Tribunal de Meaux : « A-t-il besoin d’un grand coup de pied dans les fesses ? »

Publié le 03/11/2022

Dylan estime que « ce n’est pas [sa] faute » s’il a convoyé pour les vendre 298 grammes de cannabis. Il devait payer une dette. Les deux trafics de drogue auxquels il avait déjà pris part ? Une erreur. Les trois années de prison purgées à seulement 24 ans ? Pas de chance.

Tribunal de Meaux : « A-t-il besoin d’un grand coup de pied dans les fesses ? »
Palais de justice de Meaux (Photo : ©I. Horlans)

 Le jeune détenu dans le box de la 1re chambre correctionnelle du tribunal de Meaux (Seine-et-Marne) ressemble à Bob Marley période Exodus (1977), sans le bonnet rasta. C’était 21 ans avant la naissance de Dylan en tee-shirt blanc sous blouson noir, regard perdu dans des espaces interstellaires. La procureure Valentine Géraud, inquiète : « Je me demande si votre attitude ne vous dessert pas… » Dylan, ramené sur Terre : « C’est parce que je suis impressionné. »

Pourtant, les prétoires lui sont familiers. Jugé en comparution immédiate, le 24 octobre 2022, il a auparavant été condamné à deux reprises pour des délits similaires : transport, acquisition, détention et usage de stupéfiants. Cette fois, il échappe aux poursuites pour cession, n’ayant pas eu le temps d’écouler ses 298 grammes de cannabis. La police l’a arrêté vendredi 21 à Thorigny-sur-Marne, avant qu’il les vende.

« Il faut devenir adulte, Monsieur ! »

 Étrange garçon : lors de son interpellation, il ne s’est pas rebellé, il a remis sans difficulté sa marchandise, son téléphone, il a reconnu l’intégralité des faits et ses torts. Mais face aux magistrats, le voici muet, n’expliquant son infraction qu’en cinq mots : « Ce n’est pas ma faute. » Il devait s’acquitter d’une dette envers un trafiquant, une de ces têtes de réseau qui esquivent quasiment toujours les coups de filet. Grand classique : les petits dealers qui tombent, et se font saisir la drogue qu’on leur a confiée, doivent tôt ou tard rembourser les pertes.

Après avoir été incarcéré trois ans, ce qui en dit long sur la gravité des faits précédents, Dylan a donc dû passer à la caisse. « Pas le choix », murmure-t-il, bien qu’il s’en morde les doigts. Car depuis sa libération, il est devenu papa et aimerait quitter la région parisienne pour rejoindre sa compagne et leur bébé dans une petite ville de province. Du reste, la mère de l’enfant propose de l’accueillir, lui et son possible bracelet à la cheville si les juges sont cléments. Las ! comment faire confiance à un délinquant récidiviste, qui a entrepris son parcours délictuel en 2013 à l’âge de 15 ans, et qui n’en a que neuf de plus ?

« Il faut devenir adulte, Monsieur, trouver des ressources pour changer de vie ! À vous de vous prendre en main », lui recommande la représentante du parquet. Puis, à l’adresse du tribunal : « A-t-il besoin d’un grand coup de pied dans les fesses ? »

« Il a remis en jeu tout ce qu’il avait construit »

 Madame Géraud ne cherche pas à l’accabler ; elle veut juste qu’il se secoue un peu, descende de ses nuages, « qu’il ait une vraie prise de conscience ». Elle requiert une peine ferme de dix mois et ne s’oppose pas à la détention domiciliaire. En revanche, elle sollicite une interdiction de séjour en Seine-et-Marne jusqu’en 2027. Et, bien entendu, la confiscation des scellés.

Me Carine Chevalier, avocate au barreau de Meaux, intervient en défense. « Il est terrorisé, il a remis en jeu tout ce qu’il avait construit. Son seul salut, c’est sa fille », plaide-t-elle avec énergie, priant les juges « de l’aider à sortir d’années de dépendance au cannabis ». Pour Dylan, elle espère une peine mixte « adaptée à sa situation ».

La présidente Isabelle Verissimo reporte à plus tard le délibéré car dans la souricière du palais, Ahmed et son escorte attendent depuis un moment. Dylan quitte le box d’un pas lourd, cède sa place à un détenu déjà vu. Le 14 octobre, il devait répondre de sept agressions sexuelles, dont cinq sur des mineures de 17 ans, de violences à l’encontre de deux hommes (notre chronique du 20 octobre ici).

« Les agresser parce qu’elles ont de gros seins ? C’est faux ! »

 Ahmed, 31 ans, porte toujours les mêmes vêtements bleu marine, ses yeux tombants paraissent encore plus tristes qu’il y a dix jours. Lorsqu’il avait été arrêté à Meaux pour les infractions précitées, le centre de semi-liberté où il se trouvait depuis le mois de janvier avait répertorié 32 incidents. Il s’en était d’ailleurs évadé. Niant les faits reprochés, il avait réclamé un peu de temps pour préparer sa défense, comme l’y autorise la loi. Seulement, il n’a pas supporté d’être expédié en détention jusqu’au 14 novembre, date de son procès.

Par conséquent, le voilà très énervé, désirant d’être remis en liberté d’ici à l’audience au fond : « Je serai un excellent citoyen », affirme-t-il. La juge : « – Vous comparaissez dans trois semaines, c’est bientôt…

– Oui, mais je n’ai rien fait ! Les agresser parce qu’elles ont des gros seins ? C’est faux ! », dit-il à propos des jeunes plaignantes.

Les crachats et coups de béquilles ? L’agression d’un conseiller d’insertion au buffet de la gare ? Pure invention.

La procureure Géraud s’oppose à son élargissement : « Il y a un risque de réitération et je crains qu’il ne se présente pas en novembre. Il demeure un danger public. » En colère, sans avocat, Ahmed parle de son frère dont la « sclérose en plaques progresse, il ne voit plus d’un œil », s’emporte tant que la présidente doit se fâcher. Sans surprise, il reste en prison.

Réapparu, Dylan obtient ce dont il rêvait : sous surveillance électronique pendant dix mois chez sa conjointe et leur fille. Il peut fuir l’Île-de-France et ses trafiquants de drogue.

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