Tribunal de Paris : En matière de crack, « le tarif du parquet, c’est 10 grammes : un an »

Publié le 13/02/2026 à 9h00

Un Somalien de 26 ans a été interpellé avec 43 grammes de crack. Jugé le 4 février en comparution immédiate, il admet être le ravitailleur des dealers de crack du nord de Paris. Malgré son casier vierge, le prévenu, comme le veut la coutume judiciaire en matière de crack, n’échappera pas à l’incarcération.

Tribunal de Paris : En matière de crack,  « le tarif du parquet, c’est 10 grammes : un an »
Tribunal judiciaire de Paris. (Photo : ©P. Cluzeau)

Salam s’est fait toper au point du jour, dans le quartier de Rosa Parks, des galettes de crack plein la capuche de son hoodie. Le président parle de « disque », ce sont en tout cas des blocs de cocaïne basée (ajout d’une base, ammoniac ou bicarbonate, pour rendre la cocaïne fumable) plats et circulaires que les dealers brisent en petits cailloux pour les revendre au détail, sur les pourtours du bassin de la Villette ou à la porte de la Chapelle, à quelques encablures du lieu où Salam est embarqué.

Les policiers n’ont pas pris de photos des produits stupéfiants saisis sur le jeune homme, mais ils ont écrit : : 43 grammes de crack, 6,12 grammes de cocaïne, 2 grammes de cannabis. Après avoir perquisitionné sa chambre d’hôtel, ils ont trouvé un peu plus de cannabis, un couteau sali de taches brunâtre et 1 880 euros en espèces. L’expertise toxicologique de Salam a révélé cocaïne et cannabis, alors que l’exploitation de son téléphone indique des trajets réguliers entre Noisy-le-Sec et la porte de la Chapelle.

Salam est un jeune somalien au sourire partiellement édenté, maigre et nageant dans son sweat rouge, un peu ahuri par ses 48 heures de cellule. Il a expliqué aux policiers être employé depuis deux mois pour livrer la marchandise ; il la récupère à Noisy, aux « modous » (terme wolof qui signifie petit négociant ndlr) sénégalais, qui dirigent le trafic dans les 18ᵉ et 19ᵉ arrondissement de Paris. Il met les galettes de crack dans sa capuche et ravitaille ceux qui ensuite alimentent les clients qui se pressent aux lieux habituels.

« Ça vous coupe la chique, hein ! »

Ayant quelques problèmes de compréhension du français, à la question du président « c’est quoi votre mission ? » (qu’il vient pourtant de résumer, mais le magistrat veut l’entendre de la bouche du prévenu), Salam répond : « Je suis en France depuis 2017.

— Vous vendez des stupéfiants depuis 2017 ?

— Non, je suis en demande d’asile.

— En procédure accélérée ! intervient l’avocate.

— Ça ne m’intéresse pas », grommelle le président.

La prévention ne court que sur la seule journée du 2 février ; malgré cela, le président ne prend pas ce cas à la légère. « Vous êtes la personne qui approvisionne les points de deal, en fait.

— Je prends quelque chose et je l’amène aux modous sénégalais.

— J’essaye de vous expliquer que c’est très grave ce que vous avez fait, que vous encourrez dix ans de prison.

— …

— Ça vous coupe la chique hein ! »

Le juge se lance alors dans le couplet habituel : « C’est un produit hyperdangereux, hyperaddictif, qui transforme les gens en zombie. Vous avez conscience que c’est un produit qui tue les gens ?

— Mais moi je suis un consommateur de crack.

— Est-ce que c’est grave ? »

Le président hausse le ton. Il veut que le prévenu admette.

« Oui, oui. Mais j’ai choisi cette solution parce que je suis à la rue, je n’ai pas de travail, pas de famille. Je suis rentré dans ce monde. Oui, c’est grave, mais…

— Vous faites de l’argent avec ça. C’est malhonnête. Et les 1 880 euros ?

— C’est mon argent, gagné honnêtement.

— Vous ne pouvez pas en justifier aujourd’hui, et on est en matière de trafic de stupéfiants, il y a une peine complémentaire quasi automatique de confiscation de scellés.

— Je sais pas, c’est la première fois que je vais devant un tribunal. »

« Vendre un poison à des gens déjà malades »

C’est en effet, à 26 ans, la première comparution devant un tribunal pour cet homme très précaire, atteint de troubles psy, les consultations chez son psychiatre et son psychologue en attestent. Cela amène une question, que le procureur pose à l’entame de son réquisitoire : « Pourquoi un monsieur primo délinquant se retrouve devant les comparutions immédiates du tribunal de Paris ? »

Le Crack. « Un véritable fléau, l’une des pires choses. Ça correspond à vendre un poison à des gens déjà malades », et en plus, c’est très bon marché. Il insiste sur la quantité de matière saisie, selon lui très importante, pourtant assez banale dans ces dossiers qui défilent devant la 23ᵉ chambre, et ponctue son propos d’un cinglant : « le tarif du parquet, c’est 10 grammes : un an. Je requiers quatre ans ferme avec mandat de dépôt et interdiction définitive du territoire français. »

Si le parquet raisonne en termes de répression, la défense pense santé et réinsertion. « Je ne vois pas en quoi le mettre sous méthadone à la Santé pourrait l’aider », et renvoie le parquet à ses devoirs : « Pourquoi ne pas planquer pour choper les modous ? Là, vous les aurez, les dealers qui se sont construit des maisons au Sénégal avec l’argent de la drogue. » Elle demande au tribunal de ne pas infliger de mandat de dépôt à son client.

Si la peine est largement réduite par le tribunal, Salam fera ses 18 mois de prison en détention. Il est de surcroît interdit du territoire français pendant cinq ans.

 

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