Instant de raison

Publié le 10/11/2022 - mis à jour le 10/11/2022 à 16H53

 « La rationalité est le meilleur rempart face au populisme ». Le mot est d’Olivier Véran. S’il est vrai en politique, il s’applique également à l’exercice judiciaire contre la dictature de l’émotion, ainsi que le souligne Me François Martineau. 

Instant de raison
Statue de Thucydide devant le Parlement autrichien à Vienne (Photo : ©AdobeStock/SianStock)

 « La rationalité est le meilleur rempart face au populisme »  a déclaré il y a quelques jours le porte-parole du gouvernement Olivier Véran …L’idée n’est pas nouvelle, mais il est réconfortant de l’entendre énoncée et nous pensons aussitôt  à l’Institution Judiciaire !

On sait depuis longtemps, et en tout cas depuis Thucydide, que les pandémies et les crises économiques  affaiblissent les structures morales des sociétés démocratiques et favorisent la réapparition de la violence et du sectarisme ; aujourd’hui les militants de l’intolérance se servent non seulement des réseaux sociaux mais aussi de la justice en tentant de l’instrumentaliser.

Discerner le vrai du faux 

Dès lors, pour rester cet ultime recours démocratique, l’institution judiciaire doit plus que jamais s’arrimer aux principes découlant de la prééminence de la Raison .

C’est bien la Raison entendue comme faculté de discerner le vrai du faux qui, autant que la loi,  définit la mission première du juge et en guide l’exécution. Contrairement aux  autres acteurs de la société civile, trop souvent guidés par l’intérêt ou qui se soumettent facilement à l’idéologie dominante sans jamais en questionner les manifestations, le juge est tenu de rechercher la vérité.

C’est bien la Raison, encore, qui organise la démarche procédurale des juges, démarche qui repose toujours sur l’écoute patiente de l’argumentation des parties ; écoute impartiale et bienveillante qui conditionne l’étude sérieuse des thèses en présence, des moyens et de leurs preuves.

C’est bien la Raison qui offre une méthode  d’analyse des argumentations contradictoires et  ce, notamment, par  l’utilisation des outils juridiques, logiques et culturels dont le juge dispose. Ce temps de la réflexion imposé par toute  démarche rationnelle lui permet d’apprécier la validité de la construction de chaque argument, de  vérifier la cohérence d’un raisonnement avec la norme juridique et les faits invoqués, de rejeter sophismes et paralogismes, de reconnaître pour les relativiser ou n’y point céder ceux des arguments qui sont d’une autre nature, comme ces arguments d’émotion dont on mesure aujourd’hui et plus que jamais l’impérialisme …

Borner la subjectivité du juge

Enfin, c’est bien la Raison qui borne la subjectivité du juge lorsqu’il faut apprécier des valeurs qu’un litige peut mettre en jeu. Il serait bien naïf de croire que les décisions judiciaires se prennent au vu de la seule argumentation juridique.

Le processus juridictionnel est en effet soumis à la logique sociale et à la mécanique axiologique qui la sous-tend. Mais la Raison impose alors  au juge  une double discipline dans le cadre de son office et de son délibéré. S’efforcer d’abord de soumettre à l’examen de sa conscience ses propres valeurs, les mettre en perspective, quand ce n’est pas entre parenthèses, voire les soumettre à la discussion des autres juges avec lesquels il forme une collégialité. S’efforcer ensuite et surtout de soumettre la prise en considération des valeurs qui conditionneraient l’approche d’une affaire ou sa solution à un contrôle a posteriori, celui de la cohérence entre les solutions juridiques retenues dans un premier temps et l’éthique sociétale ; un arbitrage ne pouvant intervenir au profit de cette dernière qu’à partir du moment où la rédaction de la norme juridique préalablement retenue l’autoriserait.

La décision de justice, ni jugement de valeur, ni pétition de principe, ni concession à l’opinion doit toujours rester ….

Un instant de raison.

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