Profanation de 29 églises : la prison pour les voleurs, la brocante du receleur définitivement fermée
Jugés le 9 décembre par le tribunal correctionnel de Laon (Aisne), le duo de pillards de 29 églises du Nord-Ouest, a été sévèrement sanctionné en fin d’année. Tony Paupière et Raphaël Hourdeaux ont été condamnés à trois ans de prison, dont un ferme. Receleur d’une partie du butin, Guy Lamine a écopé de six mois avec sursis et doit définitivement fermer son commerce d’antiquités.

Ils n’avaient pas daigné se présenter à leur procès, mardi 9 décembre 2025, au motif qu’ils se sentaient « psychologiquement incapables », selon leurs avocates, de faire face aux dizaines de plaignants, prêtres, fidèles et maires de quatre départements (notre compte-rendu du 11 décembre ici). Tony Paupière, 29 ans, et Raphaël Hourdeaux, 34 ans, n’ont toujours pas eu le courage de se présenter au tribunal, le 26, pour entendre le jugement. La substitut du procureur, Julie Marty, avait requis trois ans de prison, dont deux ferme, avec une exécution provisoire (qu’il fasse ou non appel) mais sans mandat de dépôt à la barre. Ils vont donc être convoqués ce mois-ci par le juge de l’application des peines qui décidera de les incarcérer ou de les laisser libres chez eux sous surveillance électronique. Compte tenu de « l’état dépressif » de Raphaël Hourdeaux, confirmé par des médecins, et de la tentative de suicide de Tony Paupière, il est probable que ces deux hommes, qui forment un couple, bénéficient d’un bracelet à la cheville.
Ils devront en outre indemniser les 17 parties civiles dans un délai de trois ans, encourant six mois de détention en cas de non-exécution. Les pièces religieuses volées étant nombreuses, le préjudice est évalué à des dizaines de milliers d’euros. Ils ont cependant bénéficié d’une relaxe partielle pour les faits perpétrés à Sommeron (Aisne), Paupière étant, lui, exonéré de la profanation à Étréaupont, autre commune axonaise. Les objets ayant servi à commettre les délits (Peugeot 2008, téléphones, tablette) et l’argent retiré des ventes leur ont été confisqués.
Les juges n’ont pas cru l’antiquaire qui niait le recel
Seul présent à l’audience le 9, Guy Lamine, 73 ans, avait nié tout recel des biens subtilisés – des calices, ciboires, patènes, ostensoirs, châsses et même des hosties – entre les 26 juin et 26 septembre dans des églises de l’Aisne, la Marne, le Nord et la Somme. Il avait néanmoins admis 22 échanges par téléphone avec les deux pillards et un apéritif au champagne pour célébrer l’achat de quelques pièces, moyennant la remise de 3 500 euros. Apprenant par sa compagne que la gendarmerie traquait des détrousseurs d’édifices religieux dans les Hauts-de-France, il s’était ravisé et avait coupé court.
Les magistrats n’ont pas complètement adhéré à son récit. Sans l’accabler outre-mesure, ils ont estimé qu’il avait accepté d’écouler au moins quatre objets liturgiques – qu’il jure avoir rendus. Aussi l’ont-ils sanctionné de six mois de prison avec sursis. Mais c’est la peine complémentaire infligée qui a porté un rude coup à l’antiquaire-brocanteur : interdiction de diriger ou gérer une société et fermeture de son établissement, le tout définitivement. Lors des débats, le septuagénaire avait déclaré exercer sa profession « avec passion » et ne pas envisager sa retraite. Au surplus, il devra s’acquitter de 10 000 € d’amende. En revanche, il n’est pas astreint au remboursement in solidum des dommages et intérêts.
Les parties civiles sont satisfaites de l’issue, « juste », « réparatrice », de ce procès qui doit aussi servir de leçon aux profanateurs de lieux de culte. À l’automne 2025, le ministère de l’Intérieur déplorait déjà 538 effractions de cette nature, soit une augmentation de 11 % par rapport à 2024 – ce chiffre pourrait avoir subi une hausse au cours du dernier trimestre. Il sera affiné lors de la publication des statistiques annuelles, courant 2026.
D’autres procès ont abouti à de lourdes condamnations à Dax et Nantes : trois ans de prison dont un ferme pour de jeunes Landais coupables de 42 cambriolages d’églises dans les Landes, le Béarn, le Pays basque, au cours de l’été dernier ; un an à 30 mois de détention ferme pour trois pilleurs de troncs dans 15 églises de 6 départements de l’Ouest. Le prix actuel de l’or et de l’argent pourrait hélas tenter des émules.
Alors, que faire ? « Rendre nos édifices plus sûrs, les sécuriser au mieux », avait suggéré Caroline Biencourt, conservatrice du Patrimoine au diocèse de Cambrai (Nord), entendue au tribunal de Laon. Tout en rappelant que, « pousser la porte d’une église, un lieu ouvert, gratuit, c’est la possibilité offerte à chacun de se trouver en face d’une œuvre du peintre Rubens ou d’une petite Vierge en plâtre devant laquelle des milliers de gens prient ».
Référence : AJU503182