Quel avenir pour le mécénat d’entreprise ?

Publié le 08/09/2025
Quel avenir pour le mécénat d’entreprise ?
Richard Villalon / AdobeStock

Le mécénat d’entreprise est en pleine croissance en France. Le dispositif fiscal incitatif y contribue fortement même si de nombreuses entreprises renoncent à l’utiliser.

Les dons déclarés par les entreprises sont passés d’un milliard d’euros en 2011 à plus de 2,5 milliards d’euros en 2021 – soit une croissance de près de 150 % d’après les derniers chiffres de la DGFiP (DGFIP Analyses, Nicolas Charnacé et Romain Loiseau, Étude fiscale Dons et mécénat de 2011 à 2021 – DGFIP, février 2024).

Très forte croissance du mécénat d’entreprise en France

La 11e édition du baromètre bisannuel du mécénat d’entreprise d’Admical vise à observer les évolutions du mécénat et les pratiques des entreprises mécènes en France. Il souligne la très forte progression entre 2021 et 2023 du mécénat. 171 900 entreprises ont déclaré des dons en 2023 (+ 55 % par rapport à 2021) et totalisent 2,9 milliards d’euros de mécénat déclaré en 2023 (+ 23 % par rapport à 2021).

Un dispositif fiscal incitatif

Le développement du mécénat est soutenu par un dispositif fiscal incitatif mis en place en 2003 dans le cadre de la loi n° 2003-709 du 1er août 2003, dite Aillagon. Depuis lors, le mécénat d’entreprise ne cesse de progresser. Ce régime fiscal prévoit une réduction d’impôt sur les sociétés (IS) égale à 60 % des sommes données (CGI, art. 238 bis). La loi n’impose aucun montant minimal de chiffre d’affaires. De même, aucun montant minimal n’est requis pour le don effectué par l’entreprise. En revanche, le dispositif est plafonné, puisque les dépenses ne sont retenues que dans la limite de 5 ‰ du chiffre d’affaires de l’entreprise ou dans la limite de 20 000 euros. Les TPE et PME sont encore peu nombreuses à identifier ce plafond alternatif même si leur connaissance du dispositif progresse, soulignent les équipes d’Admical. En cas de dépassement de ce seuil ou si le résultat de l’exercice en cours est nul ou négatif, il est cependant possible de reporter l’excédent sur les cinq exercices suivants. Pour les grandes entreprises, la loi de finances pour 2020 a modifié les règles de réduction fiscale, en appliquant une réduction de l’IS de 60 % du montant des dons pour la fraction inférieure ou égale à 2 millions d’euros, et de 40 % pour la fraction supérieure à 2 millions d’euros. « Les mécènes pourraient être 14 fois plus généreux, avant d’être limités par le plafond du dispositif fiscal, soulignent les équipes d’Admical. Les TPE et les PME pourraient donner 9 fois plus, les ETI 11 fois plus et les grandes entreprises 33 fois plus ».

Essor confirmé du mécénat des TPE et PME

« Le nombre d’entreprises mécènes progresse plus vite que le budget global du mécénat. Cette différence est liée à la plus forte progression du nombre de TPE mécènes dont les montants de mécénat sont néanmoins beaucoup plus faibles que ceux des grandes entreprises », souligne le baromètre d’Admical. En 2023, les TPE et PME représentent 33 % du budget de mécénat, contre 23 % en 2018. En corollaire, il y a six ans, les grandes entreprises (GE) qui portaient plus de la moitié du total des dons déclarés (53,5 %), ne représentent plus que 39,4 % en 2023. Les TPE et PME représentent désormais 97 % des entreprises mécènes. On estime qu’une PME sur 3 et une TPE sur 20 sont désormais mécènes. Les chiffres réels sont sans doute encore supérieurs puisque, selon l’enquête IFOP-Admical, 17 % des entreprises mécènes ne déclarent pas leurs dons. Le montant de soutien global des entreprises aux structures d’intérêt général s’établit donc à 3,8 milliards d’euros, contre 3,6 milliards lors de la dernière édition du baromètre.

Plusieurs relais de croissance

Pour les équipes d’Admical, plusieurs facteurs pouvant expliquer en partie la forte hausse du mécénat déclaré sur 2022 et 2023, parmi lesquels les reports des réductions d’impôts jusqu’à 5 ans, dans le cadre de la forte mobilisation des mécènes pour la restauration de Notre-Dame de Paris en 2019. Les obligations de lutte contre le gaspillage alimentaire, qui incitent les entreprises du commerce à faire don des invendus (dons en nature) jouent également un rôle stratégique. Le commerce est d’ailleurs le premier secteur, en nombre d’entreprises et en montant de mécénat, et il porte largement la croissance observée en 2022 et 2023. Enfin, l’effet des Jeux olympiques et paralympiques de Paris a fortement mobilisé les entreprises. D’ailleurs, les analyses du baromètre du mécénat d’entreprise 2024 montrent que le domaine du sport a été largement plébiscité en 2023 par les entreprises mécènes.

Des montants inédits versés par les entreprises mécènes pour Notre-Dame-de-Paris

L’important élan de générosité et de mécénat constaté après l’incendie s’est prolongé par la confirmation des promesses de dons, dont 98 % ont été contractualisées, par l’arrivée de nouveaux dons et par la mise en place de mécénats de compétence. Au 31 décembre 2019, 6 012 entreprises avaient apporté un mécénat en moyenne de 17 304 € d’après les chiffres de la Cour des comptes. Certains grands donateurs ont réalisé des donations exceptionnelles : 200 millions d’euros pour la famille Arnault et le groupe LVMH, ainsi que pour la famille Bettencourt Meyers et le groupe L’Oréal, 100 millions d’euros pour la famille Pinault, comme pour le groupe Total. Des dizaines d’autres grands donateurs, comme le groupe Bouygues ou JC Decaux ont permis d’atteindre environ 700 millions d’euros. Nombre de donateurs, comme les familles Pinault et Arnault, ont renoncé à bénéficier du régime fiscal du mécénat et n’ont donc pas défiscalisé leurs dons.

Un ancrage territorial très net

L’ancrage territorial s’accélère : 88 % des mécènes agissent au niveau local ou régional, c’est 12 points de plus que lors de la précédente édition. Renforcer l’ancrage territorial de l’entreprise devient la deuxième motivation à faire du mécénat (36 %) avec une forte progression de 9 points, après l’expression et l’incarnation des valeurs de l’entreprise en recul (40 %) et devant la valorisation de l’image et de la réputation de l’entreprise, en recul également (32 %). À l’échelle des régions, on peut noter que les Pays-de-la-Loire et la Bretagne se distinguent particulièrement !

Prédominance du mécénat financier

93 % des mécènes agissent dans le cadre d’un mécénat financier. 28 % choisissent d’exercer un mécénat en nature (don de biens ou de services, comme les dons de produits alimentaires, d’espaces média, etc.). Enfin 16 % des entreprises exercent un mécénat de compétence (prestation de service gratuite, prêt de main-d’œuvre ou mise à disposition de salariés). Le mécénat est majoritairement exercé directement sans véhicule philanthropique dédié alors que près d’un tiers des répondants seulement passe exclusivement par des structures dédiées.

Progression attendue du mécénat de compétence

Le mécénat de compétences consiste en la mise à disposition, sur leur temps de travail, de salariés d’une entreprise au profit d’une association, d’une fondation ou de tout organisme d’intérêt général. Ce transfert gratuit de compétences peut prendre la forme d’un prêt de main-d’œuvre ou d’une prestation de services. 16 % des entreprises pratiquent le mécénat de compétences, un chiffre stable par rapport à la dernière édition, démontrant l’ancrage de la pratique. 20 % des entreprises mécènes placent le mécénat de compétences dans leurs deux priorités dans les 2 ans à venir. Les entreprises sont plus ambitieuses dans le nombre de jours accordés aux collaborateurs (39 % accordent 6 jours ou plus par an, soit une augmentation de 35 points). Les mécènes de compétence sont principalement des PME même si les grandes entreprises sont plus nombreuses à pratiquer le mécénat de compétence. Au menu des principales motivations des entreprises qui l’exercent : améliorer la marque employeur et fédérer autour des projets RSE.

Savoir valoriser le mécénat de compétence

Pour calculer l’avantage fiscal, le mécénat de compétences doit être valorisé à son prix de revient. Il faut comptabiliser l’ensemble des coûts salariaux des personnels qui auront œuvré au titre du mécénat de compétences (§50 du BOI 4 C-5-04, n° 112 du 13 juillet 2004). La loi de finances pour 2020 (Loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019) a à cet égard précisé que le coût de revient à retenir dans la base de calcul de la réduction d’impôt correspond, pour chaque salarié mis à disposition, à la somme de sa rémunération et des charges sociales afférentes dans la limite de trois fois le montant du plafond mentionné à l’article L. 241-3 du Code de la sécurité sociale. Afin de permettre un contrôle de cette contribution, il est préconisé de faire en sorte que le mécène et la structure bénéficiaire du mécénat se concertent sur une procédure claire et contrôlable. À cette fin, il est recommandé que les parties s’entendent sur une liste de personnes, un détail nominatif des jours travaillés par les personnes au service du projet de mécénat. Ces listes nominatives et la validation de la présence de ces personnes étant assurées conjointement entre les deux parties de la convention.

Un effet Jeux olympiques ?

58 % des entreprises mécènes agissent dans le domaine sportif. Le mécénat sportif apparaît en tête du classement pour la première fois en budget de mécénat (40 % du budget global du mécénat est dédié au sport, soit une progression de 12 points en 2 ans). 86 % des mécènes du sport soutiennent des associations sportives locales. Pour les équipes d’Admical, qui observent un net essor du mécénat sportif, « les Jeux olympiques et paralympiques donnent un nouveau visage au mécénat d’entreprise ». Les grandes entreprises ont davantage investi le champ du mécénat sportif même si les PME restent majoritaires parmi les entreprises mécènes du sport. Le sport est perçu avant tout pour ses bienfaits physiques mais également par une majorité d’entreprises comme vecteur d’insertion sociale et professionnelle. Pour Laurent Letailleur, chef du bureau de l’économie du sport au ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, « le sport a su acquérir un réel statut de vecteur, ou de soutien, d’une démarche responsable et sociétale, au profit de l’animation des territoires et de la dynamisation de la vie locale ». Seul regret, pour François Debiesse, président d’Admical, « néanmoins, cette progression du mécénat sportif d’un point de vue budgétaire se fait au détriment de la culture et du social, dans un contexte économique dégradé, avec un risque de baisse des subventions accru : c’est inquiétant ! ».

Quelle place pour le mécénat culturel ?

Le mécénat culturel conserve la seconde position : 28 % des entreprises mécènes agissent dans le domaine culturel. La musique reste le sous-domaine pour lequel les mécènes s’engagent en priorité et concentre les montants les plus élevés, suivie des arts visuels et du théâtre, comme il y a 2 ans. Phénomène mesuré pour la première fois par les équipes d’Admical, « 36 % des projets de mécénat culturel intègrent une dimension « mécénat croisé » en s’alliant principalement à des enjeux de formation, d’insertion professionnelle, de solidarité ou d’environnement ». La perspective de participer à l’attractivité d’un territoire apparaît de loin comme la principale motivation des entreprises à s’engager dans le mécénat culturel.

Menace sur le mécénat ?

Un rapport remis en mai 2025 au gouvernement Bayrou, par l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche préconise de rogner les quelque 3,5 milliards d’euros de réductions fiscales accordées pour les dons consentis aux organismes sans but lucratif (OSBL), à hauteur de 450 millions d’euros. Pour la Coalition Générosité, qui réunit un collectif informel d’organisations à but non lucratif engagées pour la promotion de la générosité en France (Admical, l’Association Française des Fundraisers, le Centre français des fonds et fondations, France générosités, l’Institut IDEAS, l’Institut des dirigeants d’associations et fondations et le Mouvement Associatif), si ces mesures étaient retenues dans le projet de loi de finances pour 2026, elles auraient pour conséquence de diminuer, dans une fourchette de 1,1 à 1,5 milliard, le montant des dons des particuliers et des entreprises. Le rapport propose en effet de transformer l’actuelle réduction d’impôt dont bénéficient actuellement les entreprises mécène en simple déduction de charge. Si cette piste de réforme pouvait être singulièrement efficace en terme budgétaire puisqu’elle pourrait rapporter 523 millions d’euros elle s’avérerait mortifère pour les organismes sans but lucratifs, actuellement bénéficiaires de la générosité par le mécénat.

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