FLASH « Vendanges de la honte » : une peine confirmée, deux autres allégées et une relaxe
La cour d’appel de Reims a rendu, mercredi, son arrêt dans le dossier dit des « vendanges de la honte », en présence des victimes de traite d’êtres humains dans le vignoble champenois. La principale mise en cause a vu sa peine de quatre ans de prison confirmée, avec maintien en détention.

Svetlana Goumina, originaire du Kirghizistan et réfugiée politique dans la Marne, n’a bénéficié d’aucune clémence en appel. La patronne d’Anavim, une société (désormais dissoute) qui fournissait de la main-d’œuvre à des viticulteurs, reste condamnée à quatre ans de prison dont deux ferme. Elle était notamment prévenue de traite d’êtres humains, une qualification rare. En 2023, elle avait fait acheminer de Paris 57 saisonniers africains, en situation irrégulière sur le territoire français, et les avait hébergés dans des conditions épouvantables (notre article du 23 janvier ici). Incarcérée le 4 août, elle devra s’acquitter de l’amende de 20 000 €. Sa maison, lieu de six infractions, a été confisquée.
Ses « recruteurs » parisiens, Témuri Muradian et Abdoulaye Camara, qui avaient été sanctionnés de trois ans de prison, dont un ferme, en première instance le 21 juillet 2025, bénéficient d’une réduction de peine : un an avec sursis. Un succès pour Me Nader Ajoyev, avocat de M. Muradian : il avait rejeté « l’intentionnalité du délit », soulignant que celui-ci avait été « abusé par l’instigatrice du système ». La cour ordonne même que l’argent saisi à son client lui soit restitué.
La Sarl Cerseuillat de la Gravelle relaxée
En revanche, l’arrêt confirme le montant des sommes dues en réparation du préjudice de 53 victimes : Anavim, Mme Goumina et ses coprévenus verseront solidairement 4 000 € à chacun des vendangeurs. La patronne a aussi l’obligation de rembourser 315 137 € à la Mutualité sociale agricole d’Île-de-France, au titre du préjudice économique. Les associations parties civiles sont également reçues dans leurs demandes d’indemnisation.
Seule surprise, dans la décision des trois magistrates, la relaxe du gérant de la Sarl Cerseuillat de la Gravelle, Olivier Orban, qui avait eu besoin de 80 cueilleurs sans trop se soucier de leur situation : il est ainsi dispensé du paiement des 75 000 € d’amende. « Cette Sarl s’en tire à très bon compte, a regretté Me Maxime Cessieux, l’avocat des saisonniers. Ce qui n’est guère encourageant. » Les viticulteurs « ne peuvent pas faire semblant de croire que la main-d’œuvre miraculeuse tombe du ciel », a-t-il rappelé avant de rejoindre ses clients africains venus de Paris, qui l’ont applaudi.
La fin de cette désolante affaire se règlera devant les prud’hommes.
Référence : AJU504043