Voyage en Grèce

Cités en Argolide (XII)

Publié le 02/09/2016

Quoi qu’on en dise, la Grèce est notre mère. Les lieux, les pierres et les monuments sont comme un rappel de notre civilisation. René Puaux (1878-1937) publia un Nouveau guide de la Grèce en 1937 à la Société française d’éditions littéraires et techniques. « L’intérêt de ce livre m’est apparu, un soir d’été, au cours d’une promenade sur l’esplanade du Phalère », disait-il. Il n’avait trouvé dans aucun guide les récits des traditions légendaires du Phalère et son histoire. Il résolut de « rédiger un guide de tout autre ordre, celui du Touriste-Poète », qui ne manque pas d’ironie. Nous sommes toujours en Argolide.  Cette région correspond à une péninsule, bordée au nord par le golfe Saronique et au sud par le golfe Argolique, elle-même située dans la péninsule du Péloponnèse. BGF

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« Le jeune Esculape, orphelin, fut confié au centaure Chiron qui tenait, aux temps fabuleux, une école, dans le genre d’Eton ou des Roches, et qui eut pour pupilles : Nestor, Thésée, Ulysse, Castor et Pollux, Bacchus, Ajax, Palamède et beaucoup d’autres. Un banquet d’anciens élèves n’aurait pas manqué d’illustrations ! Chiron, maître universel, apprit à Esculape l’usage des simples. Le serpent ayant, croyait-on, la faculté de découvrir les plantes salutaires, devint le symbole de l’efficace médecine. On entretenait des couleuvres dans l’Hiéron d’Épidaure. La statue du dieu, par Thradymédès de Paros, le représentait assis sur un trône, appuyant une main sur la tête d’un reptile ; un chien était couché à ses pieds. On ne connaissait pas encore le microbe spécial à la race canine, générateur de redoutables kystes du foie, et les anciens croyaient à la guérison des plaies léchées par des chiens. On consacrait à Esculape des coqs et des tortues, symbole, disait-on, de la vigilance et de la prudence nécessaires à la profession. D’aucuns estimeront que le premier de ces animaux rappelle surtout l’heure matinale à laquelle les médecins sont fréquemment appelés, le second donne à l’impatience inquiète des malades une injuste raison.

Dans le sanctuaire, on avait placé les statues des génies auxiliaires de la guérison : Hypnos (le sommeil) ; Oneiros (le rêve) ; Machaon (chirurgien, fils d’Esculape) ; Hygie (déesse des régimes) ; Panacée (protectrice des produits pharmaceutiques de grande vulgarisation) ; et Telesphoros (dieu de la convalescence), représenté emmitouflé de la tête aux pieds. Le bois qui entourait le sanctuaire d’Esculape était de tous côtés ceinturé de grosses bornes et il était interdit de laisser aucun malade mourir dans cet enclos. Ce n’est donc pas de nos jours que date l’habitude de certaines stations thermales d’évacuer les agonisants, pour ne point charger les statistiques et assombrir la réputation bienfaisante du lieu. Il fallut attendre le second siècle du christianisme et Adrien le Pieux, père adoptif de Marc Aurèle, pour voir installer à Épidaure une maison des dernières souffrances et une maternité.

Près de l’Hiéron d’Esculape, à l’ouest du portique nord (…), on pratiquait le culte de celle des suivantes d’Aphrodite qui avait favorisé les amours de sa maîtresse avec Adonis. Ceux qui désiraient s’enrichir offraient des sacrifices à l’ombre de cette entremetteuse avisée. Je manque de précision, faute évidemment d’avoir suffisamment cherché, sur cette personne dont le père s’appelait Épidamnius. Quel titre a-t-il, lui, pour passer à la postérité ?

Déméter était, à Épidaure, l’objet d’un culte sur lequel les précisions nous manquent. L’on sait cependant que, pendant neuf jours et neuf nuits, les femmes, huis et fenêtres clos, dansaient, chantaient et se divertissaient sans qu’aucun homme fût admis à leurs jeux. (…) Les maris d’Épidaure acceptaient la chose. Ils devaient aller aux bains voisins du gymnase et faire un peu de sport pendant ces vacances matrimoniales. Cela se passait au début du mois de mai ».

(À suivre)

 

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Référence : LPA 02 Sep. 2016, n° 119b3, p.14

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