Les listes UNIPEC emportent des élections CCI sur fond de faible participation

Publié le 29/11/2016

Les élections des représentants des chambres de commerce et d’industrie (CCI), qui se déroulaient du 20 octobre au 2 novembre, ont vu les listes UNIPEC (conduites par le Medef, la CGPME et leurs partenaires) rafler la majorité des sièges sur les départements du Grand Paris. Si le scrutin s’est déroulé sans accrocs, le faible taux de participation fait office d’ombre au tableau, d’autant qu’il est en recul par rapport aux années précédentes.

C’est le premier enseignement que l’on peut tirer de ces élections consulaires 2016 : elles n’ont pas su mobiliser les chefs d’entreprises et cadres dirigeants appelés à voter. La moyenne du taux de participation, déjà faible au niveau national (10,37 %), chute à 4,25 % sur le Grand Paris.

C’est moitié moins que la moyenne des élections de 2010 (18,2 %), elle-même en recul par rapport aux deux précédentes éditions.

La tendance s’inscrit dans la durée et inquiète de plus en plus les responsables du réseau des chambres de commerce, car c’est la légitimité des CCI qui risque de s’écorner progressivement.

Les causes sont multiples, l’organisation du scrutin durant les vacances de la Toussaint a sûrement impacté de manière particulièrement négative la mobilisation.

Mais le manque d’enjeu du scrutin doit aussi être pris en compte : la plupart des chambres n’avaient qu’une seule liste en lice et une grande partie des chefs d’entreprises et cadres dirigeants appelés à voter comprennent mal quel est le rôle des chambres de commerce et de leurs représentants.

Ceux-ci auront certainement un effort important à fournir pour mener des actions pédagogiques auprès des entreprises et mieux expliquer leur importance.

Sur le Grand Paris, le label UNIPEC a permis de rassembler la grande majorité des votes dans les départements où il était présent. Fruit de la coopération entre le Medef Île-de-France, la CGPME Île-de-France et une centaine de fédérations professionnelles, les listes d’union ont obtenu 156 élus sur les 166 candidats qui siégeront pour les cinq années à venir dans les chambres départementales et la chambre régionale.

L’installation des élus à la chambre régionale aura, quant à elle, lieu le 1er décembre, une fois que les nouveaux représentants auront à leur tour désigné un président et son équipe. Éric Berger, président de l’UNIPEC, revient sur ces élections pour les Petites Affiches.

Les Petites Affiches – Quels sont les enseignements que l’on peut tirer de ces élections ?

Éric Berger – Ces élections sont très positives pour les listes UNIPEC, sur les 166 candidats présentés nous en avons remporté 156, ce qui est un très beau score. Il n’y a pas non plus de triomphalisme cependant, car la victoire est relativisée par le faible nombre de votants qui se sont mobilisés sur les 420 000 possibles.

LPA – Comment expliquer cette abstention ?

É. B. – Il y a différents facteurs : nous avons d’abord eu quelques problèmes purement techniques en ce qui concerne l’arrivée des bulletins et la mise en place du mode de vote, même si cela reste un facteur inhérent à ce type de scrutin, mais on peut ajouter à cela le fait que ces élections se soient déroulées en plein durant les vacances de la Toussaint. Au final, on constate que nous sommes à 4 % dans la région contre 10 % pour la moyenne nationale, alors que nous représentons un tiers du PIB français.

C’est inquiétant, car cela montre que le monde économique et les entreprises ne savent pas à quoi servent les chambres de commerce. Si c’était le cas, les entreprises seraient bien plus intéressées à aller voter pour des personnes qui les représentent. En analysant les chiffres, on se rend compte que sur les trois collèges (les services, les petits commerces et l’industrie), c’est plutôt l’industrie qui a voté, les autres se sont peu ou pas mobilisés. Il y a 20 ans, l’industrie représentait 40 à 50 % du poids économique de la région, aujourd’hui elle ne représente que 20 % à cause de la désindustrialisation. Ce sont les petits commerces et services qui ont pris le relais, et visiblement ils ont du mal à voir l’intérêt de ces chambres.

LPA – N’y a-t-il pas aussi des mesures à prendre pour améliorer la visibilité des chambres de commerce auprès des chefs d’entreprises ?

É. B. – De notre côté, nous avons tenté de lancer une campagne de communication assez importante sur ce sujet. Mais il est certain que les gens ne se sentent pas concernés, même s’ils savent que ce sont eux qui les financent, ils ne comprennent pas bien notre rôle. Peu de gens savent que ce sont les chambres de commerce qui gèrent HEC par exemple. C’est un travail à faire tout au long du mandat, et j’espère que le prochain président en prendra conscience et essayera de modifier cet état de fait. Le risque avec ces scores est qu’un jour l’État décide de faire sans nous et préfère garder l’argent qui est utilisé pour soutenir le territoire.

LPA – Comment voyez-vous l’avenir pour l’UNIPEC ?

É. B. – UNIPEC n’est pas utilisé que dans le seul cadre des élections consulaires, cette union avec nos partenaires servira également pour l’élection des juges de tribunaux de commerce, pour l’élection des juges de prud’hommes, etc. C’est une activité pérenne et nous allons continuer à travailler avec la CGPME pour avoir des listes qui représentent au mieux le panel des entreprises franciliennes.

LPA – Quels seront les enjeux pour les CCI d’Île-de-France sur les cinq ans à venir ?

É. B. – Il faut montrer au monde économique francilien que nos chambres se battent pour lui, que ce soit au niveau départemental ou régional. Nous devons avoir un poids suffisant vis-à-vis de la région pour pouvoir parler du schéma directeur économique international, amener notre pierre à l’édifice et ne pas laisser faire uniquement les politiques. Le monde économique sait ce qu’il lui faut, et nous sommes capables de partager cette vision avec nos politiques. Sur ce mandat, nous serons également les intermédiaires pour demander à la présidente de la région d’aider nos entreprises, de trouver les solutions sur certains problèmes ou encore de garder une fiscalité assez stable. Tout ça se passe au niveau régional, et il y aussi les problèmes de la taxe transport ou de la CVAE… Il faut être vigilant pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’abus et que les entreprises ne soient pas ponctionnées inutilement. Bref, notre rôle est de défendre les entreprises pour que celles-ci puissent faire un business plan qui tienne la route et ne pas se préoccuper de gérer des enjeux à ce niveau.

LPA – De nombreuses voix s’élèvent contre le projet de loi de finances 2017 qui prévoit de diminuer la taxe allouée aux CCI, quelle est votre position sur le sujet ?

É. B. – Ce qui se passe est assez évident : l’État voit qu’il y a de l’argent dans les caisses pour faire fonctionner un système et comme il ne le considère pas comme une nécessité, il va tenter d’en récupérer une partie. Je m’insurge contre cette idée, l’État doit laisser l’argent des entreprises retourner vers elles. Ce sont les entreprises qui ont la gestion de la chambre. Si l’État s’est permis de faire ça, c’est une fois encore parce que lorsqu’il s’aperçoit que seulement 10 % des votants viennent au niveau national, ils expliquent que l’on ne représente rien !

On doit considérer cela comme une alerte rouge et il faut que l’on démontre l’utilité de nos chambres. Il ne faut pas que le scénario de ce qui est arrivé aux agences de bassins se reproduise pour les CCI. Nous devons nous battre pour les chambres de commerce et pour que l’argent prélevé aux entreprises soit consacré au développement économique de ces dernières.

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Référence : LPA 29 Nov. 2016, n° 122m5, p.4

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