Seine-Saint-Denis (93)

Catherine Chalom : « Le secteur de l’économie sociale et solidaire se développe car les gens sont en quête de sens »

Publié le 04/08/2022 - mis à jour le 04/08/2022 à 9H46
Solidarité, entreprises, travail d'équipe
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Chaque année, la fondation Crédit Coopératif récompenses des acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) porteurs de projets inspirants. Lors de l’édition 2022 de ces « prix de l’inspiration en ESS », la fondation Crédit coopératif a récompensé 3 lauréats en Île-de-France, élus parmi les 177 candidatures reçues dans la région. Le jury a estimé qu’ils apportent des réponses concrètes à de nombreux défis de société, et qu’ils participent à une transition écologique et sociale en région francilienne. Catherine Chalom, présidente du comité de région Île-de-France du Crédit coopératif, nous en a présenté les grandes lignes.

Actu-Juridique : À qui s’adresse ce concours organisé par la fondation du crédit coopératif ?

Catherine Chalom : Depuis 1983, la fondation du Crédit coopératif organise des prix pour soutenir l’économie sociale et solidaire. Depuis 2019, ces distinctions s’appellent « prix inspiration en économie sociale et solidaire ». C’est donc la quatrième édition du concours sous cette forme. Il s’adresse à tous types d’organisations. Peuvent y participer des coopératives, des mutuelles, des associations, des entreprises d’insertion, des entreprises solidaires d’utilité sociale (ESUS). Le projet peut être en cours de démarrage. La seule condition est que ces structures aient au moins un an d’existence. Il n’est pas nécessaire qu’elles soient clientes du Crédit coopératif. Chaque année, je suis étonnée de constater que nombre d’entre elles ne connaissent d’ailleurs pas l’établissement.

Actu-Juridique : Comment êtes-vous devenue présidente du comité de région du Crédit coopératif ?

Catherine Chalom : Il y a 15 ans, j’ai fait une reconversion professionnelle. Diplômée de l’école centrale, j’ai abandonné une carrière de cadre chez Renault après avoir vu mon patron expliquer dans un amphithéâtre plein que le marché des 4-4 était un créneau porteur. Je voyais les délocalisations, les métiers en bas de l’échelle être de plus en plus précarisés. J’avais un parcours de salariée, je ne connaissais rien à la distribution alimentaire. J’ai voulu ouvrir une biocop, qui avait un accord avec le Crédit coopératif. Cette banque m’a permis d’emprunter. J’ai constaté ensuite que le Crédit coopératif n’a pas de coopératif que le nom. Il est structuré en comité d’agence, de département, de région. J’ai toujours été quelqu’un d’engagé, que ce soit en politique, pour l’écologie, ou comme parent d’élève ! Logiquement, je me suis donc engagée dans les comités du Crédit coopératif. Quand le président du comité de région Île-de-France a quitté ses fonctions, je venais d’ouvrir un deuxième magasin. Le crédit coopératif cherchait à se féminiser et à représenter l’ensemble de ses clients. J’étais une femme dynamique, je représentais la distribution bio engagée, un secteur important parmi les sociétaires du crédit Coopératif. On m’a proposé de devenir présidente du comité de région.

Actu-Juridique : Comment est organisé ce concours ?

Catherine Chalom : Ce concours est organisé par la fondation du Crédit coopératif. Il y a un premier filtre au niveau des agences de la banque. Elles communiquent sur le concours et motivent les entreprises ou associations de leur réseau en condition de candidater. Les structures doivent pour cela être capables de présenter des comptes ainsi qu’un site internet. Les candidats sont ensuite sélectionnés par un premier comité de région, qui les évalue en fonction d’une grille. Le processus de sélection se fait sur la base du bénévolat. C’est un investissement, car lorsque l’on fait bien les choses, regarder les sites et les comptes des entreprises prend du temps. La région Île-de-France est découpée en 3 zones : Paris intra muros, Île-de-France Est et Île-de-France Ouest. Chaque zone détermine un ou plusieurs lauréats. Il y a ensuite un concours au niveau régional puis national.

Actu-Juridique : Quel est l’objectif du concours ?

Catherine Chalom : Les lauréats obtiennent une dotation de 3 000 €, ainsi qu’un accès facilité à l’expertise de la fondation. L’objectif n’est pas juste de donner de l’argent à une structure. Il s’agit aussi de lui offrir de la visibilité. Nous organisons des remises de prix, auxquelles assistent des personnes de la fondation, des agences, des élus locaux ou régionaux. Cela donne lieu à des publications dans la presse. Vous ne pouvez pas imaginer le bonheur des lauréats, qui ont beaucoup travaillé dans des conditions ingrates, lorsqu’ils sont récompensés. Mon problème, chaque année, est de choisir entre les lauréats. À chaque fois, il y a beaucoup de projets trop chouettes !

Actu-Juridique : Quels sont les critères de sélection ?

Catherine Chalom : Le premier critère est l’innovation et l’originalité sociale. Sont récompensés en priorité des projets qui apportent des réponses à des nouveaux problèmes environnementaux ou sociaux. Viennent ensuite l’utilité locale, le potentiel de duplication, le potentiel de visibilité, la pérennité de la structure — l’objectif dans l’économie sociale et solidaire n’est pas de gagner de l’argent mais il faut quand même pouvoir survivre ! Nous avons intégré cette année un point bonus : l’exemplarité. Celle-ci peut résider dans le respect de l’égalité homme-femme, dans l’intégration de personnes handicapées, dans la gestion démocratique de la structure… Nous avons des grilles précises pour évaluer ces différents critères. Chaque projet est noté par les différents membres du comité de région, qui compte une personne par agence.

Actu-Juridique : Pouvez-vous nous présenter brièvement les 3 lauréats Île-de-France ?

Catherine Chalom : Cette année, le premier prix revient à l’association Droit et habitat, qui, depuis 2004 aide les personnes mal logées. Elle cible cette fois les femmes victimes de violences conjugales, dont on sait les difficultés qu’elles ont à trouver un appartement. Le deuxième prix revient au Club des six, implanté à Malakoff (92). L’association porte un concept vraiment innovant d’habitat partagé entre personnes handicapées, qui peuvent ainsi reprendre une vie individuelle et collective. Personnellement, je n’avais jamais entendu parler de cela auparavant. Le troisième prix revient à la Sauge, une pépinière urbaine biologique et participative située à Bobigny (93). Elle montre que cultiver permet de retrouver de l’autonomie. À Bobigny, plus qu’ailleurs, il y a des gens modestes, des enfants qui grandissent dans le béton, qui verront que les petits pois ne poussent pas dans des sachets en plastique. L’apprentissage via les enfants permet de toucher des familles entières. Souvent, les parents aussi doivent renouer avec cet apprentissage culturel. Ces projets peuvent se faire partout. C’est important que ces belles idées puissent être dupliquées. Tous les exemples positifs d’économie sociale et solidaire donnent envie d’être imités.

Actu-Juridique : Comment voyez-vous l’économie sociale et solidaire en Île-de-France ?

Catherine Chalom : C’est un secteur qui se développe, car de plus en plus de gens sont en quête de sens. Voyez ce qui s’est passé lors de la remise des diplômes à Agro Paris Tech. Je le comprends, car je suis passée par là, ainsi que plusieurs de mes camarades de promotion qui ont des trajectoires similaires à la mienne. Il y a quinze ans, j’ai assisté à une rencontre organisée par la fondation Ashoka. J’avais rencontré la créatrice des Jardins de cocagne, une entrepreneuse qui faisait des vêtements bio et équitables — ce qui, à l’époque, était très novateur. Je lui dois de faire ce que je fais aujourd’hui. L’économie sociale et solidaire fonctionne selon un cercle vertueux. Vous êtes inspirés par d’autres, et vous inspirez à votre tour. Avoir rencontré des gens inspirants vous rend inspirant. L’économie sociale et solidaire se diffuse par bouche-à-oreille parce que plein de projets méritent qu’on y consacre sa vie. Je vois des gens lâcher un doctorat pour devenir employé polyvalent, d’autres qui abandonnent des boulots de cadre pour ouvrir un magasin bio. Je pense qu’il va y avoir, à force, un problème de recrutement dans les grosses boîtes.

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