Fusions / acquisitions : « l’année 2021 est véritablement très active »

Publié le 21/07/2021 - mis à jour le 21/07/2021 à 18H57

Dans le domaine des fusions et acquisitions, 2020 a été une année sur courant alternatif. Frappé par la crise sanitaire, les opérations ont chuté de 40 % au premier semestre. Avant de connaître durant la deuxième partie de l’année un effet de rattrapage. Finalement, la diminution a été limitée à 20 % en un an, selon les données du groupe In Extenso, avec 339 opérations réalisées, dont le montant de la valorisation s’établit entre 5 et 50 M€. L’Association pour le financement et la transmission des entreprises (Afite) regroupe près de 350 professionnels du conseil en fusion-acquisition, en France. Elle travaille sur le professionnalisme de ses membres, sur la visibilité du métier auprès des chefs d’entreprise et sur des services à apporter aux adhérents de l’association. Pour Actu-Juridique, le président de l’Afite, Vincent Juguet analyse la conjoncture actuelle de l’activité des fusions et des acquisitions en fonction des types d’entreprises et de leur stratégie.

Actu-Juridique : Quelle est globalement la tendance de l’activité fusion et acquisition en ce début d’année 2021 ?

Vincent Juguet : L’année 2021 est véritablement très active. Les opérations en cours de négociation, actuellement dans les tuyaux, commencent à se multiplier. Si nous revenons sur l’exercice 2020, l’arrêt de l’activité dans les fusions et les acquisitions a été fort, notamment lors du premier confinement. Nous avions des incertitudes importantes sur le lendemain alors que l’année 2019 avait été très positive. Les opérations sont reparties de manière correcte et même forte lors du deuxième semestre 2020. Le deuxième confinement n’a pas arrêté l’économie comme au mois de mars. Par conséquent, les transactions n’ont baissé que de 20 % sur l’année 2020 par rapport à 2019, alors qu’à la fin du premier semestre 2020, nous constations une chute de 40 % des opérations. L’année 2021 reste sur la même tendance que sur le deuxième semestre 2020. Le marché est actif dans le sens où les acteurs s’interrogent et nous interrogent.

AJ : Quel est le comportement des acteurs concernant les fusions et acquisitions ?

V. J. : D’un côté, les grands groupes sont acheteurs. Ils sont opportunistes. La croissance organique est peut-être compliquée. Puis, ils ont passé une année 2020 sans être trop pénalisés. Ils ont donc la possibilité d’être à l’achat.

En revanche, en 2020, le coup d’arrêt a vraiment été du côté des cédants. Tout le monde se demandait combien de temps allait durer la crise sanitaire. Puis, les dirigeants d’entreprise avaient d’autres préoccupations que de réfléchir à la vente de leur société. En 2021, cette inquiétude est moins forte. Aujourd’hui, vous avez trois types de sociétés cédantes :

  • les entreprises révélées par la crise sanitaire. Leur activité est porteuse et résistante. C’est le cas notamment de certaines sociétés du numérique mais aussi le secteur du bricolage ou de l’équipement de la maison par exemple ;
  • à l’opposé, vous avez les sociétés qui sont restées très longtemps fermées et dont on peut se poser la question du business model. Ce sont des entreprises au point mort ;
  • entre les deux, vous avez des sociétés en dilemme. Elles ont connu un coup de fatigue en 2020 mais elles repartent correctement ou rattrapent leur retard pris durant l’année. Une situation vue dans tous les secteurs.

Si on prend les actionnaires d’une société révélée par la crise, ils sont vendeurs s’ils ont une bonne proposition d’achat. Pour les entreprises au point mort, elles n’ont pas trop le choix que de tenter de s’adosser à un groupe et c’est peut-être parfois trop tard pour certaines d’entre elles. Pour celles en dilemme, nous observons des vendeurs rassurés de leur performance de 2020. Le bilan a été affaibli mais sans conséquences importantes. S’il y a un intérêt pour cette entreprise, la vente peut se concrétiser.

AJ : Sur quel point êtes-vous vigilant dans votre activité de fusion et acquisition ?

V. J. : Depuis 2020 et sur les mois qui viennent, il y a une réflexion sur les business model : savoir si une entreprise, qui a connu une année 2020 difficile, peut s’adosser à un groupe ou trouver une solution par rapport à son business model remis en question par la crise sanitaire. C’est un point sur lequel nous sommes vigilants pour approcher les dossiers. L’idée en s’interrogeant sur le business model est de savoir si 2020 était un « simple accident » de parcours. Nous tentons d’identifier des signes concernant la valorisation et si on peut retrouver des niveaux d’activité d’avant crise de 2018 ou 2019. Ou au contraire, si la performance de la société a dégringolé avec la crise du Covid-19. Elle peut être encore viable mais son business model peut ne plus être d’actualité. Cette analyse est importante pour les valorisations. C’est une attente des cédants, qui veulent connaître la valeur de leur entreprise par rapport à la fin de l’année 2019.

Dessin de deux immeubles bras dessus bras dessous illustrant une fusion de sociétés
osamuraisan / AdobeStock

AJ : Quels sont les secteurs d’activité concernés par les fusions et acquisitions ?

V. J. : Les secteurs liés au numérique, à la communication, au média, au web sont très actifs. Les opérations n’ont pas diminué et je dirais même que les prix ont augmenté. L’autre secteur dynamique, c’est la santé. Nous constatons l’importance de tout ce qui est lié à cette activité. Nous avons aussi les services à la personne et les équipements de la maison. Ils ont bien fonctionné en 2020 et en ce début de 2021. Même les secteurs de la mécanique et de l’industrie aujourd’hui repartent du fait du retard accumulé en 2020, à travers une tentative de rattrapage. Cependant, l’industrie subit actuellement des problèmes d’approvisionnement et le coût des matières premières. Mais globalement, la demande est là. Du côté de l’hôtellerie et de la restauration, nous notons qu’il y a beaucoup d’hôtels à vendre ainsi que des restaurants. Nous sentons que le vendeur veut s’en débarrasser car il ne peut plus tenir l’affaire. Pour ceux qui travaillaient avec une clientèle étrangère, le redémarrage va être long. Puis en face vous avez des groupes souvent familiaux dans ce secteur, qui peuvent supporter ce redémarrage lent, et qui peuvent racheter des petits établissements hôteliers à moindre prix.

AJ : Quels sont les facteurs explicatifs à ce rebond d’activité dans le domaine des fusions et acquisitions ?

V. J. : Les facteurs explicatifs dépendent de la typologie des acheteurs. D’abord, si vous avez un groupe qui se porte bien, malgré la crise sanitaire, de manière générale, sa croissance organique est difficile et longue. Dans des secteurs classiques, nous ne connaissons plus de croissance à 10 % voire 20 %. Quand tout va bien, nous sommes entre 2 % et 4 % de croissance. Si ces groupes veulent donner un coup d’accélérateur, la croissance externe semble la seule solution pour faire croître leur chiffre d’affaires de manière significative. Il y a plusieurs motivations : l’achat d’une marque, d’un brevet, d’une technologie ou d’une part de marché. Le point commun de toutes ces raisons d’acquisition, quel que soit le secteur d’activité c’est : « gagner du temps ». Dans tous les domaines d’activité, il faut aller de plus en plus vite et la croissance externe permet d’accéder à une technologie manquante, prendre une part de marché ou entrer dans un pays où l’entreprise concernée est absente. C’est beaucoup plus rapide qu’en créant une filiale ou en faisant travailler le service de R&D pour concevoir un nouveau produit.

Ensuite, les autres acteurs ce sont les fonds d’investissement et les fonds LBO (Leveraged Buy-Out). Leur motivation est d’investir les capitaux colossaux qu’ils détiennent sur une durée déterminée. À partir de l’étude de la société, du marché et du projet stratégique des dirigeants, ces types d’acheteurs vont calculer le potentiel retour sur investissement sur plusieurs années.

Puis vous avez un dernier acteur avec les personnes physiques à travers des MBI (Management Buy-In). Nous sommes sur des tailles plus réduites. Ils sont importants pour les TPE et petites PME comme solution de transmission d’entreprise.

AJ : Le plan France Relance favorise-t-il la dynamique des opérations de fusions et acquisitions ?

V. J. : Bien évidemment, tout dispositif, qui soutient l’économie ou facilite l’accès au financement, favorise nos opérations. En revanche, je demande à voir les effets concrets du plan France Relance. Si je prends par exemple le prêt participatif, présenté comme des quasi fonds propres puisque c’est une dette sur huit ans. Mais, les banques vont-elles considérer cela comme des quasi fonds propres alors qu’il faudra rembourser ce prêt, même si l’amortissement commence deux ans après l’obtention. Après, sur le soutien des filières, il y a beaucoup de projets à réaliser, notamment autour de la question de la transition environnementale. Ces subventions faciliteront au moins le financement de ces secteurs et peut-être la décision d’opérations de fusions et acquisitions. Cela concernera vraiment des éléments et des secteurs très pointus et moins les domaines d’activité plus traditionnels.

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