rénovation énergétique à envisager. Comptabiliser en énergie primaire revient essentiellement à modifier la comptabilité des consommations d’électricité, en les multipliant par un facteur de conversion reflétant l’énergie utilisée par les centrales électriques et l’énergie perdue par le réseau électrique. L’énergie primaire, c’est en quelque sorte l’énergie disponible dans la nature avant transformation : soleil, vent, uranium, charbon, fioul, bois, gaz, etc. L’énergie finale est l’énergie qui est livrée chez soi, sous forme de gaz, fioul, bois ou électricité. Et c’est celle qui correspond à la facture d’énergie.

Une nouvelle réforme

La récente réforme du DPE, dans le cadre de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, dite Elan, qui est entrée en vigueur au 1er juillet 2021, a eu pour objectif de permettre une évaluation plus lisible et représentative de la performance d’un bâtiment. La méthode dite des « consommations réelles », basée sur l’examen des factures a été supprimée au profit de la méthode qui consiste à apprécier les caractéristiques du bien : type de logement, d’isolation, de chauffage, etc. La réforme de 2021 a permis d’unifier et de consolider les modalités de calcul des DPE, pour en faire un indicateur des qualités thermiques intrinsèques des logements, indépendamment du comportement de leurs occupants. Cette objectivation de la performance énergétique rend désormais possible la comparaison des logements entre eux. L’étiquette du DPE est calculée automatiquement à partir d’une consommation théorique d’énergie d’un logement, déduite de la description des caractéristiques physiques du bâtiment réalisée par les diagnostiqueurs. En outre, l’étiquette finale attribuée est une synthèse de deux informations la consommation énergétique et la quantité d’émission de gaz à effet de serre émise par le logement. Elle est fonction de la plus mauvaise performance, en énergie primaire ou en gaz à effet de serre (système des doubles seuils). Le DPE a été simplifié en 2024 pour tenir compte des petites surfaces. Par ailleurs, depuis le 1er juillet 2024, la formation des diagnostiqueurs et les contrôles ont été renforcés par arrêté. Enfin, un plan d’action pour restaurer la confiance dans le DPE et lutter contre les diagnostics de complaisance a été lancé le 19 mars et mis en œuvre dans un arrêté entré en vigueur le 1er juillet 2025.

Mieux prendre en compte les logements chauffés à l’électricité

L’arrêté permettant d’adapter le coefficient de conversion de l’électricité dans le calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE) a été publié le 26 août 2025 au Journal officiel. Au 1er janvier 2026, la méthode de calcul du DPE va ainsi évoluer : concrètement, le coefficient de conversion de l’électricité, actuellement fixé à 2,3, sera abaissé à 1,9.

850 000 logements sont concernés. Cette évolution vise à corriger une inégalité de traitement pénalisant l’électricité, énergie fortement décarbonée, au profit du gaz ou du fioul importés. Cette évolution encouragera également l’essor des pompes à chaleur. Cette décision favorisera également un ciblage plus efficace des aides à la rénovation énergétique vers les logements chauffés aux énergies fossiles. En permettant un gain d’étiquette plus important, cette évolution du DPE encouragera les propriétaires à remplacer leur chaudière fossile par une pompe à chaleur, une solution décarbonée et efficace énergétiquement pour chauffer et climatiser les bâtiments. Tous les DPE ou audits énergétiques édités à partir du 1er janvier 2026 intégreront automatiquement le nouveau coefficient. Les DPE édités en 2025 et avant resteront valables et pourront, le cas échéant, être mis à jour gratuitement, sans nouvelle visite du diagnostiqueur, sur le site internet de l’Observatoire DPE-Audit de l’Ademe.

Tenir compte du mix électrique français

La réforme vise à mieux tenir compte des spécificités du mix électrique français et à focaliser les efforts de rénovation énergétique sur les logements les plus émetteurs de gaz à effet de serre. Les objectifs de la politique de rénovation énergétique des logements sont de réduire à la fois les consommations d’énergie des ménages, et donc leurs factures, et les émissions de gaz à effet de serre, le secteur du bâtiment représentant environ un quart des émissions nationales de gaz à effet de serre. La réforme du facteur de conversion de l’électricité dans le DPE vise à rééquilibrer ces deux objectifs en renforçant le ciblage sur les logements les plus émetteurs de gaz à effet de serre, en cohérence avec les objectifs de décarbonation. En effet, certains logements chauffés à l’électricité pouvaient jusqu’à présent avoir un classement DPE moins bon que d’autres logements chauffés au gaz à cause de l’étiquette énergie du DPE et d’un facteur de conversion élevé, alors même que, compte tenu du mix électrique national, leur impact carbone était généralement plus faible. L’abaissement du facteur de conversion à 1,9 entraînera, pour certains logements chauffés à l’électricité, une amélioration de leur classement DPE. Cette réforme contribue donc à recentrer les efforts de rénovation sur les passoires énergétiques utilisant des énergies fossiles. En reflétant mieux la décarbonation de l’électricité, le gouvernement entend envoyer un signal favorable à l’électrification progressive des usages, en cohérence avec les trajectoires de neutralité carbone.

Le facteur de conversion en énergie primaire

La conversion entre l’énergie finale et l’énergie primaire est différente selon l’énergie utilisée. Dans le cas de la production d’électricité, le facteur de conversion est aujourd’hui de 2,3. Cela veut dire que, pour bénéficier d’1 kWh d’électricité, on considère qu’il a fallu dépenser 2,3 kWh d’énergie primaire. Pour les énergies qui ne nécessitent pas de transformation telles que le bois, le fioul et le gaz, le facteur de conversion est égal à 1. Ainsi, 1 kWh d’énergie primaire suffit à fournir 1 kWh d’énergie finale. Pour l’électricité, le calcul est différent car la production d’électricité en France est issue de différentes sources présentant des rendements différents : nucléaire, photovoltaïque, éolien, hydroélectricité, centrales thermiques à gaz/ charbon. Chaque pays est libre d’utiliser le coefficient par défaut retenu au niveau européen (1,9), ou d’utiliser un coefficient national. La France utilisait jusqu’alors un coefficient national, dont le dernier calcul, réalisé il y a quelques années sur la base de la planification énergétique PPE2, donnait un coefficient de 2,3. À l’origine ce coefficient était de 2,58 puis a été abaissé à 2,3 en 2021. La valeur par défaut fixée au niveau européen est de 1,9. La France choisit d’adopter le coefficient de conversion calculé au niveau européen plutôt qu’un coefficient national. Le gouvernement a annoncé le 9 juillet 2025 la baisse de ce coefficient pour le porter à 1,9.

Quel impact sur les logements ?

Tous les logements utilisent au moins en partie de l’électricité (éclairage, auxiliaires notamment). Une partie des logements utilise également de l’électricité pour se chauffer, produire de l’eau chaude sanitaire ou se climatiser. Pour tous ces logements, et toutes choses égales par ailleurs, la consommation d’énergie primaire va baisser du fait du changement de coefficient. Si on prend l’exemple d’un logement 100 % électrique avec une consommation d’énergie finale de 100 kWh/m². Avant la réforme, sa consommation d’énergie primaire était de 230 kWh/m². Après le changement, sa consommation d’énergie primaire sera de 190 kWh/m².

Des changements d’étiquettes à anticiper

Le secteur résidentiel représente actuellement 30 % de la consommation finale d’énergie de la France. On y dénombre 5,2 millions de passoires énergétiques, c’est-à-dire des logements qui ont reçu les étiquettes les plus basses lors du diagnostic de performance énergétiques (DPE), les étiquettes classées F ou G, pour les seules résidences principales, soit plus de 17 % du parc immobilier. Ce chiffre passe à 7,2 millions si l’on y inclut les résidences secondaires et les logements vacants, d’après les chiffres du Congrès des notaires 2023. La réforme permettra d’améliorer le DPE de certains logements chauffés à l’électricité. Aucun logement ne verra son étiquette baisser. Le passage d’un coefficient d’énergie primaire de 2,3 à 1,9 aura pour conséquence la sortie d’environ 850 000 logements (sur la base des chiffres au 1er janvier 2023), principalement chauffés à l’électricité, du statut de passoire énergétique (classe F ou G du DPE) parmi les 4,8 millions de passoires que comptait le parc de résidences principales à cette date.

Quelle stratégie de rénovation énergétique

Le passage à un coefficient de 1,9 va amplifier l’amélioration du DPE permise par l’installation d’une pompe à chaleur dans les logements actuellement chauffés au gaz ou au fioul. Il ne devrait pas être de nature à inciter significativement les propriétaires de logements actuellement chauffés au gaz ou au fioul à installer des convecteurs électriques : en effet, même si les logements équipés de convecteurs électriques sont susceptibles d’améliorer leur classe DPE avec la modification du facteur de conversion en énergie primaire de l’électricité à 1,9 et bien que ces solutions coûtent très peu cher à l’achat pour le propriétaire, leur coût à l’usage pour l’occupant, qui doit figurer sur les annonces immobilières, est en revanche nettement plus important ce qui est pris en compte au moment de la décision d’investissement. Le passage à un coefficient de 1,9 pourrait en revanche inciter les propriétaires à équiper leurs logements de chauffe-eau thermodynamiques ou solaires : ces solutions, par ailleurs subventionnées, pourraient non seulement permettre d’améliorer la classe du DPE dans certains cas, mais seraient aussi plus économiques à l’usage.

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