Tribunal de Paris : « Comment voulez-vous que nous choisissions autre chose que la détention ? »

Publié le 23/02/2026 à 11h53

Un quadragénaire au casier bien lesté, en récidive et en période probatoire, comparaît devant la 23e chambre correctionnelle de Paris pour une ribambelle de délits commis le 8 février, dont des violences sur des policiers et un refus d’obtempérer. Le prévenu peine à s’expliquer face à une présidente hostile.

Tribunal de Paris : « Comment voulez-vous que nous choisissions autre chose que la détention ? »
Salle d’audience 2-02 Tribunal judiciaire de Paris (Photo : ©O. Dufour)

La présidente semble épuisée ; le visage marqué et la robe ouverte, elle décrit une course-poursuite entre l’homme occupant désormais le box des comparutions immédiates et un véhicule de police, qui a décidé de contrôler le véhicule du prévenu après l’avoir vu franchir une ligne blanche continue à plusieurs reprises.

Mais Hicham, 43 ans, ne s’est pas arrêté.

Il a fait mine de, en ralentissant, avant de brusquement accélérer à nouveau, feinte classique qui n’a jamais trompé un policier. La course-poursuite se déroule sur 2,5 km, du 19e au 11e arrondissement ; Hicham percute plusieurs véhicules et finit par s’immobiliser. Les policiers descendent, il fait une marche arrière et les percute à faible allure (5 et 17 jours d’ITT pour les deux fonctionnaires). Dans son véhicule : un couteau, un terminal de paiement (Hicham est chauffeur VTC), des pochons, une sacoche bleue contenant 27 grammes d’herbe, 7 grammes de cocaïne, 55 grammes de résine. Dans son sang : du THC. À son domicile : rien. À son casier : de nombreuses condamnations.

Aux policiers, Hicham explique avoir « eu peur ». Peur de quoi ? D’être interpellé une nouvelle fois, il l’admet. Criblé de dettes et craignant pour son intégrité physique (« le couteau, c’est pour ça »), il avait repris la livraison de produits stupéfiants pour les éponger, et aussi pour parvenir à verser les 1 800 euros mensuels, 600 euros par enfant, à la mère des siens, qui les élèvent. D’emblée, Hicham supplie de ne pas l’envoyer en détention. La présidente semble interloquée : « Mais vous allez faire quoi ?

— Changer de vie, de département.

— Pourquoi ne pas l’avoir fait avant ?

— Parce que j’avais envie de continuer à emmener mes enfants au sport, chaque semaine.

— Vos enfants existaient déjà avant ces nouveaux faits. On a du mal à vous croire.

— Parfois, il faut un électrochoc.

— Votre électrochoc, c’est votre comparution devant le tribunal. »

Hicham est en attente de la pose d’un bracelet électronique ; il est sous sursis probatoire et son permis est annulé. À l’issue de cette procédure, il se pourrait que la justice lui confisque les espèces saisies, son téléphone et son véhicule. « La justice vous a fait confiance à de très nombreuses reprises, et vous avez trahi cette confiance. Comment voulez-vous que nous choisissions autre chose que la détention ? »

« Ils m’ont frappé, m’ont rabaissé, m’ont insulté pendant tout le trajet ! »

Les débats ont à peine débuté, le procureur n’a pas encore pris la parole et le tribunal, évidemment, ne s’est pas retiré pour délibérer, mais le sort d’Hicham semble déjà scellé.

Il tente de s’expliquer, mais tous ses arguments, qu’il ne parvient pas à développer du fait des interruptions incessantes de la présidente excédée, se perdent en bafouilles inaudibles. Le procureur se lève pour rappeler que « Monsieur est également poursuivi pour évasion », car, en route pour l’unité médicojudiciaire, il a ouvert la porte du véhicule et tenté de s’enfuir en courant – rapidement rattrapé et maîtrisé. Hicham s’indigne carrément : « Ils m’ont frappé, m’ont rabaissé, m’ont insulté pendant tout le trajet !

— Je n’ai pas vu ça, moi, réagit la présidente.

— Vous avez menti en disant que vous aviez mal pour trouver une occasion de vous échapper, vrai ou faux ? tente le procureur.

— Complètement faux ! Demandez aux policiers, ils ont vu le sang sur moi.

— Ah, on peut faire confiance aux policiers, maintenant ?

— Mais si je vous montre mon épaule, vous verrez la blessure !

— (Présidente) Non Monsieur, maintenant, vous arrêtez ! »

« Dix infractions, en one shot ! »

La présidente fulmine et Hicham s’incline. Le casier ayant déjà été évoqué, c’est à la partie civile de plaider ; elle ne se prive pas : « Il nous prend pour de parfaits idiots et fait bien peu de cas de l’intégrité physique des autres ! »

Le procureur avance, serein : « Il s’est dit ‘si je me fais péter, je vais aller en prison et je vais me faire trucider.’ Mais il n’a pas mesuré les conséquences. C’est pour ça qu’il se retrouve devant vous. » Il poursuit, en verve : « Je compatis, Monsieur, mais ça ne vous retire rien de votre responsabilité. Dix infractions, en one shot ! Alors l’électrochoc, je n’y crois pas. Il encourt 20 ans, car il est en récidive. » Le procureur demande 30 mois de prison avec mandat de dépôt et une interdiction de repasser le permis pendant trois ans.

« La vie d’Hicham ressemble à ces 2,5 km, plaide son avocate, une fuite en avant. Même s’il reconnaît ses torts, il sera peu audible auprès de votre juridiction ».

À la reprise de l’audience, la présidente annonce laconiquement à Hicham qu’il est condamné à deux ans de prison avec mandat de dépôt, trois ans d’interdiction de repasser le permis, cinq ans d’interdiction de porter une arme soumise à autorisation, et que les scellés, à l’exception notable de son véhicule, sont confisqués.

Plan