Dans le box des prévenus : « Moi le 94, je veux l’oublier, j’ai eu trop de mal. Depuis 11 ans, que de la prison… »

Publié le 15/07/2020 - mis à jour le 20/07/2020 à 11H09

Un homme de 27 ans comparaît le 1er juillet 2020 pour avoir bafoué son interdiction de séjour, une mesure qui accompagne la plupart des sursis probatoires prononcés dans les affaires de stupéfiants, de violences, de vols… Comment la 12e chambre correctionnelle du TJ de Créteil sanctionne-t-elle cette violation ?

Tribunal judiciaire de Créteil, salle des pas perdus. (Photo : ©P. Anquetin)

Dans un square sur une chaise, un homme pousse le volume de sa musique à fond. Il s’appelle Ahmed, il a 27 ans. Il se fige quand il voit approcher les policiers. Il sait qu’il va finir la journée en cellule car il n’a pas respecté les obligations de sa période de probation.

Violences sur ascendant

En 2017, Ahmed a été condamné pour violences et menaces de mort envers sa mère à 3 ans d’emprisonnement, dont 6 mois avec sursis et interdiction de paraître à Chennevières-sur-Marne, la ville de ses parents, et dans le Val-de-Marne.

Son casier judiciaire remonte à 2006 : violences sur ascendant, détention de stupéfiants, vol, dégradation… Il a été frappé de deux mandats de dépôts. Mais quand il sort, il est SDF et il revient à Chennevières.

« — Votre mère et votre sœur disent que vous venez une fois par semaine, pour vous laver et vous nourrir.

— Ma sœur avait reçu un courrier pour mon RSA, je suis venu le chercher et on m’a arrêté. Je ne suis venu qu’une fois. J’ai pensé qu’à l’argent.

— C’est souvent le problème avec les délinquants… Vous ne respectez pas votre sursis mise à l’épreuve. Vous dites au juge que vous avez compris, et trois semaines après vous violez votre interdiction. Est-ce que vous avez bien compris cette fois ? Vous avez trouvé un logement ?

— Oui j’allais prendre un mobile home, mais j’ai été attrapé. J’ai un travail. Moi le 94, je veux l’oublier, j’ai eu trop de mal. Depuis 11 ans, que de la prison… »

Quinze mois ferme

Pour la procureure, « il se moque de la justice, il ne fait aucun effort. » Ahmed est en récidive, elle requiert 15 mois ferme.

« C’est lourd, il n’a que 27 ans ! » rappelle l’avocate qui suggère un travail d’intérêt général pour le réinsérer. Ahmed aussi : « Je ne me fous pas de l’Etat et de la justice ! Je compte sur eux pour me sortir de là. Je suis prêt à faire des travaux. »

Le tribunal le condamne à 6 mois ferme avec mandat de dépôt, mais : « vous serez convoqué devant un juge d’application des peines pour envisager un bracelet électronique… »

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