Tribunal de Pontoise : « Il prend les cheveux de ma mère, il la tape contre le parquet »

Publié le 09/04/2024

Un homme de 52 ans est jugé à Pontoise pour des violences sans ITT contre son ex-compagne, en présence de leur fils mineur, ainsi qu’un usage illicite de stupéfiant. Il conteste les violences et expose des conditions de vie difficiles et une famille minée par des addictions.

Tribunal de Pontoise : « Il prend les cheveux de ma mère, il la tape contre le parquet »
Palais de justice de Pontoise (Photo : ©J. Mucchielli)

Samedi 6 avril vers 20 heures, une dispute éclate entre le père et la mère, devant les yeux du fils, Comme souvent lorsqu’ils boivent, bien que le père ne boive plus tant que ça. Mais la mère, si. Et ce soir-là, le père aussi a bu. Ils sont dans la caravane de la mère, qu’elle partage avec la sienne. La caravane du père est plantée à 10 mètres de là, collée à celle du fils.

Ils sont donc quatre dans cet habitacle exigu, installé sur une aire dédiée aux gens du voyage, à Sarcelles. La dispute vire à l’empoignade. Le père pousse la mère, la gifle et la jette au sol, raconte le fils, puis il continue de la frapper. Quand le fils appelle la police, le père prend la fuite. La patrouille n’a pas mis longtemps à le retrouver : un grand type malingre et mal rasé qui titubait place André Gide. Il a 0,65 gramme d’alcool dans le sang et conteste les faits.

La présidente de l’audience de comparution immédiate du lundi 8 avril a un peu de mal à faire la synthèse du dossier, car le père la coupe pour tenter d’atténuer un récit trop à charge à son goût. La mine défaite par une vie d’addictions et un week-end en cellule, il conteste toujours les faits. La présidente lui rappelle les déclarations de son fils : « La plupart du temps il prend les cheveux de ma mère, il la tape contre le parquet, contre la porte et parfois il lui met des claques ». Quand les policiers l’ont découverte, elle avait la lèvre gonflée et des traces de coups sur le visage. Et qui d’autre que le père aurait pu faire ça ? Il s’appelle Olivier et il a 52 ans. Ça y est, dit la présidente, vous avez la parole.

Balafres au poignet et lèvres gonflées

Olivier dit, d’abord, qu’il ne boit plus beaucoup, mais que quand il boit, il boit.

« — Vous buvez ?

— Je bois.

—Je comprends ».

Avec la mère, ils sont séparés depuis 2012, mais habitent côte à côte et élèvent pour ainsi dire leur fils ensemble. Sur les faits, il décrit une dispute qui a éclaté car elle aurait refusé de l’accompagner faire les courses. Puis son fils est arrivé, a menacé de se couper avec un cutter. En fait, explique-t-il, son fils a appelé la police car il est en colère contre lui depuis qu’il a un peu recommencé à boire.

« La maman voulait se couper aussi, j’ai arraché le cutter des mains et je l’ai jeté.

— Donc vous avez essayé de la sauver ?

— Elle a des balafres au poignet. C’est moi qui ai la garde de mes enfants.

— Mais elle a la lèvre gonflée.

— Je l’ai empoignée et repoussée, mais je ne l’ai pas frappée.

— Elle ne porte pas plainte. On pourrait se dire qu’elle essaie de vous protéger. »

C’est bien possible, car la mère (absente à l’audience, elle ne s’est pas présentée à l’unité médico-judiciaire ni constituée partie civile), est vulnérable, et le père s’occupe des enfants. En plus d’un alcoolisme ancré, elle consomme du crack régulièrement. Ce soir-là, notamment.

« Vous vous entendez bien avec votre fils, pourquoi il aurait menti ? »

« Bon, reprend la présidente, mais pourquoi quitter les lieux ?

— Je pars pour éviter la police.

— Mais puisque vous n’aviez rien fait ?

— Comme j’étais alcoolisé, ils m’auraient embarqué, je n’avais pas envie de passer la nuit en dégrisement.

— Vous vous entendez bien avec votre fils, il le dit lui-même. Pourquoi il aurait menti ?

— Je ne sais pas Madame. Avant, quand on était ensemble avec Madame, je l’ai frappée et je suis allé en prison pour ça (NDLR : condamné en 2013).

— C’est vrai que c’est étrange, votre fils n’a pas l’air en colère contre vous. »

Le fils non plus n’est pas présent. Dans le public, un neveu et deux cousins assistent au procès. Ils écoutent maintenant la présidente aborder la cote relative à la personnalité d’Olivier. Elle compte 27 mentions au casier, dont beaucoup de vols et de délits routiers (« je ne vole plus et je ne conduis plus »). La dernière condamnation date de 2021. Pour ces faits, il attend toujours qu’on lui mette un bracelet électronique. Les addictions étaient nombreuses, elles ont diminué mais sont toujours présentes. Il récapitule : « Je prends du Subutex et du Seresta 50 mg.

— Vous nous disiez que vous aviez arrêté l’alcool mais que, récemment, vous aviez rechuté. Pourquoi ?

— Un ami à moi s’est suicidé il y a deux mois. Il s’est planté un couteau dans la gorge, comme ça (il mime le geste).

— Vous êtes à la recherche d’un emploi ?

— Oui, je suis inscrit à Pôle emploi.

Avant de requérir, la procureure se renseigne : « Vos caravanes sont proches, donc vous la croisez tous les jours ?

— Non, parce que parfois on ne la voit pas pendant des jours voire une semaine, quand elle prend sa drogue (NDLR : le crack). »

« Si je l’avais vraiment frappée, elle serait là avec le visage marqué »

Cela ne rassure manifestement pas le ministère public, qui considère que le témoignage du fils et les stigmates de la mère suffisent à caractériser l’infraction. Pour cela et usage de stupéfiant (on a retrouvé un petit morceau de résine de cannabis dans la poche d’Olivier), elle demande 18 mois d’emprisonnement, dont 9 mois assortis d’un sursis probatoire d’une durée de deux ans (obligation, de soins, de formation et de travail, interdiction de contact et de paraître au domicile de la victime).

« Moi, dit l’avocate en défense, je ne peux pas dire avec certitude ce qu’il s’est passé ce jour-là. En revanche, ce qui est certain c’est que ces faits-là s’inscrivent dans un contexte d’alcool, de cannabis, de crack. C’est monsieur qui est là, mais ça aurait pu être madame. » Elle voudrait que la peine soit intégralement assortie d’un sursis probatoire.

« Monsieur, souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

— Je sais que je ne l’ai pas vraiment frappée, la mère de mes enfants. Si je l’avais vraiment frappée, elle serait là avec le visage marqué. Ensuite, puisque c’est moi qui ai la garde de mes enfants, si je vais en prison ils vont être replacés en foyer. »

« La peine, là, elle n’est pas négociable »

Deux dossiers sont examinés pendant qu’Olivier attend dans les geôles, puis les prévenus sont remontés dans le box pour entendre la décision sur leur cas. « Monsieur Olivier B. Le tribunal vous condamne à 18 mois d’emprisonnement dont 6 mois assortis d’un sursis probatoire d’une durée de deux ans (soins, travail, interdiction de contact et de paraître au domicile de la victime), et décerne mandat de dépôt. Olivier tombe des nues, proteste mollement. « La peine, là, elle n’est pas négociable », la présidente coupe court. Elle remplit en direct la fiche qui sera remise à l’administration pénitentiaire :

« Vous avez un problème de santé ou un traitement ? Ah oui vous m’avez dit. Quel est le dosage ?

— Subutex 20 mg et deux Seresta 50 mg par jour.

— Pour les addictions, qu’est-ce qu’on met ? Tabac, alcool, cannabis ?

— Ouais, ouais. Là faut que je voie un médecin sinon je vais péter les plombs en arrivant. Je me sens vraiment mal, ça fait déjà deux jours que je suis en garde à vue.

— Ouais, ouais, je comprends bien, j’ai écrit ‘urgent’.

— Vous avez des idées suicidaires ?

— Ben là oui, parce que j’ai l’impression que c’est gratuit. Je vais en prison, gratuit.

— Vous pouvez faire appel de cette décision.

— Non, je ne fais pas appel. »

En se levant pour partir, le neveu murmure un juron, les poings serrés.

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