Cézanne et les Maîtres. Rêve d’Italie

Publié le 05/05/2020 - mis à jour le 15/05/2020 à 13H59

Malgré le confinement, nous avons décidé de continuer à partager avec vous de belles expositions visitées avant le début du confinement ou découvertes virtuellement. Ce sera d’autant plus l’occasion pour vous, chers lecteurs, d’aller les visiter une fois cette période compliquée derrière nous. En attendant, portez-vous bien ! La Rédaction

Musée Marmottan-Monet

Tout au long de sa vie, Cézanne a douté.

Peut-être est-ce le secret de sa réussite artistique ; jamais satisfait, il a recherché « la vérité en peinture », entre sensibilité et raison.

Pour la première fois, son œuvre est confrontée aux artistes importants de l’Italie du XVIe au XIXe siècle dans l’exposition qui devait être présentée au musée Marmottan-Monet jusqu’au 5 juillet. Il est à espérer que d’ici cette date, le musée aura pu ouvrir ses portes….

Dès sa jeunesse, l’artiste étudie l’art de la Renaissance. Il voue également une admiration profonde aux peintres vénitiens : Véronèse, Titien et Tintoret en particulier. De même, il admire Poussin qui a vécu en Italie. Cézanne n’effectuera jamais le voyage en Italie, mais il demeure marqué par ces maîtres. « Refaire Poussin sur nature » a été l’un de ses buts.

Sa création est issue d’une lente évolution : impressionniste durant une assez courte période, il a désiré réaliser une nouvelle conception du paysage en une construction rigoureuse, et d’amples panoramas de sa chère Provence, dont la montagne Sainte-Victoire demeure l’emblème.

L’exposition met en regard les compositions de Cézanne avec les peintres italiens anciens mais également contemporains, car l’artiste a eu une influence sur quelques-uns d’entre eux : Carra, Morandi notamment, avec près de 60 œuvres venues de collections publiques et privées.

Le parcours débute avec des compositions évocatrices de sa culture latine, qui témoignent de son désir de changement dans l’approche picturale. Il puise sa réflexion auprès des artistes vénitiens, mais également napolitains et romains, qui le conduisent à une nouvelle écriture entre classicisme et modernité, ce qui n’a pas toujours été compris de son temps.

Sa vaste culture lui permet de s’inspirer des compositions des grands anciens, qu’il adapte à ses désirs plastiques. « Réaliser ses sensations », écrivait-il à la fin de sa vie… Couleur et lumière s’avèrent primordiales dans ses peintures, autant qu’une construction solide ; le dessin demeure, mais il est contenu.

À découvrir, un hommage au Greco, élève du Titien, dont il donne une version personnelle de La Femme à l’hermine. Loin de la copie, dans une traduction plus moderne ; c’est encore Meurtre, influencé par La Déploration du Tintoret. L’artiste essaie de concilier la stabilité des formes et la lumière changeante. S’il aime la nature, dont il fait ressentir l’émotion et les liens ardents qu’il entretient avec elle, il est également portraitiste et exécute de nombreux autoportraits, ainsi que les visages de son entourage, comme dans Portrait de la mère de l’artiste, d’où émanent le silence et un certain mystère. On remarque un lien avec les peintres napolitains. Dans sa maturité, il élabore ses œuvres à partir de l’exemple de Poussin et s’inspire également de Millet pour affirmer la permanence de la nature.

Solitaire, Cézanne a choisi de vivre dans le Midi ; il peint la campagne aixoise, travaille sur le motif, structure fortement ses paysages. Mais le nu est également une priorité chez lui, en témoignent les Baigneuses, qu’il peint dès les années 1870. Après de nombreuses recherches, celles de 1906 apparaissent d’une forte densité plastique, d’une forte sensualité sculpturale, toutes inscrites dans le paysage.

Dès 1865, il est fasciné par la montagne Sainte-Victoire ; dans les premières compositions, elle fait partie du panorama ; quelques années plus tard, elle devient un thème central ; il rend sa force tellurique en même temps que la poésie.

Le peintre a attiré de jeunes artistes italiens par sa modernité : on découvre ainsi une similitude entre l’Homme assis, du maître d’Aix, et Portrait du frère Ettore, de Mario Simoni. Si l’on constate la même attitude, le traitement diffère, avec de longues touches fondues chez Cézanne, et des touches plus lisses chez l’artiste italien.

Inspiré par les maîtres, ce peintre transfigure ce qui nous entoure. Son œuvre forte, parfois métaphysique, rayonne encore aujourd’hui.

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Référence : LPA 05 Mai. 2020, n° 153s1, p.15

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