Tribunal de Pontoise : « C’est quand même un peu particulier vos déclarations »

Publié le 29/02/2024

Le prévenu de 22 ans a été interpellé avec 400 grammes de cannabis et au prix d’une petite course poursuite. Face à ses juges, il livre un récit tarabiscoté qui les laisse perplexes.

Tribunal de Pontoise : « C’est quand même un peu particulier vos déclarations »
Tribunal de Pontoise (Photo : ©J. Mucchielli)

La veille, quand il a été interpellé et placé en garde à vue à Cergy, Balla a dit que les 404 grammes de cannabis répartis dans les deux voitures dont il possédait les clefs étaient destinés à sa consommation personnelle, ce que le parquet n’a pas avalé, puisque Balla est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Pontoise pour usage, transport, détention, acquisition, offre ou cession de stupéfiants, ainsi que pour des outrages et une rébellion que le prévenu de 22 ans réfute également. La main sur le coeur et la mine grave, il déclare : « Je veux vous raconter la vérité ».

Puis, devant le tribunal attentif, Balla déroule son histoire :

« J’étais dans la voiture et les policiers sont arrivés à côté de moi. Je suis descendu, ils m’ont fouillé et pris la clef du deuxième véhicule, et comme je savais ce que j’avais sur moi, je me suis enfui. Quand j’arrive vers La Justice (le nom d’un quartier de Cergy, où les faits de déroulent, ndlr), je vois la policière qui me rattrape, je suis trop fatigué, j’ai mal aux jambes et j’ai très soif. Il y a des ouvriers à qui je demande de l’eau, et pendant ce temps-là je m’allonge et la policière me met la menotte gauche, et je lui demande si je peux boire avant qu’elle mette la droite, je prends une bouteille d’eau qu’on me tend et la policière se fait mal je ne sais pas comment.

« Y’a quand même un sacré tas de sachets »

– Mais Monsieur, la policière dit qu’elle a dû vous faire un croche-pattes pour vous mettre au sol et que vous avez résisté. La déposition est précise, je ne vois pas pourquoi elle aurait inventé ça.

– …

– Bon, on va reparler des stupéfiants, je n’ai pas bien compris.

– On a un groupe d’amis et je suis parti acheter pour 450 euros. J’ai mis ma consommation (88 grammes) dans la voiture noire que je conduisais, et celle de mes amis dans la voiture blanche (316 grammes), en attendant qu’ils arrivent.

– Donc en fait, vous confirmez ce que vous avez dit. Vous disiez que vous alliez dire la vérité, mais c’est exactement la même chose.

– Ah oui, oui, oui.

– Y’a quand même un sacré tas de sachets, Monsieur, et ça fait beaucoup de consommation.

– Oui, comme ça on n’y retourne pas pendant deux ou trois semaines.

– Et les traces brunâtres sur le cutter ?

– C’est du scotch.

– …

– C’est vrai, c’était pour ouvrir des cartons, je devais le rendre à un ami.

– Vous faites ça souvent ? Parce que vous êtes bien gentil de prendre les risques pour tout le monde.

– …

– C’est quand même un peu particulier Monsieur vos déclarations, je vous le dis. »

Un an de prison requis

La policière partie civile n’est pas présente à l’audience pour réfuter la version de Balla, à laquelle le tribunal ne semble accorder aucun crédit, comme au fait qu’il aurait acheté 400 grammes de cannabis pour sa consommation et celle de ses amis (à un prix, 450 euros, trop bas pour être crédible, ndlr). « Rien d’autre à ajouter ? » Balla semble hésiter à peaufiner son histoire, mais il se ravise et la présidente enchaîne. « Bon, on va passer à la personnalité », qui consiste pour Balla à : deux mentions au casier dont une incarcération. Livreur de profession, hébergé chez son oncle.

Pour la procureure, Balla ment et les policiers disent la vérité, c’est pourquoi elle demande de le condamner pour l’ensemble des infractions à 12 mois dont 6 mois assortis d’un sursis probatoire – sans réclamer de mandat de dépôt.

« Je pense que c’est important de faire preuve de rigueur »

L’avocat de la défense fait observer que le dossier ne contient pas d’éléments pour le condamner pour trafic : on peut le supposer mais pas le prouver. « Même si on est en comparution immédiate, je pense que c’est important de faire preuve de rigueur, comme la loi nous l’impose », tranche-t-il. Pour le reste, il ironise : « Sur la rébellion je me doute que c’est difficile de donner crédit à monsieur qui est dans un box alors que face à nous, on a un agent assermenté qui doit dire la vérité. »

Habile et perspicace, l’avocat obtient la relaxe sur la partie « offre ou cession » mais son client est condamné pour les autres délits à 8 mois de prison avec sursis probatoire

 

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