Tribunal des Batignolles : les travaux de sécurisation débuteront en 2022

Publié le 30/03/2021

A la suite de la tentative de suicide d’Amen, un mineur originaire du Burkina-Faso le 23 novembre 2018 au Tribunal de Paris, des travaux de sécurisation des locaux avaient été annoncés. Actu-Juridique a voulu savoir où on en était deux ans et demi plus tard….

Bonne nouvelle ! Malgré les apparences, les travaux visant à sécuriser l’atrium du tribunal des Batignolles ne sont pas abandonnés. Ils ont juste été ralentis par la crise sanitaire. Mais la Chancellerie l’assure, dès l’an prochain, ils seront mis en œuvre.

Novembre 2018 : Amen se jette du 4e étage du tribunal

Batignolles - Atrium
Tribunal des Batignolles – atrium (Photo : ©O. Dufour)

Vendredi 23 novembre 2018 au matin, un mineur originaire du Burkina-Faso se jette du quatrième étage du tout nouveau tribunal des Batignolles. Une personne parvient à l’agripper mais le jeune homme s’agite et chute, à l’étage du dessous, un avocat tente de ralentir sa chute, en vain,  le garçon s’écrase au sol. Les témoins ont juste eu le temps de jeter en hâte des vêtements sur le sol pour amortir le choc. C’est peut-être ce qui l’a sauvé. Toujours est-il qu’Amen, c’est son prénom, s’en est sorti vivant et, certes polytraumatisé, mais sans séquelles irréversibles. Un véritable miracle.

Et surtout un avertissement.

L’émotion est d’autant plus vive que les professionnels de la justice avaient prévenus.  Il se passe des choses graves dans un tribunal, et pas seulement en matière pénale. Un homme à qui l’on retire la garde de ses enfants, un divorce qui se passe mal, et l’on risque soit que les gens en viennent aux mains, soit  qu’ils tentent de mettre fin à leurs jours. C’est précisément ce qui est arrivé à Amen. Désespéré à l’idée qu’il n’obtiendrait pas la protection de la France, il a préféré se jeter dans le vide plutôt que de risquer de devenir un délinquant et de faire du mal, expliquera-t-il plus tard pour justifier son geste. Précision, ce splendide atrium dessert 6 étages de salles d’audience dans ce qu’on appelle le socle, c’est-à-dire la partie du tribunal réservée au public. Pour les justiciables, tout se passe donc dans cette zone particulièrement dangereuse…

Plan du tribunal des Batignolles
Plan du tribunal des Batignolles (Photo : ©O. Dufour)

Le président du TGI, Jean-Michel Hayat, confie à l’époque  : « La taille réglementaire des garde-corps est de 1m10. Les chefs de juridiction ont demandé dès 2013 qu’ils soient d’au minimum 1m40, ce qui a été fait. L’accident de vendredi montre qu’il faut les rehausser à 1m90 à notre avis si l’on veut vraiment les sécuriser. Concernant les barres d’appui qui ont facilité le franchissement du garde-corps, il est envisagé de les démonter, mais on doit s’assurer au préalable que cela ne va pas fragiliser le dispositif. Par ailleurs, dès octobre 2017, nous avons, avec François Molins et Éliane Houlette, attiré l’attention de la Chancellerie par courrier sur le danger des escalators d’où il est également possible de se jeter dans le vide. C’est un autre chantier à réaliser ».

Des équipes de vigiles dédiées à la surveillance

Seulement voilà, depuis lors, plus personne n’avait de nouvelles du chantier. Tout ce que savaient les habitués, c’est que pour pallier aux problèmes de sécurité, on avait demandé à des vigiles de surveiller les abords des coursives : impossible de s’approcher des garde-corps, immédiatement on vous somme de reculer. Enfin, quand on vous voit. Ces photos ont été prises ce matin au tribunal. On compte deux vigiles par étage. Or, le bâtiment est gigantesque. Il suffit de se poster à 20 mètres de la surveillance pour pouvoir se jeter dans le vide sans que personne ne puisse vous en empêcher.

Sur les deux photos ci-dessous, on aperçoit les vigiles au loin…

Coursive du 4e étage. Les vigiles sont  au fond de l’image, sous le numéro 6 (Photo : O. Dufour)

Batignolles - Coursive 4e étage
Une autre vue de la coursive du 4e étage  (Photo : ©O. Dufour)

Ce pis-aller n’a donc d’autre effet que d’empêcher les gens de s’accouder à la balustrade pour discuter.

Mais ce n’est pas le seul danger. On peut aussi se jeter dans le vide depuis les escaliers qui montent jusqu’au sixième, et les passerelles…

Escalier Batignolles
Escalier Batignolles (Photo : ©O. Dufour)

ou encore depuis les Escalators.

Escalators Batignolles
Escalators Batignolles (Photo : ©O. Dufour)

De nouveaux gardes-corps de deux mètres

Les travaux vont consister à rehausser les garde-corps de 1,40 à 2 mètres  le long des coursives, sur les passerelles, les escaliers et les escalators. Au total, 900 mètres de surélévation sont programmés.

Les études de faisabilité ont déjà été réalisées en concertation avec les chefs de juridiction, précise-t-on au ministère.

Puis il  a fallu entreprendre des études plus complexes de réalisation car ces modifications vont avoir un impact sur la structure, les normes de sécurité incendie et l’accoustique. Par ailleurs, les travaux devront être réalisés dans un tribunal en fonctionnement qui accueille du public, ce qui complique encore les opérations.

Si l’on ajoute à cela le ralentissement lié à la crise sanitaire, on arrive à un début des travaux théoriquement en 2022 en commençant par les coursives.

Garde-corps actuel de 1,40 mètres

Notons qu’en se promenant dans les couloirs on découvre que certains garde-corps sont déjà à deux mètres dans les parties d’accès réservé.

métro ligne 14
Garde-corps de deux mètres situé dans un accès réservé du tribunal (Photo : ©O. Dufour)

 

Reste une inconnue de taille, comment a-t-on pu concevoir un établissement recevant du public doté d’un atrium d’où il est possible de se jeter ou de chuter quand on conanit la charge émotionnelle attachée au travail judiciaire ? Comment l’Agence publique pour l’immobilier de la justice (APIJ) en charge du pilotage du chantier, qui a su détailler si méticuleusement les différents modèles de box vitrés ou encore  calculer la taille des tablettes dans les salles d’audience, a pu passer à côté d’un risque pareil ?

Même les concepteurs de la nouvelle station Porte de Clichy de la ligne 14 qui vient d’ouvrir  et dessert enfin le tribunal ont pensé à sécuriser la coursive donnant sur les rails et les quais ….

 

 

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