Paris (75)

L’accompagnement des personnes à risque ou atteintes du Covid-19 au sein des entreprises

Publié le 22/03/2021 - mis à jour le 22/03/2021 à 18H51

L’association régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract), contribue à la mise en place de politiques publiques nationales et régionales. Cette structure de droit privé, administrée paritairement et financée par des fonds publics, accompagne les organisations (privées ou publiques), les branches, les territoires et les entreprises face aux enjeux liés aux conditions de travail. L’Aract Île-de-France a donc un rôle à jouer dans cette période de crise pour accompagner la reprise d’activité des personnes atteintes du Covid-19 et des personnes particulièrement à risque.

Comme les autres agences régionales du réseau, l’Aract Île-de-France expérimente, conçoit et impulse des méthodes d’amélioration des conditions de travail en agissant sur trois leviers : l’organisation du travail, le dialogue social et le développement des compétences. Son approche est participative et capitalise sur les expériences réelles pour mettre en lumière les bonnes pratiques, parfois innovantes, et les diffuser auprès des entreprises et des acteurs relais.

Les agences régionales pour l’amélioration des conditions de travail collaborent avec tous les partenaires sociaux mais également avec les chefs d’entreprise afin d’obtenir une implication forte à tous les niveaux. Parmi les domaines d’action, outre la qualité de vie au travail ou encore le développement de l’égalité, l’Aract Île-de-France intervient en matière de santé et de prévention des risques professionnels.

Covid-19 : personnes à risque, que faire ?

Comme le rappelle Szabo Gay Otelia, médecin du travail au Centre de médecine du travail et de santé au travail (Ciamt) de Paris, plusieurs décrets ont défini les personnes à risque, bien identifiées selon l’âge et les différentes pathologies : « Au quotidien, la question est traitée de façon individuelle selon le poste de travail, selon les aménagements possibles afin de limiter les risques et assurer le respect du protocole sanitaire. Lorsqu’une personne est considérée comme étant à risque, il est conseillé de se manifester auprès de la médecine du travail. Le médecin du travail peut accompagner la personne, il est en mesure d’évaluer les risques et d’identifier si des aménagements sont possibles afin de maintenir l’activité professionnelle ou, dans le cas contraire, de bénéficier d’un certificat d’isolement ».

Afin de respecter le secret médical, il est en effet conseillé de se manifester en priorité auprès de son médecin traitant ou de la médecine du travail. L’Aract Île-de-France préconise par la suite d’en parler à son employeur afin d’identifier les aménagements et adaptations de l’organisation ou de l’environnement de travail à mettre en place pour permettre au salarié à risque ou déjà atteint de continuer à travailler.

« La situation sanitaire actuelle peut avoir un impact variable sur les personnes selon leur réalité personnelle (état de santé, cadre de vie, soutien familial, précarité) et la réalité professionnelle (en activité, en télétravail, au chômage partiel) », poursuit la docteure Szabo Gay Otelia. Un accompagnement réalisé par différentes structures est très important dans cette période afin de permettre l’accès rapide à différentes formes d’aides : services sociaux, informations de proximité sur le soutien psychologique, disponibilité des services des ressources humaines et des services de santé au travail, démarches collectives d’entraide ».

L’Aract Île-de-France insiste sur le fait qu’ « il est nécessaire, durant cette crise sanitaire, de maintenir le lien social entre le manager et son équipe mais aussi entre collègues, de surcroît quand les salariés sont en télétravail ou au chômage partiel, pour rompre l’isolement social et maintenir le lien avec le travail et ses différents acteurs ». C’est ce maintien des relations via l’organisation de réunions d’équipe, de temps individuels avec le manager ou de temps d’échanges informels par téléphone qui permet, toujours selon l’association, de construire un cadre sécurisant qui facilitera le retour au travail.

Photo : ©Nischaporn/AdobeStock

Préserver la santé, un enjeu primordial

Les maladies chroniques évolutives concernent près de 15 % de la population active. Pour accompagner ces personnes, l’Aract propose une démarche en trois étapes. D’abord, en mettant en place une démarche globale plutôt qu’une approche individuelle et spécifique. Puis, en prenant en compte les impacts des maladies chroniques évolutives sur le travail, l’objectif étant ensuite de les intégrer dans l’organisation de l’entreprise tout en atteignant la performance attendue. « Compte tenu des difficultés pour aborder les questions de santé des travailleurs, se focaliser sur les situations de travail permet de traiter l’impact des pathologies au travail, sans trahir le secret médical ou la confidentialité des situations », précise l’agence régionale. « La focalisation sur les situations de travail permet une construction collective des actions, centrée sur les questions d’organisation, d’ambiance, d’espace, de matériel, d’effectif, de relations professionnelles, d’information ».

Le travailleur atteint d’une maladie chronique évolutive ou d’un cancer peut connaître une variabilité de sa performance de travail du fait de la fatigue engendrée par la maladie, d’où nécessité de prendre des traitements sur le lieu de travail et/ou de potentiels effets secondaires. Cela peut entraîner de l’absentéisme, de la désorganisation, des tensions possibles dans les relations de travail impactant alors la productivité de l’entreprise. L’un des moyens d’action pourrait être un aménagement des horaires de travail du salarié malade, un assouplissement du nombre de jours en télétravail, la mise en place d’une assistance pour le trajet domicile-travail, un aménagement du poste avec une révision de la répartition du travail au sein de l’équipe ou encore une organisation de deuxième niveau en cas d’absence inopinée…

Enfin, l’Aract Île-de-France recommande de coordonner une pluralité d’acteurs des sphères santé, institutionnelle et professionnelle. Parmi ces acteurs, trois sont en première ligne : le médecin du travail, spécialiste du « corps travaillant » ; la direction des ressources humaines ; le manageur de proximité, garant de l’efficacité du collectif et trop souvent oublié.

Cette méthodologie est compatible avec la crise du coronavirus. Dans la situation actuelle, l’agence recommande aux entreprises d’intégrer dans leurs démarches de prévention et de maintien dans l’emploi, les impacts des maladies sur le travail.

Rompre l’isolement

Szabo Gay Otelia ajoute que « Dans une période de crise, il est important d’identifier dans chaque entreprise une structure compétente, dont la taille est proportionnelle à celle de l’entreprise : service RH, référent Covid, représentant du personnel, etc. Chaque salarié doit avoir accès à cette information et se référer à cette structure compétente qui peut orienter les individus selon la spécificité de leur problématique. En règle générale, une situation de crise ne doit pas changer l’approche prioritaire dans la démarche de prévention : identifier, évaluer, prioriser et prendre des mesures de protection ».

Pour ne pas ancrer les personnes à risques dans des situations d’isolement, il faut analyser les situations de travail et revoir les aménagements déjà en place au regard de leurs compatibilité avec les changements induits par la crise sanitaire pour permettre aux personnes à risque de continuer à travailler sans se mettre en danger.

Malgré son expertise sur les questions de maintien dans l’emploi des personnes à risque ou atteintes de Covid-19, l’Aract a été peu sollicitée à ce propos au sein de la région Île-de-France. Elle l’a été majoritairement via le dispositif Objectif Reprise (OR) avec des demandes de plus en plus nombreuses autour de la prévention des risques psychosociaux, de la question du télétravail et du management à distance ou de management d’équipes fractionnées (présentiel et distanciel). S’il est encore trop tôt pour se prononcer sur un éventuelle augmentation des personnes dites « vulnérables » au sein des entreprises, on peut s’attendre à une incidence négative du premier confinement de mars 2020 sur l’état de santé des personnes qui ont suspendu ou espacé leur prise en charge ou accompagnement médical au regard de la situation des hôpitaux à la même période. Ce facteur, combiné aux mutations des organisations de travail, subies ou accompagnées, nécessitera selon l’Aract Île-de-France, une analyse lorsqu’elle pourra avoir le recul nécessaire. « Afin d’évaluer les conséquences de cette crise, nous devons identifier et accompagner les situations selon leur évolution, surveiller et agir à travers une démarche collective », conclut Szabo Gay Otelia.

À lire également

Référence : LPA 22 Mar. 2021, n° 160d5, p.7

Plan
X