Le Val-de-Marne met l’entrepreneuriat à l’honneur

Publié le 07/07/2016

La Chambre de commerce et d’industrie du Val-de-Marne organisait pour la première fois ses « Trophées de l’entreprise du Val-de-Marne » le 2 juin dernier. La cérémonie, tenue dans les locaux à Créteil, était destinée à récompenser les femmes entrepreneures et les entreprises de l’agroalimentaire.

Avec les Trophées de l’entreprise 2016, la CCI du Val-de-Marne avait un objectif bien précis en tête, celui de stimuler l’esprit entrepreneurial dans un département réputé pour son volontarisme en termes d’innovation. Le jury des Trophées, constitué des membres du Bureau de la CCI, s’était réuni en mai pour désigner les lauréats parmi deux catégories : les jeunes entreprises créées et dirigées par des femmes et les entreprises du secteur de l’agroalimentaire. Un secteur non négligeable dans le département avec des entités telles que Rungis. Le premier prix consistait en un chèque de 10 000 € et le deuxième prix gagnait une prestation d’accompagnement à l’entreprise par la CCI Val-de-Marne.

C’est Gérard Delmas, président de la CCI, qui a remis les trophées aux quatre lauréats le 2 juin dernier. Pour les trophées de la femme entrepreneure, la société Wolfox a remporté le premier prix pour leur site web www.logostudio.fr qui permet de générer un logo en moins de 15 minutes. Sur la deuxième marche du podium figurait FreshRelay, entreprise d’e-commerce de produits alimentaires d’artisans livrés en vélo depuis Vincennes. Quant aux trophées de l’entrepreneur agroalimentaire, c’est La Boîte à Champignons – Upcycle (spécialisé dans une démarche d’économie circulaire de champignons) qui remporte le premier prix, le second ayant été accordé à Noona, une entreprise qui accompagne les futurs parents vers une parentalité solidaire via des ateliers interactifs dans les crèches et les entreprises. Arnaud Ulrich, cofondateur de La Boîte à Champignons – UpCycle, revient pour Les Petites Affiches sur sa victoire.

Les Petites Affiches – Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

Arnaud Ulrich – C’est un projet de passionnés d’agricultures urbaines. L’idée est d’utiliser ce que l’on retrouve dans la ville, et de transformer des déchets urbains en alimentation de qualité. Au départ, nous avons décidé de devenir producteurs, nous avons créé nos propres systèmes de culture que nous exploitons et distribuons. Concrètement La Boîte à Champignons cultive des pleurotes sur du marc de café à Rungis. On travaille avec des maraîchers pour récupérer le substrat une fois qu’il a donné des champignons. Cela permet d’enrichir le sol.

Enfin, nous développons des gammes de produits qui peuvent permettre à d’autres personnes de faire comme nous. Ce sont les boîtes à champignons disponibles sur www.laboiteachampignons.com, par exemple. Notre démarche est de récupérer les résidus urbains pour les exploiter. Nous n’utilisons pas le mot déchet, car cela n’existe pas pour nous : le déchet est seulement une ressource pour laquelle on n’a pas encore trouvé d’utilité.

LPA – Quel est votre parcours ?

A. U. – On a lancé ce projet il y a quatre ans avec mon associé, Grégoire Bleu. Ce qui nous a motivé et nous a permis de nous investir, c’est l’idée de faire quelque chose de nouveau, et surtout quelque chose qui nous plaît vraiment ! À La Boîte à Champignons, on travaille avec un tas de partenaires passionnants, des gens impliqués dans leur métier et qui veulent innover avec nous. Avec eux, on partage des intérêts communs que ce soit pour l’écologie, les nouvelles manières de produire ou les produits de qualité. On travaille notamment avec des chefs, des entreprises d’insertion, des maraîchers, des torréfacteurs… Des gens tous très différents.

LPA – C’était votre premier projet entrepreneurial ?

A. U. – Auparavant, je travaillais dans la distribution, mon associé lui était dans une entreprise de commerce équitable. J’avoue que ça a été un très grand changement pour moi. Même s’il y avait une dimension entrepreneuriale dans mon ancien métier, j’ai dû tout réapprendre. Ce qui est essentiel dans ce projet c’est de penser, inventer, mettre en œuvre… Et puis de diffuser et trouver comment on peut transmettre ce qui nous anime. On a eu des retours très positifs jusqu’à aujourd’hui : les gens sont très intéressés par ces nouvelles méthodes de culture et ont envie d’y prendre part.

LPA – Comment avez-vous trouvé le financement pour ce projet ?

A. U. – Rien n’est simple lorsqu’on monte une entreprise, mais il faut avouer que la France est assez bien pourvue sur ce point. Nous avons beaucoup de structures, de cadres légaux et de nombreuses choses sont faites pour accompagner l’entrepreneur. Avec La Boîte à Champignons nous sommes passés par des organismes comme Val-de-Marne Active pour l’initiative (VMAPI, antenne départementale de France Active) qui accompagnent les entreprises sur leur développement et fournissent des conseils sur le financement. Évidemment il est nécessaire de passer par un investissement initial sur nos fonds et enfin la BPI nous a accompagnés. C’est un projet semi-industriel donc il y a forcément besoin d’investissements un minimum conséquents.

LPA – Est-ce qu’il est compliqué d’entreprendre aujourd’hui ?

A. U. – Lorsqu’on monte sa boîte, on se retrouve forcément face à de nombreux défis. Mais je ne pense pas qu’il y ait tant de barrières que ça. Les gens sont plutôt réceptifs aux messages des entrepreneurs. Ils sont motivés. Le défi c’est d’arriver à se mettre à l’écoute de ce que veulent les clients, mais aussi de concilier deux problématiques : faire quelque chose de nouveau différemment tout en arrivant à rejoindre les attentes de nos clients.

LPA – Quelles sont les qualités nécessaires pour devenir entrepreneur ?

A. U. – Il est nécessaire de persévérer, et de savoir que tout ce que l’on fera, on le fera tout seul. Tout le monde a des contraintes et ses propres soucis à gérer, donc personne ne va vous prendre par la main pour vous aider à monter votre boîte. Donc il faut être autonome et persévérant. Il faut aussi accepter d’être moins bien payé que si vous étiez salarié et accepter le regard des autres, parce que lancer une boîte aujourd’hui c’est un peu un projet fou.

LPA – Le Val-de-Marne a-t-il des spécificités pour les entrepreneurs ?

A. U. – De notre point de vue c’est déjà une vraie chance avec des entités telles que Rungis, il y a des infrastructures de transports importantes. La proximité de Paris est un gros avantage, et puis on retrouve de nombreuses initiatives sur le département telles que les éco-acteurs qui est en phase avec ce qu’on fait. Il y a du répondant au niveau départemental, ce qui est très intéressant pour nous. On voit que le Val-de-Marne nous suit et qu’on n’est pas complètement à côté des enjeux du territoire sur lequel on évolue.

LPA – Que peut vous apporter le trophée de l’entrepreneur distribué par la CCI ?

A. U. – Une victoire ! La vie de l’entrepreneur a besoin de ces victoires pour nourrir l’enthousiasme indispensable à l’initiative… Une entreprise c’est plein de défis, de difficultés à surmonter, mais c’est parfois aussi des petites victoires. Et plus que l’argent, c’est ce type de victoire qui constitue le carburant pour les entrepreneurs. Avoir une reconnaissance institutionnelle c’est avant tout valorisant, mais c’est aussi de la visibilité, de la légitimité auprès d’autres acteurs et une fois de plus c’est un encouragement.

LPA – Comment voyez-vous le futur ?

A. U. – Nous allons continuer à développer notre outil de production et créer une boîte à outils sur notre site internet accessible pour tout le monde. L’objectif, c’est de nous rapprocher toujours plus des maraîchers, des entreprises et particuliers qui veulent faire la même chose que nous. Une boîte à outils, cela veut dire un site internet avec beaucoup de contenus et de tutoriels pour s’approprier la démarche. L’idée est que les gens puissent faire leurs ces techniques que ce soit en entreprise, à la maison ou dans une exploitation agricole. Notre philosophie c’est que chacun à son niveau peut être acteur. L’autre enjeu c’est de continuer à proposer de nouveaux produits en utilisant d’autres résidus urbains non exploités, les drêches de bière (résidus de la distillation des céréales), par exemple, pour les valoriser et s’en servir.

Les entrepreneurs récompensés par les Trophées de l’entreprise du Val-de-Marne.

DR

À lire également

Référence : LPA 07 Juil. 2016, n° 118h8, p.4

Plan