Viviane Schmitzberger : « Je me bats pour trouver des solutions »

Publié le 14/04/2020 - mis à jour le 15/04/2020 à 10H49

La Caisse nationale des barreaux français (CNBF) a-t-elle une dette à l’égard des avocats qui lui imposerait de puiser dans ses deux milliards d’euros de réserves pour venir à leur secours dans le cadre de la crise sanitaire  ? C’est la position défendue par Xavier Autain, avocat au barreau de Paris et membre élu du Conseil national des barreaux (CNB), dans une lettre ouverte publiée le 12 avril.

 La présidente de la CNBF, Viviane Schmitzberger, lui répond.  

 

Mon cher Confrère,

 

Vos propos, dans une lettre ouverte, m’interpellent et c’est leur but

Vous prenez le soin de me rappeler la mobilisation sans précédent des avocats pendant plusieurs semaines pour défendre leurs régimes autonomes de retraite gérés par la CNBF.

Vous prenez la peine de souligner les difficultés économiques auxquelles nos confrères sont aujourd’hui confrontés au regard des conséquences de la crise sanitaire qui vient aggraver le lourd bilan des semaines de grève.

Je vous en remercie et vous rassure :

Rien de tout cela ne m’a échappé,

Rien de tout cela ne me laisse indifférente.

Mais tout cela me préoccupe en permanence.

Viviane Schmitzberger : "Je me bats pour trouver des solutions"
Photo : © tashatuvango/AdobeStock

Vous me reprochez d’avoir choisi l’orthodoxie financière (à l’instar du dogmatisme du gouvernement dans la réforme des retraites) pour refuser d’apporter une aide légitime à nos confrères, en me suggérant de m’affranchir, dans la situation exceptionnelle que nous connaissons, des textes de loi qui régissent le fonctionnement de notre Institution.

Votre suggestion, venant de la part d’un avocat, ne peut que surprendre et ne peut emporter les choix des élus de la CNBF, qui sont responsables et redevables à leurs confrères de la gestion à long terme des régimes de retraite.

La CNBF, vous ne pouvez l’ignorer, subit les effets délétères de la crise économique liée au coronavirus.

Elle a perdu en quinze jours, 9,5 % de ses actifs.

Vos élus ont le DEVOIR de se préoccuper des réserves qui sont un enjeu fondamental pour pouvoir, demain, servir les retraites aux 70.000 avocats.

Si la réforme des retraites est suspendue, il nous faut être particulièrement prudents et nous sommes sous le regard attentif de notre autorité de tutelle…

Si la réforme des retraites se fait, les réserves devront servir à amortir le choc de l’augmentation des cotisations…

Il ne vous aura pas échappé que les cotisations de tous les avocats vont baisser en 2020.

Par conséquent, les recettes de la CNBF vont diminuer ; ce qui fragilise l’équilibre du régime qui ne constituera pas de réserve cette année. Pour autant, la CNBF doit servir les mêmes prestations. Ne pas s’en préoccuper serait une faute de l’ensemble des Délégués de la Caisse.

Cher Confrère, il n’est point de « tas d’or » qui tienne et je me bats, avec vos élus depuis des semaines, chaque jour, pour trouver des solutions afin d’apporter toutes les aides possibles à nos confrères en difficultés.

 

Viviane Schmitzberger : "Je me bats pour trouver des solutions"
Photo : © lucid_dream/AdobeStock

De nombreuses pistes sont explorées, calculées (oui !), évaluées et nous avançons en équilibriste pour concilier les intérêts de tous et la sécurité du régime sans s’exposer à la censure de la tutelle. L’exercice est difficile mais, nous avons des propositions.

Vous faites le procès de la CNBF, alors même que le Conseil d’Administration est convoqué, ce que vous savez, et vous ne respectez donc pas la démocratie de notre Institution pour laquelle vous vous êtes battu.

Il est aisé de donner des leçons quand on n’est pas responsable.

Par respect des délégués, membres du conseil d’administration, les mesures seront décidées par ces derniers et la profession en sera rapidement informée.

En conclusion, ce dont vous pouvez être sûr, c’est que nous travaillons de manière acharnée ; nous sommes en contact direct et régulier avec le représentant de la tutelle pour imaginer des solutions progressistes et solidaires.

Nos choix ne sont guidés que par l’intérêt de nos confrères.

Je n’ai et n’aurai jamais d’autre engagement !!!

Soyez assuré, mon Cher Confrère, que la présente m’a été dictée par le seul souci de maintenir ensemble un cap, malgré la tourmente à laquelle nous sommes tous exposés.

La division et la critique ne sont pas, à mon sens, la meilleure manière d’y parvenir.

Je vous réaffirme être ouverte à toute discussion constructive et rester totalement dévouée à la Profession.

 

Viviane Schmitzberger

 

A lire aussi, l’interview de la présidente de la CNBF qui explique les contraintes auxquelles est soumise la caisse de retraite des avocats.

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