Voyage en Grèce

Cités en Argolide (XV)

Publié le 23/09/2016

Quoi qu’on en dise, la Grèce est notre mère. Les lieux, les pierres et les monuments sont comme un rappel de notre civilisation. René Puaux (1878-1937) publia un Nouveau guide de la Grèce en 1937 à la Société française d’éditions littéraires et techniques. « L’intérêt de ce livre m’est apparu, un soir d’été, au cours d’une promenade sur l’esplanade du Phalère », disait-il. Il n’avait trouvé dans aucun guide les récits des traditions légendaires du Phalère et son histoire. Il résolut de « rédiger un guide de tout autre ordre, celui du Touriste-Poète », qui ne manque pas d’ironie. En cette fin d’été, nous faisons encore quelques pas en Argolide. Cette région correspond à une péninsule, bordée au nord par le golfe Saronique et au sud par le golfe Argolique, elle-même située dans la péninsule du Péloponnèse. BGF

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« Vous ne pouvez quitter Trézène de toute façon sans vous être avancés sur le chemin qui, de Damala, conduit vers l’ancien port de Pôgon. Ayant derrière vous l’église Saint-Georges et la Tour hellénique, vous commencez de réciter le célèbre récit : « À peine sortions-nous des portes de Trézène… ». Vous verrez alors le monstre surgissant de la mer, les chevaux emballés, le char renversé et l’infortuné jeune homme traîné, brisé, ensanglanté. Alors vous reviendrez au sanctuaire d’Hippolyte où les jeunes filles déposaient une mèche de leurs cheveux la veille de leurs noces. Et vous referez le chemin qui mène sur la hauteur à l’église de Palæa-Episcopi, élevée sur le site du temple d’Aphrodite Kataskpia. C’est là que la tradition veut qu’Hippolyte et Phèdre aient été inhumés l’un près de l’autre, unis dans l’éternité. Sous les dalles de cette pauvre petite église orthodoxe, leur poussière est revenue à la poussière. Le pappas desservant sera bien étonné s’il trouve, devant l’image de la Panaghia, un cierge allumé par un touriste inconnu (qui l’aura apporté dans ses bagages) et ne devinera pas qu’il brûle pour le repos de l’âme tourmentée de Phèdre.

Je vous ai parlé de l’olivier d’Oreste. Laissez-moi rafraîchir vos souvenirs. Le fils d’Agamemnon avait vengé son père trompé et tué par Clytemnestre et Égisthe. Une démence exaltée avait suivi le parricide. Il fut poursuivi par les Furies. Acquitté par l’aéropage d’Athènes, Oreste vint à Trézène pour y expier son crime. Il logea loin de toute autre maison et sans rapport avec aucun habitant. Ce devait être dans le voisinage du sanctuaire d’Hippolyte et de son hestiatorium ; et voici la raison de cette localisation. Quand les Trézéniens eurent pitié de la douleur d’Oreste, ils décidèrent que le temps de la cérémonie de l’expiation était venu. Neuf juges prirent place sur la pierre sacrée et, en présence des citoyens les plus éminents, Oreste fut arrosé de l’eau de la fontaine Hippocrène, qui coule au flanc de l’Hélicon. Et, en souvenir de cette purification, les descendants de ceux qui y furent commis banquetaient à son jour anniversaire. Ainsi s’explique cette salle de banquets pour cinquante couverts aux côtés du temple.

Hippolyte, innocente victime de sa belle-mère, Oreste assassin de sa mère coupable, deux lamentables histoires de femmes… Ces évocations ne vous laisseront guère le loisir de penser à autre chose. Il y avait pourtant à Trézène un sanctuaire d’Hermès justement mémorable. C’est au pied de la statue de ce dieu de la ruse qu’Hercule fit consacrer sa massue de bois d’olivier, démontrant ainsi que les plus forts ne doivent pas faire fi de l’intelligence. C’est de Trézène qu’était roi Saron, ce chasseur frénétique qui traversa la moitié du Péloponnèse à la poursuite d’un cerf pour aller finalement se noyer dans le golfe qui porte son nom. Mais vous ne m’écoutez plus. Euripide et Racine vous possèdent… ».

C’est ainsi que s’achève cette promenade en Argolide. Nous retournerons plus tard en Grèce, en parcourant cette fois l’Arcadie.

(À suivre l’été prochain)

 

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Référence : LPA 23 Sep. 2016, n° 119f9, p.22

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