Dans « Dernier recours », William Molinié livre une enquête approfondie sur l’affaire Nahel

Publié le 09/04/2026 à 15h47

Le 27 juin 2023, Nahel 17 ans, est tué à la suite d’un refus d’obtempérer par l’un des policiers qui le contrôlait. Les émeutes qui suivent coutent un milliard au pays. Le journaliste d’investigation William Molinié publie aux éditions Mareuil un livre d’enquête sur cette affaire hautement inflammable.

CV1_Dernier_recours_Molinie

De l’affaire Nahel, on se souvient d’une vidéo de quelques secondes devenue virale où l’on voit deux policiers casqués penchés en direction du conducteur d’une Mercedes jaune canari. Et puis il y eut ces scènes de chaos qui enflammèrent la France durant plusieurs jours, il y a bientôt trois ans. Poursuivi initialement pour meurtre, Florian M., le policier auteur du tir, devrait finalement être renvoyé devant la cour criminelle départementale pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. À moins que la décision en ce sens de la cour d’appel de Versailles ne soit infirmée par la Cour de cassation qui a été saisie de l’affaire. La famille s’indigne que la qualification initiale ait été abandonnée, tandis que la défense du policier espère obtenir de la plus haute juridiction l’abandon pur et simple des charges.

Une vidéo ne fait pas un dossier pénal

Une querelle qui reflète l’état du dossier. Pour sa famille, Nahel a été assassiné. Côté policier, la défense de Florian M. plaide que celui-ci a fait usage de son arme pour stopper un conducteur mineur, sans permis conduisant un bolide qui risquait de blesser des personnes sur la voie publique à une heure où les salariés se rendent à leur travail et les enfants à l’école. Dans l’opinion, l’affaire est déjà jugée. Les quelques secondes de vidéo filmées par un riverain ont suffi à imposer le scénario d’un tir volontaire pour abattre le conducteur. En réalité, c’est bien plus compliqué que ça. William Molinié revient donc minute par minute sur le déroulement des événements depuis la location du véhicule jusqu’à l’issue fatale. Il permet ainsi au lecteur de comprendre les circonstances exactes dans lesquelles les deux policiers sont intervenus. Il nous emmène ensuite à la découverte des éléments les plus importants du dossier. Comment les expertises ont-elles été réalisées, quelles sont leurs conclusions sur les risques encourus par les policiers ? Les tiers ? Quel a été l’angle de tir ? Le conducteur a-t-il redémarré volontairement ou par réflexe ?

Seuls 8% des émeutiers étaient motivés par la mort de Nahel

William Molinié raconte aussi par le menu les émeutes qui suivirent et la manière dont elles furent gérées en direct par Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur. L’occasion de se replonger dans ce chaos qui dura 6 nuits : agressions d’élus et même une tentative d’assassinat, attaques de bâtiments publics, voitures incendiées, pillages de magasin…S’agissait-il réellement d’une révolte nourrie par la mort de Nahel ou d’autre chose ? Les statistiques citées par l’auteur évoquent essentiellement l’influence du groupe (29%) et la recherche d’adrénaline (23%), pour expliquer les dégradations, contre 8% seulement qui se disent motivés par la mort du jeune homme. On a dit que c’était les trafiquants de stupéfiants qui avaient mis fin au chaos pour reprendre leur business. L’auteur avance quant à lui une autre hypothèse qu’on laissera le lecteur découvrir.

Très documenté, nourri de témoignages inédits, notamment celui de l’équipier de policier qui a tiré, le livre replace l’affaire dans son contexte en fournissent les éclairages nécessaires sur : la réglementation de l’usage des armes, la question des refus d’obtempérer, l’organisation interne de la police… Tout est posé sur la table, analysé, décrypté pour proposer une vision d’ensemble du dossier, bien loin des raccourcis confortables que résume le slogan « la police tue ».

Des aspects du dossier inexplorés

Il soulève aussi d’intéressantes questions : pourquoi personne ne s’est penché sur le parcours de ce bolide et la manière dont il avait pu se retrouver entre les mains d’un mineur ? Que sait-on du trafic de voitures de luxe avec plaques polonaises, repéré depuis longtemps par les forces de l’ordre ? Pourquoi le policier est-il le seul à devoir répondre de ses actes devant la justice alors que le drame est le produit d’un grand nombre d’infractions ?

L’affaire Nahel fait partie de ces dossiers ultra-médiatiques dans lesquels les faits, souvent déformés dès le début de l’affaire, finissent par disparaitre purement et simplement au profit d’une légende qui s’installe définitivement dans l’opinion publique. C’est pourquoi il est important de restituer minutieusement le déroulement des événements. Au lecteur ensuite de se forger une conviction, en s’appuyant sur des données objectives.

 

Dernier recours, Mareuil Editions mars 2026 – 230 pages, 21 euros.

Plan