Bonaparte, de l’Égypte à Longwood

Publié le 20/03/2019 - mis à jour le 23/09/2020 à 12H18

Belin

Deux récents livres, de facture différente, viennent enrichir la (déjà) très longue liste des ouvrages, études, essais et romans historiques consacrés à Bonaparte.

Il n’est pas question de les louper !

La Campagne d’Égypte

C’est ce choc, dont nous entretient Jacques-Olivier Boudon, spécialiste de la question, et qui a déjà beaucoup écrit sur l’épopée napoléonienne.

Le livre entreprend notamment de « mesurer en quoi la campagne d’Égypte a contribué à forger de nouvelles pratiques de guerre dans l’armée napoléonienne ». On est transportés, de la préparation de l’expédition à la campagne de Syrie, jusqu’à l’achèvement de la conquête. L’auteur évalue les conséquences de cette expédition, notamment diplomatiques (elle provoque l’entrée de la Russie et de l’Empire Ottoman dans la seconde coalition), puis militaires et évidemment civiles. Il montre quels en furent les personnages majeurs, le général Kleber en tête et auquel un chapitre entier est consacré.

Jacques-Olivier Boudon ne laisse de côté aucun thème : ainsi, celui des violences sexuelles ou du « spleen de l’armée » sont évoqués. La technique militaire sera aussi redevable à l’expédition (le « carré » comme système de défense aux assauts des cavaliers). L’autre but du livre étant de comprendre le paradoxe « d’une défaite finale devenue l’un des épisodes phare de l’épopée napoléonienne ». Et de s’interroger, évidemment, sur l’état de l’Égypte après cette campagne devenue mythique grâce à l’art qui, de Lejeune (Bataille d’Aboukir) à Girodet (La Révolte du Caire), en passant par Vivant Denon, a mis en scène ce que le pouvoir voulait que l’on retînt de cet épisode.

On l’a compris : ce livre complet, documenté (les notes de fin sont très utiles) et écrit dans un style fort agréable, ravira les passionnés comme les nouveaux venus dans l’histoire napoléonienne !

Bonaparte n’est plus !

Thierry Lentz, qu’on ne présente plus, publie un livre précieux sur la manière dont « le monde apprend la mort de Napoléon ».

La période étudiée va de juillet à septembre 1821, même si l’on revient forcément sur les années antérieures pour camper le contexte historique, les personnages et les fils conducteurs qui ont conduit Bonaparte vers Sainte-Hélène. Cela est absolument passionnant. Nourri d’informations inédites (Thierry Lentz a notamment eu accès à des documents de la collection personnelle et professionnelle de Michel Dancoisne-Martineau, directeur des domaines nationaux de Sainte-Hélène), ce livre se concentre sur la façon dont, sur l’île, la mort de Bonaparte (les Anglais ont évidemment refusé de le reconnaître comme un Empereur, voir le chapitre : « L’annonce par la « Maison ») a été accompagnée, apprise, puis diffusée à Londres (qui n’en fera pas une information capitale), puis en France et ailleurs. Avec quelle ampleur réelle et quelles conséquences ?

Dans « une salve de brochure », l’auteur mesure ainsi le déferlement des publications et productions qui suivent la nouvelle en France. On découvrira aussi comment les villes restées très bonapartistes ont réagi. La question du retour des cendres est évidemment abordée. Des notes, très riches, ainsi que des annexes et un panorama de sources bibliographiques, nourrissent cet ouvrage ; un de plus sous la signature du spécialiste, de référence.

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Référence : LPA 20 Mar. 2019, n° 142z0, p.15

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