FLASH : La cour d’appel rejette la motivation antisémite des jumeaux qui ont scié l’olivier d’Ilan Halimi

Publié le 18/03/2026 à 17h12

Comme le tribunal de Bobigny le 22 octobre, la cour d’appel de Paris a écarté aujourd’hui le caractère antisémite de l’abattage de l’arbre planté en mémoire d’Ilan Halimi dans un parc de Seine-Saint-Denis. Les juges ont confirmé la peine de prison des jumeaux tunisiens et l’ont assortie d’une interdiction de séjour en France durant cinq ans. Partie civile, Me Alain Jakubowicz s’est dit « déçu par cette décision, mais pas surpris ».

FLASH : La cour d’appel rejette la motivation antisémite des jumeaux qui ont scié l’olivier d’Ilan Halimi
Photo : ©AdobeStock/Aleksei Zakharov

 

Brahim apparaît sur l’écran de la 15e chambre des appels correctionnels de Paris, en visioconférence de la prison où il purge sa peine de huit mois ferme, infligée en première instance à Bobigny. Son jumeau Ismaël, co-auteur de la destruction de l’arbre d’Ilan Halimi le 13 août 2025 à Épinay-sur-Seine, avait bénéficié d’un sursis ; il a été expulsé en Tunisie. Rejugés en appel le 18 février (le second par défaut), ils avaient réaffirmé, par la voix de leur avocat, ne rien savoir du calvaire d’Ilan Halimi, torturé à mort en 2006 parce que Juif. Ne parlant ni ne lisant le français, ils n’avaient pas compris l’inscription sur la stèle érigée à sa mémoire au pied de l’olivier, c’était pur hasard s’ils avaient tronçonné cette essence-là, ciblée parmi des centaines d’autres au cœur des 3 120 mètres carrés du jardin d’Alcobendas (nos articles des 23 ici et 24 octobre ici, du 19 février ici).

La formation collégiale, que présidait Sylvia Fournier-Caillard, a entendu leur version et n’a pas trouvé, dans le dossier, d’éléments susceptibles de la contredire : « Si cet acte a heurté, à raison, la communauté juive et toute la population française, rien ne permet de caractériser la connaissance des prévenus du nom et de l’histoire d’Ilan Halimi. » En conséquence, la cour a rejeté la motivation antisémite et confirmé les peines prononcées au mois d’octobre. Elle a ordonné le maintien en détention de Brahim Kassar ainsi qu’une interdiction de séjour sur le territoire français pendant cinq ans.

Pour convaincre les juges, « il faut avoir affaire à un néo-nazi ! »

Me Alain Jakubowicz, qui représentait la Licra, l’Union des étudiants juifs de France et SOS Racisme, s’est déclaré « déçu mais pas surpris » : « Pour faire reconnaître la circonstance aggravante d’antisémitisme, aujourd’hui, il faut avoir affaire à un néo-nazi avec une croix gammée sur le front, ou à un terroriste islamiste qui crie “Allah akbar” en jetant une vieille personne d’un balcon. Et encore, on a vu en cour d’assises du Rhône que, même cela, ça ne suffit pas. » Il évoque ici le procès à Lyon, en février, du meurtrier de René Hadjadj, 89 ans.

Le pénaliste convient cependant que, sur le plan juridique, « le droit a été respecté » : « Je ne peux pas dire que cette décision est une aberration. Ce qui est une aberration, c’est la façon dont l’enquête a été bâclée ! » Référence au peu d’investigations menées au cours de la garde à vue « des deux gamins », au choix de les déférer en comparution immédiate. « On n’a pas cherché à savoir qui était à l’origine de ça !  Les pouvoirs politiques ont hurlé “plus jamais ça” et une fois de plus on en est resté aux paroles » sans « mener des actions concrètes pour identifier les auteurs des faits ».

Si les juges font « une stricte application de la loi », Me Jakubowicz estime toutefois que « le message adressé » est regrettable : « Cela recommencera. D’ailleurs, quand j’ai lancé un appel aux maires pour planter un arbre, une forêt républicaine sur la terre de France [en mémoire d’Ilan], on m’a dit : “Les maires qui le font sont très courageux”. Il est où le courage ? » Amer, il pense que « tout le monde s’en fout ! Regardez nos grands responsables politiques qui font alliance avec des gens clairement antisémites… »

« Les frères Kassar n’avaient pas conscience de cet antisémitisme »

Me Romain Ruiz, défenseur des jumeaux Kassar, partage la conclusion de son contradicteur lyonnais qui a répété trois fois : « La cour dit le droit, et pas autre chose. » L’avocat parisien est « satisfait qu’il reste des gardiens du droit dans ce pays, que les fous qui hurlent à la justice expéditive soient peut-être déçus… Mais on ne peut jamais se satisfaire d’un dossier dans lequel on n’a pas fermé toutes les portes. Les responsabilités étaient à chercher plus loin que les frères Kassar, a minima instrumentalisés et, a maxima, pris pour ce qu’ils étaient : deux malheureux qui trainaient dans un parc ».

Me Ruiz insiste : « Couper un arbre en hommage à Ilan Halimi est un acte odieux et antisémite ; c’est une certitude. Mais la cour a reconnu que les Kassar n’avaient pas conscience de cet antisémitisme pour une raison très simple : ils ne savent pas qui est Ilan Halimi. » Il relève également que les juges « ont expulsé d’un revers de la robe le fantasme de la pastèque » qui « n’est pas considéré comme un vecteur d’antisémitisme. C’est important. Ceux qui font des amalgames entre l’antisémitisme et la lutte du peuple palestinien sont des irresponsables (…) Il reste une justice pour dire : “Là, ça va trop loin” ».

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