« À court terme, le Brexit va avoir un effet d’accélération de la dynamique de la place financière de Paris », constate Arnaud de Bresson

Publié le 17/12/2020

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a entraîné de nombreux mouvements d’entreprises. Depuis le référendum sur le Brexit, le 23 juin 2016, 369 projets d’investissements et de relocalisation d’activité sur le territoire européen ont été identifié. Ce qui représente près de 10 000 emplois, d’après une étude réalisée par Choose Paris Region et Paris Europlace. Paris Europlace est une organisation en charge de développer et promouvoir la place financière de Paris. Son directeur général Arnaud de Bresson détaille ces flux d’investissement engendrés par le Brexit et les facteurs d’attractivité de la région parisienne. 

Actu Juridique : Quelles sont les conséquences du Brexit sur la place financière de Paris ? 

Arnaud de Bresson : Le Brexit va se traduire par la perte du passeport européen pour les entreprises qui travaillent dans la finance à Londres. C’est-à-dire la perte de la possibilité d’accéder au marché européen depuis le Royaume-Uni. D’où la nécessité de développer, de relocaliser des activités, des équipes sur le continent européen pour toutes les sociétés qui veulent continuer à travailler avec l’Europe. De même, pour les entreprises internationales nouvelles qui veulent venir travailler sur le territoire européen, Londres n’est plus la porte d’accès. Il faut créer des implantations directement sur le continent.

AJ : Ce phénomène renforce donc la place financière de Paris dans l’Union européenne ? 

A. de B. : Sur le moyen et long terme, nous considérons que le Brexit n’est pas une bonne nouvelle, car nous sommes des européens convaincus. Puis, dans le monde d’aujourd’hui, le sujet est bien la compétition entre l’Europe comme un tout, les États-Unis et les pays asiatiques. Et que l’Europe doit être la plus forte. Cependant, à court terme, le Brexit va avoir un effet d’accélération de la dynamique de la place de Paris, avec la venue ou la relocalisation à Paris d’un certain nombre d’entreprises internationales, dans la banque, dans les fonds d’investissement, dans la gestion d’actifs, dans l’assurance ou encore dans l’innovation financière et les fintechs.

« À court terme, le Brexit va avoir un effet d’accélération de la dynamique de la place de Paris, avec la venue ou la relocalisation à Paris d’un certain nombre d’entreprises internationales »

AJ : D’ailleurs on constate que le secteur bancaire représente la majorité des projets d’installation d’entreprises en Île-de-France, suite au Brexit…  

A. de B. : Nous avons déjà actuellement 184 projets en cours d’implantation dans la région francilienne, d’après un bilan réalisé par Paris Europlace et la région Île-de-France à travers Choose Paris Region. Ces installations représentent 5 000 emplois directs. Parmi ces projets, 63 % sont dans le domaine de la finance avec à la clé un peu plus de 3 500 emplois.

AJ : Quelles sont les activités financières concernées par ces installations ? 

A. de B. : Conformément à l’étude que nous avons réalisée avec McKinsey, en 2016, les principaux acteurs concernés sont les banques de financement et d’investissement avec la venue à Paris déjà en cours de grandes banques internationales notamment américaines. C’est le cas de Bank of America, qui implante 400 postes dans un nouvel immeuble rue de la Boétie. JP Morgan a déjà réimplanté une centaine de personnes depuis deux ans. Il prévoit de faire venir 100 autres collaborateurs au mois de janvier dans des métiers commerciaux. Goldman Sachs a également prévu de réimplanter 120 personnes pour développer ses équipes à Paris. Il y a également des banques britanniques comme Barclays, qui a doublé ses effectifs de 100 à 200 collaborateurs ou encore Standard Chartered qui développe ses équipes. Ce phénomène concerne aussi les banques chinoises, qui depuis trois quatre ans ont créé des implantations à Paris comme ICBC, China construction bank, Exim bank et d’autres. Dans le domaine de la gestion d’actifs, des grandes sociétés internationales se tournent vers Paris. Blackrock a implanté un peu plus de 40 nouvelles personnes. Fidelity développe ses équipes. Il y a aussi le fonds d’investissement américain Citadel investment group que j’ai rencontré à New York au mois de janvier. Celui-ci confirme l’implantation d’une unité européenne à Paris dans la gestion d’actifs et le market making, c’est-à-dire l’intermédiation de marché. Dans le domaine de l’assurance, il y a le groupe Chubb, la suite du groupe AIG. Puis des jeunes fintechs, dans le domaine du paiement par mobile du big data par exemple, viennent s’implanter notamment à Station F et bénéficier de l’accompagnement du pôle Finance Innovation, entité de Paris Europlace. Tous ces exemples sont des installations d’entreprises étrangères. Mais des sociétés de gestion françaises présentes à Londres ont rapatrié ou rapatrient actuellement des équipes. Enfin, l’Autorité bancaire européenne avec 150 personnes s’est relocalisée de Londres à Paris.

tanaonte / AdobeStock

AJ : Quels sont les autres territoires en Île-de-France concernés par ces projets et avez-vous des exemples concrets ?

A. de B. : Il y a des implantations importantes dans le quartier de La Défense avec de grandes banques internationales, des sociétés de gestion, des salles de marché ou des back office. Il y a d’ailleurs encore de l’espace disponible dans ce quartier d’affaires. De leur côté, les fintechs et sociétés innovantes vont s’installer, par exemple, dans l’incubateur Le Swave situé dans l’Arche de La Défense. Et l’on retrouve des projets d’installation dans la petite couronne – Saint-Denis, Montreuil etc.  – et dans la grande couronne. On voit des implantations d’activités de back office jusqu’à Marne-la-Vallée. Ces projets concernent donc l’ensemble de la région Île-de-France. Puis, la Métropole du Grand Paris, avec le développement du projet du Grand Paris, va accroître l’attractivité de l’Ile-de-France pour l’implantation de nouvelles activités. Y compris, par exemple, sur le plateau de Saclay, à coté de HEC et l’école Polytechnique, qui au passage forment une grande majorité des talents français qui travaillent dans la finance, en France et au plan international.

AJ : Quels sont les autres secteurs concernés par des projets d’installation dans le contexte du Brexit ?

A. de B. : Il y a différents secteurs industriels, recensés par la Région Ile-de-France, et surtout près de nous la mobilité, l’industrie créative, le numérique, les secteurs d’innovation. Avec, également, des perspectives d’emploi importantes. Et pour accompagner les développements de la place de Paris, les sociétés informatiques, les cabinets d’avocats, les cabinets de conseil, les experts-comptables, qui font partie de la place financière elle-même, mais également les métiers de la restauration, des services, de la formation, etc. Ces activités vont attirer de nouveaux emplois. On considère qu’il y a un facteur multiplicateur de 1 à 3 ou 4 entre les emplois directs dans la finance et l’ensemble des emplois créés. Quand on parle de 3 500 emplois, c’est environ 15 000 emplois au total qui sont créés.

AJ : Quels sont les facteurs d’attractivité de la place financière parisienne, qui expliquent ces installations ?

A. de B. : La place financière parisienne a quatre grands atouts, qui expliquent ces relocalisations. D’abord, elle est adossée à la cinquième économie mondiale. C’est une place financière qui repose avec la région Île-de-France sur une zone économique de première importance. Et c’est la seule autre ville « globale », puissante économiquement et à activités différenciées, comparable à Londres. Tandis que Francfort est une ville régionale, comme Luxembourg ou Dublin. Deuxièmement, la place financière parisienne est déjà leader dans de nombreux domaines, comme les marchés actions, y compris avec la présence d’Euronext, aujourd’hui première bourse d’Europe, avec le rachat de la Bourse de Milan, devant le London Stock Exchange. La gestion d’actifs représente le double de l’Allemagne. Dans l’assurance, la France est numéro 1 de l’Union européenne des 27. Et l’agence londonienne New Financial indique  que « post-Brexit, Paris prend le lead comme capitale des marché financiers en Europe, avec 24 % de part de marché contre 20 % pour l’Allemagne. » Troisièmement, la place de Paris a une stratégie de long terme. Elle repose à la fois sur la consolidation de nos pôles de forces que je viens de décrire et sur l’accélération de notre positionnement dans  3 nouveaux domaines  prioritaires : finance durable, innovation financière et fintech, financement des infrastructures. Ce sont nos trois drivers pour l’avenir. Et notre stratégie, engagée sur ces nouveaux secteurs, participe à l’attractivité de la place de Paris. Notre objectif est que Paris devienne « la place du futur en Europe ». Notez, d’ailleurs, que nombre d’entreprises internationales choisissent la France comme terre d’accueil en Europe, précisément parce que notre pays est réputé comme l’un des plus innovants dans le monde et avec un environnement qui permet d’anticiper les innovations du futur. Enfin, l’environnement réglementaire et fiscal français est maintenant très compétitif avec les réformes réalisées depuis ces dernières années. Je pense en particulier à l’impôt sur les sociétés, dont la baisse progressive a été engagée depuis 2016 et dont le gouvernement a confirmé récemment qu’il sera ramené 25 % en 2022. Tout cela fait de Paris le leader en matière de relocalisations post-Brexit en Europe.

« Notre objectif est que Paris devienne « la place du futur en Europe » »

A. J. : Globalement, quelles sont les actions concrètes menées par l’organisme Paris Europlace pour développer la finance du futur ?

A. de B. : Nos trois priorités sont l’innovation financière et Fintech, la finance durable et le financement des projets d’infrastructures. Sur le premier sujet, nous avons créé en 2008 le pôle de compétitivité mondial Finance Innovation. Celui-ci a été pionnier pour identifier et accompagner le développement des fintechs en France. Aujourd’hui, nous avons identifié 1 000 fintechs dans la région Île-de-France et le pôle en accompagne entre 600 et 700 à travers des actions de labélisation de projets, de mise en relation entre ces sociétés et des capitaux investisseurs et en accompagnant ces start-up au plan international, avec l’aide de Paris Europlace, pour rencontrer clients et investisseurs. Nous concourrons ainsi à l’accélération du développement des fintechs en France. Pour ce qui est de la finance durable, c’est un sujet que nous avons en réalité abordé dès le début des années 2000, en mettant en place plusieurs groupes-projets sur les thèmes notamment de l’investissement responsable et de la finance environnementale. Et nous avons tenu, en 2015, le premier grand « Climate finance day international », dans le cadre de la Cop 21 à Paris. Puis en 2017, nous avons créé l’entité « Finance for tomorrow », qui réunit entreprises de la place de Paris les plus actives en matière de finance durable et notamment environnementale. « Finance for Tomorrow » accompagne et mesure les engagements des banques, sociétés d’assurance, sociétés de gestion, en matière  de désinvestissement du carbone, d’investissement dans les énergies renouvelables, de lancement de nouveaux fonds dédiés à l’environnement et à la biotech. Ainsi que pour l’accélération de la finance sociale et solidaire sur la place de Paris. Enfin, Paris Europlace a lancé le Forum international de Paris sur le financement des grands projets d’infrastructures dans le monde pour, à la fois, mettre en valeur la qualité de l’écosystème français dans ce domaine, faire le point des projets qui se développent en France et au plan international, et dialoguer avec les autorités réglementaires au plan français et européen. L’ensemble de ces secteurs vont accélérer leur développement post-Covid, c’est la traduction du changement de modèle de l’économie mondiale. Et Paris compte bien consolider son positionnement sur ces différents secteurs du futur.

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