Essonne (91)

Sommet du Grand Paris : « La revanche de la grande couronne »

Publié le 27/09/2022 - mis à jour le 27/09/2022 à 10H57
Grand Paris
Anton Shahrai/AdobeStock

« Métro, boulot, dodo, beau, écolo : quel Grand Paris voulez-vous ? ». Voilà la question posée par le Sommet du Grand Paris, rendez-vous annuel organisé par le journal La Tribune avec les notaires du Grand Paris. La nouvelle édition a eu lieu le 20 septembre 2022 au Pavillon Gabriel à Paris. L’une des tables rondes de la journée était intitulée : « La revanche de la grande couronne ». L’idée était de s’interroger sur les effets de la vague de départ de Paris vers sa périphérie.

Pour cet échange, la table ronde réunissait trois invités : Folaké Aguiar, fondatrice de Focus Cultures, Frédéric Labour, notaire à Sainte-Geneviève-des-Bois (91) et Grégoire de Lasteyrie, maire de Palaiseau (91), président de la communauté d’agglomération Paris-Saclay, délégué spécial de la région aux Mobilités durables. Le constat de départ est maintenant bien connu : après la crise du Covid et les confinements successifs, nombre de Parisiens et Parisiennes ont souhaité quitter la capitale soit pour la province, soit pour se déplacer à quelques kilomètres. La vague de départ de Paris intra-muros vers la grande couronne a donc eu des effets sur le marché immobilier.

Un des premiers effets, notait Folaké Aguiar, a été la nouvelle perception de ce territoire : « La grande couronne a longtemps été repoussée, stigmatisée mais aujourd’hui on se rend compte qu’il y fait bon vivre, que c’est propre et qu’il y a tout ce qu’il faut » ! Si d’un point de vue culturel de plus en plus de structures naissent et favorise l’écosystème local, le revers de la médaille est un prix au mètre carré en augmentation.

« Les gens étaient prêts à signer n’importe quoi »

« Bien sûr, le prix augmente », enchérit Frédéric Labour. Notaire dans l’Essonne depuis quinze ans, il connaît bien le marché. En 2020, il n’avait pourtant aucune idée de ce qui allait se passer. « J’ai très vite été rassuré, dit-il. Nous avons eu des appels sans cesse en septembre 2020. Les gens étaient prêts à signer n’importe quoi ». Les notaires ont été « débordés de travail pendant deux ans. Toutes les règles que l’on connaissait sur la saisonnalité, notamment des maisons, ont volé en éclat. On les retrouve depuis le début de l’année 2022 ».

Ce revirement de situation s’est fait ressentir du côté de Palaiseau également. Grégoire de Lasteyrie confirme : « Au lendemain du déconfinement, les agents immobiliers de la commune disaient qu’ils avaient engendré zéro euro de chiffre d’affaires en trois mois. Après le confinement, ils ont réalisé les ventes qu’ils font normalement en un an. Des biens ont été vendus parfois sans visite, parfois sur des montants conséquents » !

Au sujet du titre de la table ronde, il n’adhère pas à l’idée de « revanche » mais évoque plutôt « une redécouverte de la grande couronne et ses atouts », rappelant par exemple les 60 % d’espaces naturels de Paris-Saclay. « Chacun peut trouver sa bonne gradation entre être perdu au milieu de la nature ou s’installer au cœur de la ville, tout en étant proche de la nature ». Mais qui dit attractivité, dit nécessité d’équipements publics à la hauteur. Pour les logements, les souhaits sont clairs : c’est le rêve de la maison individuelle. Folaké Aguiar apporte cependant une critique à ces mouvements de population : « Il y a une énorme différence entre l’offre et la demande. À Évry, les gens qui y habitaient déjà sont obligés de s’éloigner du centre pour être logés. On recule pour être dans nos budgets… »!

Tassement du marché ou dynamisme ?

Boudée jusqu’à il y a peu, la grande couronne n’était pas attirante. La maison individuelle était d’ailleurs loin de faire l’unanimité. Frédéric Labour parle même du « parent pauvre » : loin des transports en commun, chère et loin de Paris, qui dit maison dit voiture. « Au 15 mai 2020, elle est devenue la perle rare », ajoute le notaire, précisant que le prix de l’immobilier augmente de 6 à 7 % par an dans le département. Pendant un an et demi, ce type de bien s’est vendu « non-stop ». Un dynamisme qui s’explique par un effet de rattrapage, mais aussi par le fait que les métropolitains « ont franchi l’A86 » avec un pouvoir d’achat plus important. « Aujourd’hui, les agents immobilier que je croise, racontent que la difficulté est de trouver le mandat pour une maison, mais dès qu’ils en rentrent une ils ont la certitude de la vendre. Donc je dirais que c’est plutôt la revanche de la maison en grande couronne » !Selon ce professionnel, « la condition de la maison est le télétravail » : « Pour ceux qui le peuvent ou pourront continuer à le faire, la maison gardera ses attraits »…

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