Rénovation du site Richelieu de la BNF : un chantier hors norme !

Publié le 27/06/2018

Depuis 2010, la Bibliothèque nationale de France (BNF) a entamé la rénovation complète de son site Richelieu. Haut lieu historique, rassemblant des collections inestimables dans les domaines des arts, de l’histoire et du patrimoine, il accueillera également l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) et l’École nationale des chartres (ENC). Cheng Pei, chef du projet, revient sur l’ampleur de ce chantier aux multiples enjeux.

C’est un chantier majeur du ministère de la Culture et de la Communication, réalisé avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Confiée à l’architecte Bruno Gaudin et ses équipes, la rénovation du site Richelieu, situé dans le centre de Paris, est un projet de grande envergure. La première partie a été achevée fin 2016 et la seconde devrait se finir d’ici 2021. Cela représente 10 ans de travaux avec un budget de 242 millions d’euros pour donner un nouveau visage aux 58 millions de m2 du bâtiment. S’il était indispensable de remettre l’édifice aux normes de sécurité, les trois institutions ont surtout la volonté de s’ouvrir plus largement au public.

Révéler l’histoire de l’architecture du bâtiment, mieux conserver les œuvres ou encore accueillir les nouveaux usages numériques font également partie des objectifs de la BNF. Ce lieu autrefois réservé à un petit nombre offrira demain aux citoyens, aux flâneurs ou aux touristes un parcours architectural et muséographique. Le musée présentera une sélection de pièces emblématiques choisies parmi les trésors des collections de la BNF et des expositions temporaires seront proposées dans la galerie Mansart. La magnifique salle de lecture Labrouste accueillera désormais la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art. Sa rénovation a été réalisée par Jean-François Lagneau, architecte en chef des monuments historiques, en charge de la réhabilitation des espaces classés. L’autre pièce prestigieuse de Richelieu, la salle Ovale, sera un lieu ouvert à tous, avec des documents en libre consultation, des dispositifs de médiation innovants, des rencontres et des conférences.

Avec la réunion de la BNF, l’INHA et l’ENC, Richelieu proposera une offre culturelle exceptionnelle pour l’étude de l’histoire, de l’histoire de l’art et des sciences du patrimoine. Ainsi, le site abritera les nombreuses collections de manuscrits, d’estampes, de photographies, de monnaies, de médailles et antiques, de cartes et de plans de la BNF, soit plus de 20 millions de documents. La bibliothèque de l’INHA mettra à disposition 1,7 million de documents, considérée comme la plus grande collection de livres et de revues en histoire de l’art et en archéologie au monde. La bibliothèque de l’École nationale des chartes rapporte, quant à elle, une collection riche de 150 000 volumes.

En plus d’accueillir un plus large public, Richelieu deviendra alors un véritable acteur de la recherche, proposant des ressources sans équivalents à l’international. Cheng Pei, chef du projet Richelieu, revient pour les Petites Affiches sur ce projet quasi pharaonique.

LPA 

Pourquoi ces travaux de rénovation étaient-ils nécessaires ?

Cheng Pei

Il y avait d’abord la nécessité de rénovation due à l’ancienneté du bâtiment. Beaucoup d’installations techniques n’étaient plus aux normes et la vétusté du bâtiment ne pouvait plus garantir la sécurité et la sûreté des collections. La deuxième nécessité est liée à notre politique vis-à-vis du public. Après le déménagement des imprimés du site de la BNF vers Tolbiac, nous nous sommes posés la question de l’avenir de Richelieu et des collections spécialisées. Si nous étions restés dans notre ancien mode de fonctionnement, ce site aurait été complètement décalé par rapport à ce qui est fait à Tolbiac. Il fallait faire quelque chose pour que le site soit à la hauteur des besoins des chercheurs et du public du XXIe siècle. Richelieu a toujours été identifié comme un endroit réservé à une poignée de chercheurs, donc nous avons décidé de l’ouvrir au plus grand nombre.

LPA 

Quels étaient les nouveaux enjeux ?

C. P.

Le principal enjeu est celui de proposer un accès libre et gratuit à tous les publics, c’est une volonté de l’établissement et du ministère qui est le maître d’ouvrage. Il y aura toujours des salles de lecture réservées aux lecteurs et aux chercheurs, mais la salle ovale, par exemple, sera désormais ouverte au public. Il y aura également le musée de la BNF, accessible à tous, installé au 1er étage du site, où sera exposée de façon permanente une sélection de nos chefs-d’œuvres.

L’autre enjeu est la réunion des collections des trois établissements, BNF, INHA et ENC. Nous proposons ainsi un centre de documentation et de conservation très riche, en matière d’histoire des arts et du patrimoine. Il s’agit de fédérer nos forces pour rester le premier centre dans ces domaines en Europe et consolider ce rayonnement international.

Salle de lecture Labrouste – 2018

DR

LPA

Quelles sont les difficultés rencontrées pour un chantier de si grande ampleur et comment les surmonter ?

C. P.

Pour un chantier comme cela, il y en a beaucoup. Tout d’abord, nous devons cohabiter avec le chantier, car la BNF a décidé de maintenir les activités du site pendant les travaux. Nous avons donc divisé le site en deux zones. La première zone a fini d’être rénovée en décembre 2016, les services et les collections ont été réinstallés. Maintenant, la deuxième zone est en travaux et cela peut provoquer des nuisances, surtout sonores. Cela fait partie de mon travail de prévenir et d’expliquer au chantier qu’il y a une bibliothèque à côté et aux agents qu’il faut aussi légèrement s’adapter. Une autre difficulté est la durée du projet de 10 ans. Cela implique des évolutions, car les besoins identifiés en 2011 ne sont plus forcément à jour. En même temps, il y a des engagements à tenir et il est nécessaire de maintenir le cap du projet si nous ne voulons pas entraîner des retards considérables.

LPA 27 Juin. 2018, n° 137k9, p.4

Référence : LPA 27 Juin. 2018, n° 137k9, p.4

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