Le Pnaco obtient la condamnation de l’auteur de menaces contre le procureur général et le maire de Douai

Publié le 02/04/2026 à 10h51

Pour ses premières réquisitions publiques, le nouveau Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) a souhaité adresser un signal fort à qui menace de mort des magistrats. Mardi, sa représentante a demandé que le prévenu de « provocation à commettre un crime » contre le procureur général et le maire de Douai (Nord) soit puni de quatre ans de détention. Le tribunal de Paris l’a partiellement suivie.

Le Pnaco obtient la condamnation de l’auteur de menaces contre le procureur général et le maire de Douai
Tribunal judiciaire de Paris. (Photo : ©P. Cluzeau)

Le contraste est saisissant. Dans le box des prévenus de la 35e chambre du tribunal correctionnel de Paris, récemment dédiée aux affaires du Parquet national de la lutte contre la criminalité organisée, se tient, non sans peine, un petit homme chancelant à barbe de hipster, sans le style. Face à lui, la vice-procureure de cette juridiction spécialisée installée le 5 janvier par le ministre de la Justice, en vertu de la loi du 13 juin 2025. La magistrate incarne la détermination de l’exécutif à sortir la France du chaos provoqué par le narcotrafic et les réseaux criminels ; leur violence et la corruption déstabilisent le pays (notre article du 20 janvier ici).

Contraste, donc, car l’homme chétif en polaire noire et au cou tatoué tient plus de l’antisocial sous lithium que du malfaiteur chevronné. Cependant, Teddy Jambart, 35 ans, familier des tribunaux depuis 2007 et pensionnaire régulier d’établissements carcéraux, a été condamné le 13 février à 20 ans de réclusion par la cour d’assisses du Nord : il avait agressé et éborgné un octogénaire pour lui voler dix euros, a relaté La Voix du Nord. Pour cette raison, et d’autres inhérentes à son casier judiciaire, il est jugé dangereux. Et l’atteinte à l’intégrité de magistrats et élus peut relever des compétences du Pnaco.

« Nous proposons 200k pour tuer ce procureur »

Prévenu d’instigation à l’assassinat, de provocation publique à commettre un crime et de menaces de mort – l’une contre Jacques Carrère, procureur général près la cour d’appel de Douai ; l’autre contre Frédéric Chéreau, le maire de la cité –, Teddy Jambart encourt dix ans de prison. Il est arrivé à midi à Paris, ce mardi 31, avec son escorte du centre pénitentiaire de Lille-Annœullin où il purge ses 20 ans.

Premier problème : il n’a pas pu s’entretenir avec son avocat, Me Christian Peltier, commis d’office. À peine les menottes déverrouillées, l’identité du détenu confirmée, le pénaliste parisien s’en émeut auprès de la présidente. Elle suspend l’audience : les droits du mis en cause doivent être respectés. Rendez-vous à 16 heures pour étudier le dossier.

Second souci à l’heure dite : Teddy Jambart ne regagne pas son box : « Son refus de comparaître est définitif », indique Me Peltier, qui garde toutefois son mandat de représentation. Aussi, du suspect, on ne retiendra que trois mots, « j’ai aucune adresse », et l’image fugace d’un être désorienté par un adversaire trop grand pour lui, ce nouveau Parquet national que la presse et des magistrats sont venus voir à l’œuvre, en nombre, pour sa première expression publique. Un de ses membres avait déjà requis en février, mais à huis clos devant le tribunal pour enfants.

Dès lors, les infractions sont rapportées en l’absence de Teddy Jambart. Le 9 décembre 2025, le maire de Douai apprend que sur son compte TikTok, ont été postés des commentaires avec la photo de M. Carrère, émanant de deux comptes : @larafaleusefolle et @icicest62. Nous reproduisons le plus explicite, sans les fautes : « Nous sommes un groupe de 3 personnes. Nous proposons 200k [200 000 €] pour tuer ce procureur en poste au tribunal de Douai, Jacques Carrère. Pour plus d’infos, passez en privé. »

« On va venir te tuer chez toi, on va tuer tes enfants, ta femme »

Le procureur général désigné est le successeur de Frédéric Fèvre lui-même victime, le 30 octobre 2024, d’une « action violente » envisagée par quatre types interpellés devant chez lui (le dossier est à l’instruction). « Je pense que la menace est à prendre au sérieux, indique M. Carrère dans sa plainte, même si elle provient de quelqu’un qui ne l’est peut-être pas. »

Il est alors envisageable que les deux affaires soient liées.

Le 23 décembre, le maire de Douai reçoit aussi des menaces d’@icicest62 : « Gros fils de pute on sait où te trouver. On va venir te tuer chez toi, on va tuer tes enfants, ta femme. Tes jours sont comptés. » Un second message, le 25, précise à M. Chéreau qu’il passe ses dernières fêtes de Noël. En cette fin d’année, la police a déjà établi que @icicest62 et @larafaleusefolle sont associés à un iPhone et une ligne situés à la prison de Lille-Annœullin. Un détenu a envoyé des menaces similaires, via 14 comptes Snapchat, à une juge d’instruction et une éducatrice qui le suit à l’hôpital : Teddy Jambart, condamné à deux ans ferme en avril 2025 pour ces faits.

En garde à vue, il nie être l’auteur de menaces à l’encontre de MM. Carrère et Chéreau. Mais le 8 janvier, le téléphone et la puce émettrice sont saisis dans sa cellule. Il affirme que le portable circule entre détenus, qu’il ne lui appartient pas, bien que son nom et sa date de naissance apparaissent lors de l’ouverture des comptes incriminés.

Ses explications ne convainquent personne, et le voici jugé à Paris.

En 2025, « 150 magistrats ont été menacés »

La présidente évoque sa personnalité, tout en négatif : pas de femme, pas d’enfant, pas d’école après ses 14 ans, pas de métier, pas d’argent, pas non plus de parents aimants, semble-t-il, puisqu’il a erré de foyers en familles d’accueil. Une vie de délinquance, 25 mentions à son casier (séquestration, violences, vols aggravés, etc.), des troubles de la personnalité : « À 7, 8 ans, je voyais déjà un psychiatre », a-t-il confié durant son procès aux assises.

À la différence de Jacques Carrère, qui sollicite pour son préjudice 1 euro symbolique, le maire de Douai ne s’est pas constitué partie civile.

Le passé indigent du prévenu est éloigné de la criminalité organisée. Mais la vice-procureure du Pnaco voit ici « un dossier typique des attaques qui entachent le rôle des élus et magistrats », péril qui « fait du mal à l’État de droit ». Elle signale que « 150 magistrats ont été menacés en 2025 » et que « l’issue est parfois bien plus dramatique ». À ses yeux, cette affaire illustre aussi « la banalisation » de ces infractions, rappelant que « l’utilisation des réseaux sociaux par les criminels » est aujourd’hui répandue.

Plus que l’affaire examinée, c’est l’atmosphère décrite et l’accumulation des délits de Jambart, « qui ne nous fait même pas l’honneur d’être là », qu’elle souhaite voir sanctionnées. Elle requiert quatre ans ferme, avec maintien en détention (précision obligatoire, même si la peine infligée en février est assortie de dix ans de sûreté).

Me Christian Peltier, le défenseur commis d’office sans client derrière lui, n’entend pas concéder si facilement une victoire au jeune Pnaco. Il plaide la relaxe, demande motivée par plusieurs griefs faits à l’accusation.

Le mandat criminel ne peut pas être confié via une annonce

En préambule, il insiste sur un point capital : « Je condamne toute menace contre les magistrats, les élus, les avocats. C’est inacceptable. » Ensuite, à titre liminaire, il estime que la règle non bis in idem devrait s’appliquer : le message litigieux adressé au magistrat « ne peut pas faire l’objet de trois qualifications différentes ». Au-delà, il pointe une incongruité : le mandat criminel, soit l’instigation à l’assassinat, réprime « l’offre ou la promesse faite à une personne » et non par le biais « d’une annonce sur TikTok ».

S’agissant de la provocation publique à commettre un crime, Me Christian Peltier s’appuie sur l’article 24 de la loi de 1881  et sur la jurisprudence pour contester le délit : « Le message n’incite pas directement à estourbir quelqu’un », en témoigne l’expression « nous proposons » sans lien reliant l’auteur pour négocier la rémunération. « L’absence de réponse, pas même un like », écarte selon lui l’élément matériel constitutif de l’infraction.

Enfin, les menaces de mort doivent susciter « la peur, l’insécurité, chez les victimes », et surtout « parvenir aux intéressés ». Or, « qui peut imaginer que le procureur général consulte des commentaires sur le compte TikTok de la mairie de Douai ? Il n’en aurait pas eu connaissance si la police ne le lui avait pas dit ». Reste les propos directement adressés à l’édile, mais un procès-verbal a été annulé par le tribunal. Me Peltier y voit encore un motif de relaxe. D’autant plus, a-t-il martelé, que Teddy se dit innocent.

Il est partiellement entendu. À l’issue d’une heure de délibéré, l’infraction d’instigation à l’assassinat est écartée. Les autres charges sont retenues, et M. Jambart écope d’une peine ferme de trois années supplémentaires. Plus à cela près, il repart au centre pénitentiaire de Lille-Annœullin.

Le Pnaco obtient la condamnation de l’auteur de menaces contre le procureur général et le maire de Douai
En défense, Me Christian Peltier a obtenu la relaxe pour l’une des quatre préventions (Photo : ©I. Horlans)

 

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