Tribunal de Paris : « À chaque fois que Paris s’offre une fête, on a des actes de violence »

Publié le 01/07/2026 à 9h00

Un homme ivre en frappe un autre avec une branche pour une dette de 50 euros, un autre, ivre aussi, se bagarre sur les quais de Seine en pleine canicule. Après avoir comparu devant la 23e chambre, lundi 29 juin, les prévenus sont incarcérés.

Tribunal de Paris : « À chaque fois que Paris s’offre une fête, on a des actes de violence »
Tribunal judiciaire de Paris (Photo : ©P. Cabaret)

La patrouille de Police est attirée par des cris, qui proviennent du quai de la Loire, la rive droite du bassin de la Villette (Paris 19e) quand on regarde vers le Nord. Ce 25 avril 2026, ils surgissent dans la nuit et découvrent un homme à terre, la tête en sang, et un témoin excité qui dit l’avoir vu se prendre un coup sur la tête, en mimant le geste. L’intéressé se prénomme Yacine et ne souhaite pas parler, puis il se touche la tête, observe ses mains pleines de sang et veut finalement parler : il a pris un coup de branche d’arbre sur la tête, de la part d’un individu qui lui a volé sa carte bancaire, dans ce qui ressemble à un vol avec violences. Cet homme se cache derrière un buisson que Yacine désigne du doigt.

Une silhouette mal dissimulée titube accroupie derrière un bosquet trop petit. Il Elle ne tente pas de s’enfuir quand les policiers lui tombent dessus. Ils lui font les poches et découvrent une CB, mais ce n’est pas celle de Yacine. « Où est la carte bancaire de Monsieur ? » L’homme montre le buisson d’à côté ; au sol, gît le morceau de plastique partiellement déchiré. L’homme est embarqué. Il a 1,65 gramme non pas de crack dans la poche mais d’alcool dans le sang.

« Vous pensez que pour 50 euros ça vaut le coup de donner des coups de bâton ? »

Mamadou a 30 ans, une dégaine à la Cutty, l’entraîneur de boxe dans The Wire, et, depuis son box, dit au président aux sourcils froncés par la concentration qu’il reconnait les faits de violences, mais pas les faits de vol. « Il m’a donné sa carte.

— Et pourquoi vous l’avez frappé ?

— Je l’ai frappé parce qu’il ne m’a pas laissé le choix. Il me doit de l’argent. Tous les jours, il passe devant moi, il va acheter de la drogue. Au bout de deux mois je me suis dit que ça faisait un peu long, ça m’a fait craquer.

— Et la carte ? Les policiers disent vous avoir vu jeter la carte.

— C’est faux, ils mentent. C’est moi qui leur ai montré la carte.

— Et le témoin qui dit vous avoir vu frapper la victime ?

— Celui-là, il ne ment pas. »

Le juge assesseur demande : « Monsieur vous devait combien d’argent ?

— Il me devait 50 euros.

— Vous pensez que pour 50 euros ça vaut le coup de donner des coups de bâton avec cette violence ?

— Dans ma situation, oui. »

Le président reprend : « Vous êtes consommateur de crack ?

— Oui.»

Sorti de prison en liberté conditionnelle en mai 2025, Mamadou n’a pas réussi à retrouver un travail depuis. Chaque soir, il erre dans le 19e arrondissement, entre les deux rives du canal que les toxicomanes partagent avec les fêtards alcoolisés, les boulistes nocturnes, les runners énervés et les callisthénistes acharnés*.

Sans qu’il soit éprouvé le besoin par le tribunal de questionner le prévenu, qu’ils comptent rapidement renvoyer en prison, sur son parcours personnel et les éléments de vie qui l’ont acculé à cette dérive destructrice, la parole est donnée au procureur qui débite quelques généralités sur le quartier de Rosa Parks, qui se trouve à deux kilomètres, mais qu’importe le quartier, le sujet c’est le crack et les problèmes de sécurité qui en découlent. Une dette, une ivresse et ça finit en coups de branche sur la tête, un jour d’ITT et un trouble à l’ordre public, une menace pour la société qu’il représente à l’audience. Pour Mamadou, en récidive légale, cela vaut 2 ans avec mandat de dépôt, et la révocation d’un sursis à hauteur de 5 mois.

« Je pense qu’il faut faire abstraction d’une application trop rigoriste, et prononcer une peine comme si on était face à quelqu’un qui aurait commis les faits pour la première fois », rêve l’avocat en défense, qui aimerait « moins d’un an de prison » et une peine aménagée en semi-liberté.

Mamadou aura peu parlé. Son cas était trop clair. Sur le ton de l’évidence, il énonce en dernier mot : « Je consomme de la drogue, mais je ne suis pas quelqu’un de méchant ». Le tribunal le remercie. Il le condamne à 18 mois de prison, ordonne la révocation totale de son sursis probatoire et lui interdit de paraître dans l’arrondissement pendant trois ans.

« C’est surtout à cause de l’alcool »

Il n’a pas encore disparu qu’apparaît Stephen, un petit gringalet en polo rose, barbichette et sourire plein de dents tordues. Le 27 juin, une bagarre éclate dans la torpeur caniculaire, sur les quais de Seine où les parisiens desséchés s’énivrent, beaucoup, et où les esprits s’échauffent, souvent.

D’après la victime, qui s’est constituée partie civile au commissariat et a disparu depuis, Stephen l’aurait molestée, puis l’aurait poursuivie avec un couteau. Alertés par les cris, les policiers ont bien vu Stephen courir avec un objet brillant dans la main, mais n’ont pu confirmer qu’il s’agissait d’un couteau. Le jeune homme – 25 ans – dit qu’il n’avait rien dans les mains, mais qu’il a bien frappé la victime. Le président dit « d’accord, vous reconnaissez avoir donné un coup de poing. Pourquoi ?

— Dans un mouvement de foule. Il m’a mis un coup, je me suis tourné j’ai demandé pourquoi et j’ai mis un coup, mais c’est surtout à cause de l’alcool. »

Dans le dossier, l’enquêtrice de personnalité a écrit que Stephen était de nationalité martiniquaise. Le président a rappelé que la Martinique était un département français, « tout le monde sait cela » (sauf l’enquêtrice), a-t-il répété, l’air gêné, pour s’assurer que le public, largement composé de lycéens, avait compris qu’il s’agissait d’une erreur que lui-même désapprouvait.

Stephen est arrivé dans l’Hexagone en 2022, chargé de cocaïne, interpellé à l’aéroport et condamné à 5 ans de prison et 200 000 euros d’amende douanière. Quand il est sorti de prison, courant 2026, il n’a pas réussi à récupérer ses papiers. Il n’a pas pu faire les démarches administratives aidant à sa réinsertion, comme obtenir un RSA. Il a peu d’amis. Il n’a jamais connu son père, et sa mère est morte quand il avait 8 ans.

Stephen s’est évadé deux fois de prison

Le procureur lui demande s’il est étonné d’avoir la réputation d’un homme violent. Ça l’étonne beaucoup, répond Stephen. « Pourtant, un témoin le dit, et puis votre casier aussi. Violences, vols avec violence.

— C’était en Martinique. J’étais plus jeune et surtout, beaucoup plus bête », répond le prévenu.

Il rappelle que Stephen s’est évadé deux fois de prison, une bonne raison pour l’y renvoyer. Afin de « préserver la société de l’impunité de Monsieur », le procureur demande 3 ans de prison pour « port d’arme » et « violences avec arme ». « À chaque fois que Paris s’offre une fête, qu’il fait beau, on a des actes de violence », déplore-t-il.

Après avoir mûrement réfléchi, le tribunal relaxe Stephen de la circonstance aggravante de l’arme, requalifie en violences sans ITT, le constat d’une marque rouge sur le visage du plaignant étant insuffisant, et condamne Stephen à 18 mois de prison, dont un an avec sursis probatoire. Décerne un mandat de dépôt pour la partie ferme.

 

*Méthode de musculation utilisant la gravité du corps.

 

 

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