Tribunal de Pontoise : « En général, l’alcool génère la violence »

Publié le 02/08/2023

L’audience correctionnelle à juge unique examine le dossier d’un homme poursuivi pour des faits de violence dans un contexte de bagarre de rue sous alcool…en octobre 2015 ! Les souvenirs sont brumeux.

Tribunal de Pontoise : « En général, l’alcool génère la violence »
Tribunal de Pontoise (Photo : ©J. Mucchielli)

Au fond d’une salle minuscule du tribunal de Pontoise, des prévenus entassés sur des chaises pliables attendent leur tour. Il fait extrêmement chaud, les magistrats cuisent sous leur robe. Il n’y a ni fenêtre, ni aération, ni climatisation. Moissini, 41 ans, gabarit osseux, l’air maladif, se dirige par petits bonds vers la barre où il vient d’être appelé ; derrière ses grosses lunettes, il observe la juge qui transpire.

Cette audience à juge unique affiche au rôle une vingtaine d’affaires, et celle-ci est la plus ancienne. Ce 19 juin, Loissini est jugé pour des faits remontant au… 17 octobre 2015. En fait, il avait été jugé par défaut en 2021, et condamné à trois mois de prison pour sa participation à des violences en réunion, dans un moyen de transport collectif. Il a fait opposition à ce jugement l’année suivante, et une année supplémentaire a été nécessaire pour le faire comparaître en chair et en os – mais surtout en os.

La présidente ne perd pas de temps : « Vous avez toujours contesté les faits, est-ce encore le cas ?

— C’est toujours le cas », répond le prévenu d’un filet de voix éraillée.

« C’était une bagarre entre deux groupes alcoolisés »

Dans cette affaire, ses co-prévenus ont été jugés, et l’un d’entre eux l’avait mis hors de cause. « Mais, complète la présidente, il a aussi dit qu’il n’avait pas tout vu, et qu’il serait incapable de restituer les faits avec précision. Visiblement, il avait très envie de vous sortir de l’histoire », lui dit-elle.

« — Vous en êtes où de l’alcool ?

— C’était pas bon pour ma santé, j’ai arrêté.

— Parce que vous aviez quand même de sacrés problèmes d’alcool. Visiblement, c’était une bagarre entre deux groupes alcoolisés », résume la présidente.

Loissini replace sa banane portée en bandoulière et tente de se redresser, mais il reste implacablement voûté. La présidente résume les faits, qui demeurent à jamais nimbés de l’alcool excessivement consommé ce jour-là.

Le 17 octobre de l’année 2015, le dénommé Joseph traîne avec un dénommé Serge en gare de Persan, et retrouve un autre ami, Anto, qui est là avec sa femme. Un jeune homme prénommé Toufik les embête, les pousse, les insulte. Le petit groupe sort de la gare et là, « tout le monde nous tombe dessus ». Joseph se fait tabasser, frapper à terre ; il estime avoir encaissé une vingtaine de coups. Les agresseurs se seraient ensuite échappés à bord d’un Renault Espace gris.

La victime présente une blessure au niveau du scalp, à l’œil, au visage, la liste est interminable. Dix jours d’ITT (NDLR : Incapacité temporaire totale de travail) pour Joseph.

« Celui qui est toujours bourré »

Anto implique Loissini. Il l’a vu quand sa femme l’a repoussé en lui disant de ne pas le toucher : « un arabe saoul un verre à la main », lit la présidente. Puis Anto voit Loissini se mêler aux agresseurs et frapper son ami à terre. Il le reconnaît formellement pour l’avoir croisé souvent à la gare, en train de boire. Il le nomme : « celui qui est toujours bourré. »

Loissini reconnaît avoir été présent, mais nie avoir porté des coups. « Je suis arrivé au mauvais endroit, au mauvais moment.

— Vous étiez très alcoolisé, est-ce possible que vous ne vous rappeliez pas avoir frappé, Monsieur ?

— Non, j’allais acheter ma boisson, j’étais occupé à autre chose. Je n’ai pas participé. »

Les autres témoins confirment qu’il était là, mais sont incapables de dire s’il a participé.

« — Je ne sais même pas pourquoi je me suis retrouvé en garde à vue, précise le prévenu.

— Je vais vous expliquer. Vous êtes interpellé le 21 octobre 2015, et ça ne se passe pas bien avec les gendarmes. Vous êtes alcoolisé, vous tenez des propos incohérents (on a l’impression que c’est un état constant chez vous). Vous expliquez être intervenu pour les séparer. Peut-être qu’en s’interposant, un petit coup de pied au passage … », tente la juge.

Loissini secoue la tête négativement.

La juge détaille son casier : « Y’a pas mal d’alcool, et en général l’alcool génère la violence. » Mais pas de nouveaux faits depuis huit ans, c’est-à-dire depuis l’affaire que l’on juge.

« Monsieur a un comportement violent »

Il n’y a pas de partie civile, c’est donc au tour du procureur de prendre la parole : « Ça fait longtemps qu’on n’a pas de nouveaux faits, il n’empêche que c’était une période relativement sombre, et ce n’est pas que l’alcool : Monsieur a un comportement violent (NDLR : toujours sous l’emprise de l’alcool et plus depuis qu’il est sobre). »

« Au moment où il a commis les faits poursuivis, il était en état de récidive légale. Ce préambule pourquoi ? Parce que je crois que Monsieur est coupable. Nous n’avons pas de vidéo il est vrai, mais ce qui apparaît, c’est qu’un individu s’est fait tabasser par un groupe. Aucun n’a tenté de s’interposer ou de mettre un terme aux violences. » Loissini faisait partie du groupe et un témoin le désigne. Le procureur demande la confirmation de la peine de trois mois ferme initialement prononcée.

Loissini se défend seul : Il dit qu’il cherche à s’en sortir. Plus d’alcool, le permis en poche, il cherche du travail. La présidente : « Vous avez des problèmes de santé ?

— Non, ça va.

— Vous seriez d’accord pour faire des travaux d’intérêt général ? » Il fait la moue, semble hésiter : « Oui, d’accord ».

Le tribunal condamne Loissini à 105 heures de TIG.

 

 

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