Les atouts du mécénat territorial : Milly-la-Forêt, un cas d’école

Publié le 23/11/2023
Les atouts du mécénat territorial : Milly-la-Forêt, un cas d’école
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Entreprises, particuliers, et acteurs publics unissent leurs forces et leurs intérêts au service du patrimoine en Essonne (91).

Engagement des entreprises qu’il soit financier ou en nature en faveur d’actions d’intérêt général conduites par des acteurs publics de proximité, le mécénat territorial est en plein développement. Il permet de réunir entreprises et acteurs publics d’un même territoire autour d’un projet commun. Dans un contexte de réduction des financements publics, le recours à des sources alternatives ou complémentaires de financements constitue, pour des acteurs publics, une voie de diversification de ressources de plus en plus plébiscitée.

Encourager le mécénat territorial

Le mécénat territorial apparaît comme un levier de valorisation des territoires et un relais d’attractivité pour les entreprises et leurs équipes. Si les grands groupes sont des mécènes historiques des territoires, les petites et moyennes entreprises (TPE et PME) sont nombreuses à s’engager aux côtés des décideurs publics. Bien implantées dans les bassins d’emploi territoriaux, ces entreprises y trouvent un relais d’attractivité pour leurs équipes et leurs futurs talents. La possibilité d’appartenir à un collectif d’entreprises (club/cercle) facilite leur action mécénale et accroît leur réseau. Selon les chiffres du Baromètre 2020 du mécénat d’entreprise en France établi par Admical, le nombre de TPE et PME mécènes a quadruplé depuis 2016. Et 96 % des entreprises mécènes sont des TPE et PME. Le dispositif fiscal issu de la loi du 1er août 2003 relative au mécénat, aux associations et aux fondations, dites loi Aillagon, leur offre une réduction d’impôt égale à 60 % du montant du don, dans la limite de 0,5 % de leurs chiffre d’affaires. Pour faciliter et développer l’engagement mécénal des petites entreprises, la loi de finances 2019 a doublé de plafond jusqu’à 20 000 euros. En parallèle, le législateur a durci le régime fiscal pour les plus grandes entreprises en limitant le taux de réduction fiscale de 60 à 40 % pour les dons supérieurs à 2 millions d’euros par an.

Un patrimoine culturel majeur

Les derniers projets de rénovation menés par la municipalité de Milly-la-Forêt en Essonne (91) en est un bon exemple. Cette commune située dans la vallée de l’École, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Paris constitue un pôle touristique important du département de l’Essonne. C’est également la capitale des plantes aromatiques et médicinales. Cet ancien bourg gaulois a été des tout premiers centres d’initiation druidique. Au XIIe siècle, ses terres appartiennent à l’Église qui y fait édifier la chapelle Saint-Blaise-des-Simples. C’est désormais l’unique vestige restant d’une maladrerie, lieu où étaient isolés et traités les lépreux. Durant le Moyen-Âge, la ville est régulièrement visitée par les souverains de France, que ce soit pour la chasse, des affaires d’État ou bien des unions entre de grands noms. Lors de la Guerre de Cent Ans, suite à la défaite de Poitiers, les Anglais pillent la ville et la rasent. Quelques années plus tard, ce sont les troupes du célèbre Prince Noir, Edouard de Woodstock, qui prennent Milly. Au XVe siècle, la ville revient à l’amiral de France, Louis Malet de Graville. il entreprend de reconstruire Milly et de lui redonner sa gloire d’antan. Il fait édifier des fortifications, la halle, fait reconstruire le château et la collégiale Notre-Dame de l’Assomption. C’est aussi à lui que l’on doit l’une des foires les plus importantes de l’Île-de-France. La ville perd peu à peu de sa superbe sous Louis XIV qui fait dévier la route de Lyon via Fontainebleau. Dès le milieu du XXe siècle, Milly-la-Forêt devient un lieu de villégiature privilégié de nombreux Parisiens et artistes connus dont Jean Cocteau et Christian Dior, entre autres. Ces soubresauts de l’histoire ont doté Milly-la-Forêt de quelques joyaux patrimoniaux parmi lesquels la Halle édifiée par l’amiral de Graville, l’Église Notre-Dame de l’Assomption, le Domaine de la Bonde, le colombier, dernier vestige du monastère construit par Fulbert 1er, la Chapelle Saint-Blaise-des-Simples, où repose Jean Cocteau avec son dernier compagnon Edouard Dermit, la Maison de Jean Cocteau, transformée en musée, le Conservatoire national des Plantes ou encore Le Cyclop de Jean Tinguely.

L’appui de la fondation du patrimoine

En Essonne, la halle de Milly-la-Forêt, a bénéficié dans ce cadre d’une opération de restauration majeure qui vient de s’achever. La halle est née de la volonté de l’Amiral de Graville, seigneur de Milly-la-Forêt, de relancer l’activité économique de sa ville après la guerre de Cent Ans. Elle constitue un témoignage précieux de l’activité économique florissante de Milly-la-Forêt, qui constitue à l’époque une halte sur la route entre Paris et Lyon, et possède de nombreuses auberges. L’ouvrage, emblématique de la ville grâce à son architecture remarquable, a été classé monument historique en 1923. Au fil du temps, l’ouvrage connaît d’importantes infiltrations d’eau et des problèmes de structure nécessitant d’importants travaux de réhabilitation. Au-delà de ces réparations nécessaires, la rénovation de ce site s’est donné pour objectif de rétablir le monument dans sa configuration initiale du XVe siècle avec un cahier des charges strict pour rétablir l’ensemble des dispositions d’origine. Il s’agissait notamment de remplacer les 90 000 tuiles de la toiture en respectant les dimensions et les couleurs des tuiles encore présentes sur la toiture. Le chantier a été confié à des compagnons, et orchestré par un architecte des Bâtiments de France, membre de l’équipe chargée de la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Le coût total de la réhabilitation s’est élevé à 713 000 euros. La municipalité pour mener à bien cette opération a bénéficié de subventions provenant de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) à hauteur de 196 000 euros, de la Région Île-de-France pour la somme de 78 000 euros et du département de l’Essonne pour celle de 39 000 euros. Ce projet a reçu le soutien de la Fondation du patrimoine, grâce au mécénat de Gecina, et à travers le programme Patrimoine et Tourisme local soutenu par Airbnb. Gecina s’investit dans la valorisation du patrimoine francilien, témoignage de l’histoire à travers des histoires de vie. En juin 2019, Gecina a commencé un partenariat majeur avec la Fondation du patrimoine en faisant un don de cinq millions d’euros sur trois ans à sa collecte « Plus jamais ça ! », lancée après l’incendie de Notre-Dame de Paris. Avec une donation de 5, 6 millions d’euros, Airbnb est devenu le principal mécène du programme Patrimoine et Tourisme local développé par la Fondation du patrimoine. Ces fonds ont vocation à permettre de rénover jusqu’à 200 bâtiments patrimoniaux en trois ans, et à soutenir l’attractivité de territoires situés hors des grandes destinations touristiques. Airbnb entend ainsi soutenir le développement d’un tourisme durable qui contribue à renforcer l’attractivité et la vie économique des territoires. Une collecte de dons ouverte aux particuliers a en outre été portée par la délégation de l’Île-de-France de la Fondation du Patrimoine. Cette opération de rénovation a également reçu le soutien du Club des mécènes de l’Île-de-France, un club régional couvrant les 8 départements franciliens dont Paris, créé sous l’impulsion conjointe d’un mécène, le Groupe Immobilier Patrice Besse, et la Délégation Île de France, accueillant des entreprises aussi différentes que Groupama Paris-Val-de-Loire, assureur du monde rural et agricole mais aussi des entreprises et particuliers, Raise REIM, société de gestion indépendante dans le secteur de l’immobilier coté, Les Notaires du Quai Voltaire, office notarial regroupant 3 notaires et une quarantaine de collaborateurs, UPSIDE Partners…

La restauration de la Chapelle Saint-Blaise-des-Simples

Autre opération rénovation stratégique pour la commune de Milly-la-Forêt, la restauration de la Chapelle Saint-Blaise-des-Simples. Cet édifice datant du XIIe siècle est un vestige d’une ancienne maladrerie où les personnes souffrant de la lèpre vennaient se faire soigner à l’aide de plantes médicinales du jardin botanique qui entoure la chapelle et en invoquant Saint-Blaise le Guérisseur. Abandonnée à la Révolution française, la chapelle est tour à tour transformée en prison, en hangar ou encore en séchoir. En 1958, sous l’impulsion du maire de Milly-la-Forêt, la chapelle est remise en état et sa décoration confiée à Jean Cocteau qui réside alors à Milly-la-Forêt. Le poète s’inspire des plantes médicinales du jardin botanique de la chapelle, les simples et recouvre les murs à la gouache sur une mince pellicule de peinture à la chaux de fleurs d’arnica, de renoncule, de colchique, de jusquiame, de belladone, de valériane, de guimauve, de gentiane ou encore de menthe. Au chevet, c’est la Résurrection qui est évoquée. Depuis 1964, la chapelle abrite en outre la tombe de Jean Cocteau. Elle a été inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 17 février 1982. La remise en état de la chapelle est chiffrée à environ 445 000 € HT financés par la DRAC, la Région, le département ainsi que la Fondation du Patrimoine. Le premier chantier, celui de la toiture, a démarré au printemps 2023. Les travaux de restauration des peintures et décors de Cocteau devraient durer jusqu’au milieu de l’année 2024.

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